Contribution : Vaste est la terre d’Allah…

«La terre d'Allah n'était-elle pas assez vaste pour vous permettre d'émigrer ?» (Coran, an-Nissa, v. 97), «Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants (musulmans) sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C'est qu'il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu'ils ne s'enflent pas d'orgueil.»
(Coran, al-Maîda, v. 82).

A l’époque où les versets relatifs à la vastitude de la planète étaient révélés (il en est aussi question dans «az-Zumar, v. 10», et «al-Ankabût», v. 56) les terres habitables de la planète n’étaient pas loties comme aujourd’hui où il n’existe plus un mètre carré qui n’ait un propriétaire ou un statut. Il n’y avait pas de frontières nationales reconnues par un droit international, de passeport ou de visa. On pouvait aller partout où un cheval ou une embarcation, la foi ou le sens de l’aventure pouvait conduire.
Le monde a bien changé depuis mais pas les idées portées par les musulmans pour qui la terre étant la propriété d’Allah et eux ses ayants droit, ils sont chez eux même chez les autres. En ce lendemain de célébration de l’Aïd al-Adha, fête du «sacrifice» dont il ne subsiste que l’immolation de la plus douce des bêtes pour la manger de la tête aux pieds, il serait bon de chercher dans l’actualité planétaire ce qui reste des vertus religieuses relatives au prochain, aux autres. On a vite fait de les trouver plus abondantes en terre chrétienne, chez l’Agneau de Dieu (autre nom de Jésus), qu’en terre islamique où on égorge indifféremment musulmans et non-musulmans sur l’autel de l’islamisme. L’accueil de réfugiés chrétiens fuyant leurs pays en catastrophe est une idée qui n’a pas sa place même dans l’imaginaire islamique.
Un des meilleurs critères de l’équité est l’inversion des rôles qui est à la base de la règle de réciprocité qui a elle-même fondé le droit international. Il faut parfois se mettre à la place des autres pour bien comprendre une situation ou un problème et lui appliquer la bonne solution.

Les musulmans étaient déjà incapables de sortir d’eux-mêmes pour regarder les choses d’un point de vue de non-musulman. S’ils l’avaient pu, s’ils avaient comparé objectivement leur façon de penser avec celle des autres pour ne pas exiger d’eux ce qu’ils ne leur auraient pas accordé, il leur serait apparu combien ils peuvent être iniques, égoïstes et inhumains. Avec la propagation de l’islamisme, l’exclusion des autres s’est élargie à leurs propres rangs : ils ne se tolèrent plus et s’entretuent pour un rien comme on le voit partout en terre musulmane.
Ici nous butons sur une ambiguïté de la morale islamique : il existe bien des recommandations du Prophète allant dans ce sens comme : «Ne souhaite pas à ton frère (“akhika”) ce que tu ne souhaites pas à toi-même» (il y a aussi des versions avec «an-nas» ou «ghayrika») mais si, avec l’un ou l’autre de ces termes, on entend le coreligionnaire seulement, la négation de l’autre, le rejet des non-musulmans, du frère adamique et du «frère en Dieu», se confirment. Allah ne serait plus le Seigneur, l’Eternel, le Dieu de tous mais uniquement celui des musulmans. Or, l’islam se veut le continuateur des religions qui l’ont précédé, qu’il reconnaît et dont il est venu compléter les valeurs.
Des millions de musulmans, fuyant la barbarie de l’islamisme et du despotisme en guerre, le premier voulant prendre la place du second pour faire pire, c’est vers les terres chrétiennes et laïques qu’ils dirigent leurs pas à la recherche d’un asile sûr. Ils n’ont pas bravé les mers, la mort et les gardes-frontières pour prendre pied en terre musulmane, c’est vers l’Occident qu’ils s’acheminent contre vents et marées, imitant en cela les premiers compagnons du Prophète qui ont trouvé refuge chez le Négus chrétien d’Ethiopie quand leurs frères arabes les persécutaient.
De Djamel-Eddine al-Afghani aux leaders du FIS, de l’ayatollah Khomeïny à Ghannouchi, nombreux sont les leaders et militants islamistes qui ont trouvé le salut, le gîte et le couvert en terre chrétienne et profité de la laïcité, des droits de l’homme, de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des conventions de Genève, valeurs et législations qu’ils n’auraient jamais appliquées chez eux ou fait profiter des non-musulmans. Rentrés chez eux, ils se dépêchent de se remettre à vilipender l’Occident comme gage de leur fidélité à l’orthodoxie islamiste. Habitués à trouver dans le «ilm al-qadim» ce qu’il faut pour soutenir une chose et son contraire, ils ont trouvé à cette ingratitude, à cette fourberie, un fondement islamique : «al-harbou khidâa !» (la guerre est ruse !)
Les musulmans ne cherchent pas qu’une terre sûre. Une fois régularisés, bien installés, assurés d’avoir accès à la liberté d’expression et d’association, ils se mettent à pétitionner contre ceci ou cela, à commencer par le porc et la mixité, à réclamer l’ouverture de mosquées ou le droit au port du voile intégral, sans se soucier de ce que pensent leurs hôtes. Les voilà donc dictant leurs desiderata au propriétaire de la maison, le sommant tacitement de changer sa culture, son alimentation et, en quelque sorte, de devenir musulman contre son gré. Vous voulez un exemple frais ?

Les autorités d’une mairie de la banlieue de Montréal ont adressé il y a quelques semaines cette réplique caustique et cinglante à des résidents musulmans en réponse à leur demande d’interdiction du porc dans les cantines scolaires : (début de citation) : «Les musulmans doivent comprendre qu’ils doivent s’adapter au Canada et au Québec, à leurs coutumes, leurs traditions et leur style de vie parce c’est là où ils ont choisi d’immigrer. Ils doivent comprendre que c’est à eux de changer leur style de vie, pas aux Canadiens qui les accueillent si généreusement. Ils doivent comprendre que les Canadiens ne sont ni racistes, ni xénophobes ; ils ont accueilli beaucoup d’immigrants avant les musulmans alors que le contraire n’existe pas, c’est-à-dire que les Etats musulmans n’acceptent pas d’immigrants non musulmans. Pas plus que d’autres pays, les Canadiens n’ont l’intention d’abandonner leur identité ni leur culture.
Et si le Canada est une terre d’accueil, ce n’est pas le maire de Dorval qui accueille les étrangers mais les Canadiens-Québécois. Finalement, ils doivent comprendre qu’au Canada nous avons des racines judéo-chrétiennes, des arbres de Noël et des fêtes religieuses, mais la religion doit demeurer dans le domaine privé. La municipalité de Dorval a raison de refuser toute concession à l’islam et la charia. Pour les musulmans qui ne sont pas d’accord avec la laïcité et ne se sentent pas à l’aise au Canada, il y a 57 beaux pays musulmans dans le monde, la majorité sous-peuplés, prêts à les recevoir avec des bras “halal” grands ouverts et en accord avec la charia.
Si vous avez quitté votre pays pour le Canada mais pas pour un pays musulman, c’est parce que vous pensez que la vie est meilleure au Canada plutôt qu’ailleurs. Posez-vous la question juste une fois : pourquoi la vie est-elle meilleure au Canada plutôt que dans votre pays d’origine ? Une cantine où on sert du porc fait partie de la réponse…» (Fin de citation).
Que valent, que faire des «droits de l’homme» lorsque des hommes et des femmes en prennent ce qui sert avant de rejeter le reste ou de le retourner contre ceux qui les en ont honorés ? L’encre de cette lettre ne devait pas avoir séché lorsque l’image du petit Aylan Kurdi «a fait le tour du monde et des consciences», selon l’expression du président français, renversant l’attitude des opinions publiques occidentales vis-à-vis des vagues de migrants à majorité musulmane forçant les portes de l’Europe.
La classe politique canadienne, d’un bord à l’autre, ne s’est pas exceptée de ce mouvement et s’est lancée dans une surenchère de promesses d’accueil des réfugiés syriens qu’elle sait parfaitement être des musulmans. Le leader du courant conservateur, Stephen Harper, a proposé d’en accueillir 20 000, le chef du parti libéral, Justin Trudeau, 25 000, et le leader du centre-gauche, Thomas Mulcair, 46 000.
Le ministre de l’Immigration, Chris Alexander, a pour sa part été mis sur la sellette par les médias et regardé comme s’il était à l’origine de la mort du petit Aylan parce que ses services ont refusé en mars dernier de donner suite à la demande de parrainage déposée par sa tante établie à Vancouver.

L’émotion universelle déclenchée par la mort de l’Agnelet kurde a atteint l’Eglise catholique à laquelle préside un Saint François d’Assise des temps modernes, réputé pour sa simplicité et son retour aux vertus originelles du christianisme : la compassion et la charité. Il a lancé un appel à la chrétienté d’avoir à sonner partout le tocsin, d’ouvrir son cœur, ses bras et les portes des maisons de Dieu aux réfugiés, accompagnant sa directive de ces mots : «Le couple fermé, la famille fermée, le groupe fermé, la paroisse fermée, la patrie fermée, cela vient de nous, cela n’a rien à voir avec Dieu.» Ce n’est pas seulement la charité chrétienne qui a joué, elle a encore été plus efficacement relayée par les valeurs humanitaires et républicaines. En guise de réponse à l’islamophobie montée des rangs de l’extrême droite, les gouvernements des principaux pays d’Europe ont interdit de discriminer les réfugiés sur la base de leur religion.Les musulmans auraient-ils eu ce réflexe humanitaire, eux qui ne distinguent entre les hommes que sur une base religieuse ? Ce n’est pas le fait du Coran mais du «ilm al-qadim», de l’interprétation du Coran élaborée il y douze siècles à partir de données aujourd’hui dépassées. Ce vieux «ilm» est même capable de voir dans le sauvetage des réfugiés un «plan diabolique pour évangéliser les musulmans».
Il aurait préféré les voir mourir en mer ou sous les coups de Daech ou de Bachar que de se reconnaître une responsabilité dans ces évènements ou l’autodestruction du monde musulman en général. Une grue s’effondre par suite d’une erreur humaine et écrasant des centaines de pèlerins ? C’est un miracle montrant la prosternation de la grue devant la majesté d’Allah ! Une bousculade due à une erreur d’aiguillage humaine tue un millier de personnes ? C’est un privilège accordé par Allah aux victimes d’être enterrées en terre sacrée, près des «souhaba» (compagnons du Prophète)…
Où s’arrêtera «l’ignorance sacrée» ? Qu’est-ce qui soignera la folie islamiste ? Aucune mort individuelle ou collective n’a jamais ému les autorités musulmanes civiles ou religieuse, bien «enflées d’orgueil», elles, ni ne leur fera changer de politique ou de discours.
Auraient-elles ordonné d’ouvrir les portes des mosquées aux chrétiens ? Auraient-elles ouvert leurs maisons personnelles aux persécutés comme l’a fait en son temps l’Emir Abdelkader, en Syrie ?
Combien de musulmans ont sauvé d’enfants chrétiens, yazédis ou animistes comme Saladin (un Kurde) a sauvé de la mort son ennemi, Richard Cœur de Lion ? On en chercherait en vain.
Combien de chrétiens, par contre, ont recueilli, soigné, nourri et adopté des enfants musulmans ? On le voit à chaque malheur touchant un pays musulman, à chaque guerre, tremblement de terre ou résurgence du fanatisme.
A la différence des migrants européens du XVIIe siècle qui ne cherchaient pas en se rendant en Amérique un pays déjà construit, offrant sécurité, logement, travail et droits de l’homme mais un nouveau monde à construire, les réfugiés musulmans désirant s’installer en Europe aspirent à vivre dans des systèmes sociaux performants et des économies fonctionnelles. Ils veulent s’intégrer à quelque chose de fait, pas à créer du néant comme les passagers du «Mayflower» qui ne disposaient que de «l’homme, du sol et du temps» selon la formule de Bennabi.

Les musulmans disposaient depuis longtemps de ces «richesses permanentes» mais ils n’en ont rien tiré ; ils les ont gaspillées ou les détruisent de leurs propres mains au nom du salafisme, du wahhabisme, du fanatisme et du terrorisme. Ils sont entre un milliard et un milliard et demi d’âmes, ils occupent 15 millions de kilomètres carrés sur un total de 148 millions de km2 de terres émergées, le temps est à leur disposition comme le reste des hommes, mais ils n’ont pas fait l’Amérique et ne la feront pas avec les idées mortes qu’ils trainent en les prenant pour la plus haute expression de la vérité divine alors qu’elles ne sont que celles du «ilm-al-qadim». Au contraire, ils perdent des vies par centaines de milliers chaque année, de plus en plus de territoires (Palestine, Soudan…) et des Etats difficilement édifiés (Syrie, Irak, Libye, Yémen, Afghanistan, Pakistan…). Incapables de construire des pays, de les garder, d’y vivre tranquillement, ils sont devenus une civilisation de naufragés, de réfugiés, de migrants illégaux qui, au lieu de se dissoudre dans les sociétés qui les recueillent, guettent la première occasion d’y introduire les germes de la maladie qui les a chassés de chez eux.
Le moins à attendre d’eux et de leurs enfants est qu’ils ne se retrouvent pas dans quelques années à l’origine de gros problèmes chez ceux qui les ont reçus au nom des droits de l’homme, de l’humanisme ou de la charité chrétienne. Ils ne doivent pas, avec le temps et l’oubli, retourner contre eux les causes qui leur ont fait quitter leurs propres pays (fanatisme et intolérance) ; ils ne doivent pas considérer «l’intégration» comme le ralliement de la majorité aux mœurs d’une minorité au motif que l’islam serait la meilleure religion, le Coran la parole de Dieu et eux «la meilleure communauté sortie parmi les hommes».
Ils doivent ramer dans la même direction que l’humanité et non en sens contraire ; ils doivent revoir le contenu réel et les implications de leurs idées arrêtées depuis douze siècles sur le monde, l’Histoire et les autres ; ils doivent s’adapter aux données de la vie contemporaine au lieu de continuer à reproduire des schémas de pensée hérités d’une lointaine époque. En fait tout est dit dans le message clair, objectif, juste et justifié adressé par les autorités municipales de Dorval aux pétitionnaires islamistes. Son contenu devrait être enseigné dans tous les établissements musulmans, lu à la fin de chaque sermon du vendredi dans les mosquées des pays non musulmans, être donné à recopier cinq fois par jour aux enfants musulmans vivant en terre non musulmane, être élevé au rang de complément des enseignements islamiques et reconnu comme la meilleure interprétation donnée ces dernières années à un grand nombre de versets coraniques.
C’est en se pénétrant de la philosophie humaniste de cette lettre, en la revendiquant comme le texte qui manquait à leur culture, que n’ont pas écrit leurs ulémas, que les musulmans pourront trouver respect et considération là où ils vivent, là où on leur a fait une place.
Le but, en publiant cette lettre, n’est pas de nous autoflageller ou de flatter l’Occident en oubliant son rôle dans le désordre du monde, mais de montrer deux systèmes de valeurs en vigueur, l’un en phase avec son époque, l’autre en rupture, l’un développant des comportements en rapport avec les valeurs qu’il affiche, l’autre ramenant tout à soi quitte à s’exclure de la communauté humaine.

Nour-Eddine Boukrouh
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