Le printemps algérien (Suite & fin)

Le printemps algérienLes deux tiers de la population mondiale n’ont pas obtenu la libération politique au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, mais seulement l’indépendance nationale, la libération du territoire, mais non la liberté. C’est là tout le problème. La confusion est entretenue entre les droits de l’Etat et les droits humains qui sont une politique fondamentale qui conditionne toutes les autres.

L’indépendance du pays ne peut avoir de sens que si elle instaure la souveraineté populaire, la citoyenneté, la liberté, la justice, le pluralisme politique, syndical et culturel, l’égalité de la femme avec l’homme, la justice sociale. Le système politique instauré en Algérie en 1962 emprunte beaucoup au système colonial. L’Algérie n’est plus une colonie, le pouvoir ne doit pas l’oublier. Le terme Révolution est détourné de son sens et de sa substance.

Un vent de liberté souffle sur l’Algérie

Les Algériens subissent un niveau très élevé d’aliénation politique. Elle est la vérité qu’il faut proclamer. Le climat politique très tendu risque de s’aggraver. Cela est gravissime. La situation que vit le pays est trop grave pour ne pas l’exprimer à haute et intelligible voix.  Certaines vérités doivent être dites, car il faut voir la réalité en face sans tabou ni œillères. «La vérité seule et sans force», a dit Pierre Bourdieu, il faut lui donner un peu de force sociale.

Les choses doivent être dites en termes élégants, mais vu l’urgence, les mots s’expriment sans détour, dans une langue simple qui va droit au but. Nous sommes dans l’impasse, il faut une sortie. Un proverbe chinois dit : «Le seigneur est le bateau, les gens ordinaires l’eau. L’eau porte le bateau ou le fait chavirer.» Le peuple algérien ne peut sortir de l’impasse où il se trouve que s’il guide le Président vers la sortie.

La crise, par son ampleur et son étendue, est politique et morale, économique et sociale, culturelle et identitaire. Elle fait suite à un échec global du pouvoir, affecte toute la société qui n’a pas mesuré sa durée, ses enjeux, pour réagir par une pensée réfléchie. Les Algériens dans leur grande majorité manifestent leur opposition à la dictature avec son arrogance, sa suffisance, son mépris du peuple, et aspirent à la liberté et à la justice. Ce n’est plus la conjugaison des pouvoirs qui est recherchée au somment de l’Etat mais leur équilibre, malgré les divergences et les contradictions. Les institutions politiques issues d’élections truquées sont illégitimes. La politique n’est pas un métier mais une vocation.

La presse se caractérise par le souci d’informer régulièrement par la rapidité et l’exactitude de l’information, ce qui se passe dans le pays et dans le monde. Au sommet de l’Etat, les manœuvres et les rivalités sont inséparables des fins de règne. La lutte pour la succession est ouverte. L’éternel débat est : faut-il moderniser l’islam comme le préconisent de nombreux spécialistes et philosophes (relayés par Noureddine Boukrouh à travers ses nombreux articles publiés par Le Soir d’Algérie) ou islamiser la modernité ?

Le président Bouteflika détient des pouvoirs qu’il ne peut exercer et qu’il délègue

Les trois qualités du Président sont : prendre le pouvoir par un coup d’Etat par les armes ou par les urnes, l’exercer et étendre ses attributions par le viol de la Constitution pour régner et gouverner à la fois sans partage et sans contrepouvoir, le garder par le refus de l’alternance. Le besoin d’un tyran, d’un dictateur, est à rapprocher d’une sentence de Gengis Khan : «Il ne faut pas craindre d’être dictateur quand c’est pour le besoin de tous.» Un pouvoir politique dictatorial qui déploie volonté et énergie, favorise mieux le développement économique que la démocratie. Pour les partisans de la dictature, la démocratie n’est pas une vertu, mais le vice même.

L’homme providentiel, vénéré, se sublime, se donne du talent, du génie même s’il  arrive au pouvoir avec un projet de société et n’a besoin que d’exécution. L’illusion du progrès entretenu par le pouvoir illusionniste, sans illusions, qui s’illusionne lui-même en se berçant d’illusions n’est que désillusion.

Bouteflika n’est pas le président de tous les Algériens, mais seulement du clan qui le soutient, les puissants et les riches toujours plus riches, généreux donateurs de ses campagnes présidentielles. Mais le temps de l’explication est venu par l’irruption dans le réel. Abdelaziz Bouteflika, âgé de 78 ans, 16 ans de règne à la magistrature suprême, atteint d’une maladie grave et durable qui relève de l’article 88 de la Constitution qui, appliqué, doit le déclarer hors-jeu, s’est déchargé de ses pouvoirs qu’il ne peut plus assurer.

Un président sans légitimité issu de la fraude électorale dirige le pays

La mainmise sur les institutions politiques de l’Etat s’est faite à partir  du coup d’Etat constitutionnel de 2008 qui a abrogé les mandats présidentiels, limités à deux, ce qui est  la logique de par le monde.  Les députés et sénateurs, issus pour la plupart d’élections truquées, ne sont pas les représentants du peuple qui confère seul la légitimité par des élections propres et transparentes, mais du pouvoir.

Ils sont rémunérés près de 400 000 DA par mois avec les privilèges et avantages, mais réclament avec insistance une augmentation. On se demande à quoi sert le Parlement dont le Président a pris les commandes. L’APN, composée de 462 députés, devrait être réduite à 300.

Les élections ont toujours été massivement truquées

Il faut rafraîchir la mémoire des Algériens sur la fraude électorale, vieille tradition coloniale, amplifiée depuis l’indépendance du pays, qui est au rendez-vous de toutes les  élections. La fraude déforme et pervertit le suffrage universel, fausse la voie des urnes et la vérité électorale. Les élections, qui ne maintiennent que la forme extérieure de la démocratie, mais ne garantissent pas la liberté et la sincérité du scrutin, conviennent à l’Occident dont l’intérêt politique, stratégique et économique, est de maintenir les dictateurs au pouvoir.

Les fraudes électorales ont explosé durant le règne du président Bouteflika, pour le 4e mandat, un mandat de trop, dont le rejet par le peuple était profond et massif, il voulait non seulement des élections sans surprise dont les résultats sont connus d’avance, mais un plébiscite en sa faveur. Il fixe lui-même le score qu’il désire obtenir.

La mise en œuvre relève du DRS et du ministre de l’Intérieur avec le concours de l’administration, walis en tête. La fraude électorale a atteint un niveau record à la présidentielle du 17 avril 2014, qui a maintenu le Président sur le devant de la scène politique pour garder son pouvoir et prolonger son règne. Le vainqueur du scrutin du 17 avril 2014 est l’électorat qui a déserté les urnes, expression et sanction du désaveu populaire.

Le temps de ce pouvoir est révolu, il doit quitter la scène politique

L’accélération de l’histoire fait du départ du Président un préalable, un impératif même. Le message du 19 mars 2015, qui appelle à la haine et à la violence, n’émane pas du Président mais des clans qui veulent prendre les rênes du pouvoir. La violence des mots annonce la répression de toute critique de l’opposition nationale et de la presse, qui n’ont pas le droit de contester et de manifester. Il dit «être dans l’obligation d’user de fermeté et de rigueur». C’est une voie sans issue. Il ne faut pas écouter ce que disent les dirigeants du pays mais ce qu’ils font, ils surestiment leurs propres forces.

Les événements s’accélèrent, la solution est politique, il faut éliminer la violence, avoir le courage et la volonté de résister à l’envie de se battre. Qui possède vraiment le pouvoir et prend les décisions importantes au plus haut niveau de l’Etat ? L’armée, le DRS, un clan présidentiel ? Le président Bouteflika, depuis  16 ans au pouvoir, n’a pas fait émerger une nouvelle génération politique. La vieille génération s’accroche au pouvoir, gère le statu quo et l’immobilisme. L’Algérie a un pouvoir de vieux, du corps et de la tête. Le mode dynastique de transmission du pouvoir est une dérive dictatoriale.

La femme algérienne contrôle et maîtrise son corps, planifie les naissances, s’indigne mais ne se résigne pas pour construire sa vie au lieu de la subir. Pilier du foyer, sa cause avance, exprime une forte demande de liberté pour son émancipation qui passe par l’égalité des droits avec l’homme, pour l’application de ces droits et la révision du code de la famille qui fait d’elle une manœuvre à vie. La célèbre formule de Jean-Jacques Rousseau dans Emile est toujours d’actualité : «En tout ce qui n’est pas le sexe, la femme est homme.»

La politique néolibérale est porteuse d’injustices sociales et d’inefficacité économique

L’économie est paralysée, l’esprit de rente l’emporte sur l’esprit d’entreprise. Le bilan de l’état du pays soumis au clientélisme, à l’affairisme et à la corruption à tous les niveaux et dans tous les domaines est accablant. Le pays est rongé par la corruption, mais il est impossible de faire la lumière sur une série de scandales portant sur des malversations et le favoritisme dans les contrats publics. Corrompus et corrupteurs se trouvent dans les clans du pouvoir. Les profiteurs ont remplacé les serviteurs de la République. Les dirigeants du pays sont nombreux à avoir un intérêt financier personnel ou familial, direct ou indirect, dans une entreprise ou dans l’économie informelle.

La finance est intimement liée au pouvoir politique. C’est le pillage des biens de la nation par ses gestionnaires qui agissent en toute impunité, même s’ils sont impliqués dans la corruption active ou passive, le trafic d’influence, le faux et usage de faux. Le pouvoir se pare de toutes les vertus alors qu’il ne fait que cultiver la culture de l’échec. Une économie qui exporte ses ressources naturelles et mange ce capital par l’importation de 65% de ses produits de consommation alimentaire est livrée au néolibéralisme aux conséquences désastreuses.

Avec plus de 700 milliards de dollars dépensés, le pouvoir n’a pas fait de l’Algérie un pays émergent, encore moins un pays développé.
Les Algériens, qui luttent pour obtenir de meilleures conditions de vie et de travail, opposent une résistance à l’arbitraire qu’ils subissent dans leur vie quotidienne de la part d’un pouvoir néolibéral qui applique une politique économique et sociale catastrophique. Le chômage de masse est le barème de la pauvreté. Le coût de la vie est en hausse continue. Les couches moyennes de la société ne vont plus au restaurant car elles n’ont plus les moyens de payer l’addition.

Les grands indicateurs économiques sont au rouge : explosion des inégalités, dinar faible, pouvoir d’achat en chute libre. Il faut avoir l’énergie des syndicalistes autonomes un jour de grève pour faire face à la brutalité policière. La santé des puissants et des riches, dont les patrimoines explosent, serait-elle en danger s’ils se soumettaient aux structures médicales du pays ?

L’école, qui est le miroir de la société, ne cesse de se dégrader. Il faut favoriser le primaire dont la trilogie est : savoir lire, écrire et compter, car c’est là que se joue l’avenir de l’enfant. Comment préparer des élèves motivés, ayant un bon niveau d’instruction et de formation, à être les cerveaux de demain ? L’éducation nationale est investie de plusieurs missions : instruire, transmettre le savoir, réveiller les esprits, former les consciences, apporter des réponses aux problèmes de la société. L’Algérie a besoin d’une réforme moderne de son système éducatif, qui éliminerait l’idéologie du pouvoir.

----- L’ambition, la stratégie et la responsabilité de la CLTD sont d’établir une transition démocratique qui est un combat politique fondamental

La transition démocratique est  la locomotive du changement du système politique et non un changement dans le système, qui se réalisera par l’alternance, qui est le droit souverain du peuple algérien à choisir ses représentants au niveau de toutes les institutions élues de l’Etat, par des élections libres et transparentes, ce qui ne s’est pas réalisé depuis l’indépendance du pays.

La réunion de Zéralda du 10 juin 2014, organisée par la CLTD, a eu un grand succès. Pour la première fois dans l’histoire du pays, une opposition nationale réunissant différents courants politiques et représentants de la société civile, a pris forme. Auparavant, le pouvoir avait déstabilisé les partis politiques de l’opposition, les syndicats autonomes, les associations de la société civile pour préserver sa stabilité.
Le 4e mandat du Président, ressenti par le peuple algérien comme une atteinte à sa dignité, a ouvert la perspective à des responsables algériens de tous bords de fédérer l’opposition.

L’enjeu est l’existence de l’Algérie, laissée en  jachère, qu’il faut cultiver pour la sortir de la dictature et en faire un espace de démocratie, de liberté et de justice. La CLTD veut rendre au peuple le pouvoir qui lui a été confisqué par la fraude électorale, afin qu’il se relève, se redresse, prenne son destin en main. La réflexion est son exigence principale, suivie de l’action pour faire partager ses idées, ses analyses, afin de renforcer  la cohésion sociale et consolider la solidarité nationale.

La CLTD est consciente de la situation critique du pays, a la capacité de mobiliser les Algériens pour mener de manière pacifique le changement à sa fin. Il est temps de sortir de la pensée unique, de sa férule prédatrice, de rendre au peuple algérien sa souveraineté et à l’Algérien sa citoyenneté. Le courage en politique consiste à avoir de fortes convictions qui protègent de l’opportunisme, de combattre avec détermination et constance, sans esprit hégémonique, un pouvoir illégitime.

La CNLTD est diverse et unie ; elle structure et unifie l’opposition nationale, représente l’Algérie dans sa réalité et sa diversité. Le pouvoir refuse de dialoguer avec l’opposition nationale, tire sur elle à boulets rouges par l’intermédiaire de ses alliés et ralliés, tente de bloquer toutes ses initiatives. Il faut saluer le sens politique et l’esprit d’initiative qui ont animé l’ISCO, qui ont éclairé la route suivie par des Algériennes et des Algériens qui partagent les mêmes valeurs, soucieux de défendre l’Etat de droit, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, la limitation à deux des mandats présidentiels. Plusieurs leaders de l’ISCI ont des ambitions présidentielles.  C’est normal, le suffrage universel tranchera par des élections libres et transparentes.

La démocratie implique la liberté d’expression et une presse écrite de qualité

L’information est un secteur de souveraineté et son contrôle est le premier objectif du pouvoir. Elle a franchi trois étapes en Algérie : avant et après octobre 1988, elle était réservée à travers le FLN, parti unique, à la nomenklatura et à ceux qui gravitaient autour d’elle. Après la Constitution du 23 février 1989, elle s’est élargie aux couches moyennes de la société, notamment les associations à caractère politique et les intellectuels. Depuis la décennie noire de 1990, elle est revendiquée par les couches populaires, les jeunes, les marginalisés et les exclus de la société.

L’information est intégrée au renseignement

Le séisme politique d’octobre 1988 est porteur de mutations dans le paysage médiatique. La relative tonalité critique de l’hebdomadaire Algérie Actualité relève d’une «ouverture contrôlée». La direction de ce journal publie des informations peu conformistes, des idées nouvelles sur des sujets tabous. Sous Chadli Bendjedid, avait dit Noureddine Boukrouh, «il est arrivé que j’ébranle par mes écrits les fondements du parti unique». La lutte des clans s’est traduite au sein du pouvoir par la censure par Kasdi Merbah, chef du gouvernement, d’un éditorial de Kamel Belkacem, le premier rappelant à l’ordre, le second pour avoir oublié que la ligne éditoriale du journal appartient à son propriétaire, l’Etat.

Dans une interview,(1) Kamel Belkacem a reconnu que «20% des lettres des lecteurs publiées par Algérie Actualité, dont il était directeur, concernaient des manipulations et des délations de toutes les couleurs». Curieux et importants aveux publics qui ne sont pas faits sous la torture(2) de deux directeurs du même journal, Zouaoui Benamadi, remplacé par Kamel Belkacem, qui se décernent mutuellement le titre d’«auxiliaires des services du renseignement».

La liberté d’expression est un principe sur lequel on ne transige pas

Préservée selon le principe «ni exclusion, ni exclusive», elle constitue la base de la démocratie, de l’Etat de droit et du pluralisme de l’information. C’est un droit élémentaire de la vie politique, sociale et culturelle, de la création scientifique. «La lecture des journaux est la prière de l’homme moderne», disait Hegel.

La presse écrite véhicule de l’information, contribue à la formation des lecteurs, met librement en scène la vie politique, sociale et culturelle. Elle a une importance majeure parce qu’elle représente la conscience collective moderne. Elle ne nous impose ni une manière de penser, ni les sujets de réflexion, ni la manière de les aborder, mais nous présente des idées, des opinions, joue un rôle important dans notre manière de vivre. La démocratie ne peut se concevoir ni se définir sans une presse libre et la liberté d’expression. Le journalisme a pris un tour politique à partir du moment où les éditeurs de presse ont choisi leur camp.

Les ministres de la Communication qui se sont succédé ont dit et disent ce qu’ils veulent faire, mais non ce qu’ils peuvent faire, car ils peuvent peu, très peu. On ne peut donner à ceux qui gèrent l’information de quitus pour le passé, de blanc-seing pour le présent, ni de chèque en blanc pour l’avenir. Les journalistes doivent exercer leur métier en toute objectivité pour donner une information de qualité, ordonnée, mise en perspective.

Bouteflika est le seul président au monde à ne pas avoir accordé, après 16 ans à la tête de l’Etat, une interview à la presse nationale. Il peut avoir un avis personnel sur le Congrès de la Soummam du 20 août 1956, mais il ne peut l’imposer en qualité de Président, et il doit honorer ce congrès qui est un grand événement de la Révolution. Certains journalistes disent que la presse serait un 4e pouvoir, encore faudrait-il que les pouvoirs législatif et judicaire existent, car ils sont réduits dans la réalité à leur caricature. Selon la devise du Canard enchaîné, la liberté d’expression «ne s’use que si l’on ne s’en sert pas».

Les vérités historiques de Saïd Sadi

Il faut éveiller l’esprit critique et le renforcer là où il existe. Le savoir est politique, libère de l’oppression, donne l’audace de penser par soi-même, d’être fidèle à ses idées en rejetant une pensée toute faite, une pensée unique. Dans son livre Amirouche, une vie, deux morts et un testament, Saïd Sadi nous fait visiter les lieux de mémoire de la guerre de Libération nationale, citations et références à l’appui dans les débats théoriques et stratégiques qui animent les anciens moudjahidine. Il construit un piédestal à Amirouche qui incarne l’engagement total absolu au service de la Révolution.

Il lui voue une admiration entière et multiple, qui distingue des mérites rares. L’admiration qui fait le sel de la vie n’a rien à voir avec le culte de la personnalité, elle porte sur ce que la personne est capable de réaliser avec des qualités hors du commun. Paul Valéry disait : «Quand on ne peut pas attaquer le raisonnement, on attaque le raisonneur». Saïd Sadi vient d’en faire l’expérience de déshumanisation.

Il est la cible désignée, car par son livre il est un danger pour le pouvoir qui a actionné la justice à son encontre. Le droit de juger non l’action, mais la personne est un fondement du totalitarisme, non pour ce qu’a écrit Saïd Sadi, car bien d’autres l’ont dit ou écrit avant lui, même des officiels, mais parce que c’est lui qui l’écrit et le dit. L’égalité face à la loi représente le ciment de la société. Personne ne doit être menacé pour avoir exprimé publiquement ses engagements et ses opinions.

Au tribunal de l’histoire, il faudra convoquer les ministres de la Justice qui ont servi le président Bouteflika tout au long de son règne, car ils ont une lourde responsabilité dans la soumission de la justice au pouvoir exécutif. La magistrature est non pas débout ou assise, comme le veut la loi, mais à genoux et couchée comme le veut le pouvoir exécutif. Quand la justice est bafouée, ce sont les libertés qui sont en danger. L’indépendance de la justice est liée à la mise en place d’un système politique démocratique.

Liberté d’expression et respect des croyants

L’implication de la France dans le monde, son rapport au Moyen-Orient et à l’Afrique sont au cœur de l’affaire Charlie Hebdo, qui oppose la liberté d’expression et le respect des croyants. La France ne prend pas en compte la rancœur antifrançaise que ses actions militaires ont pu susciter dans le monde musulman, arabe et africain. Le soutien systématique de l’Occident à Israël et de manière générale l’implication de l’Amérique et de ses alliés dans la région font partie des motifs de ces rancœurs politiques.

Le mot intégration n’a plus de sens en France. Le Premier ministre, Manuel Walls, l’a clairement reconnu en évoquant : «Un apartheid territorial, social et ethnique». Les actes publics à caractère blasphématoire expriment l’irrespect à l’égard de la foi, qui exige le respect des livres sacrés, expression de Dieu.

Le blasphème, ensemble de caricatures dont la première représente le Prophète Mohamed avec une bombe dans le turban, est ressenti par le monde musulman comme une provocation qui relève de l’islamophobie.(3) Pour Daniel Cohn  Bendit, «la loi française persécute ceux qui bafouent la Shoah, mais ne condamne pas le blasphème». L’islamophobie est moins sanctionnée en France que l’antisémitisme. Il n’y a pas de réprobation officielle quand de jeunes juifs français vont s’engager dans l’armée israélienne pour participer à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité à l’égard du peuple palestinien. C’est le deux poids, deux mesures.

La riposte contre les dessins blasphématoires doit  être juridique, seulement juridique. L’article 20 du pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que : «Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdit par la loi». La liberté d’expression est indivisible, il faut la défendre jusque dans ses excès, malgré l’irresponsabilité de certains, parce qu’elle conditionne de nombreuses libertés.

L’amazighité est une grande cause qui fait l’honneur de l’Algérie

Où en sommes-nous aujourd’hui et quelles sont les perspectives dans le domaine de l’amazighité à laquelle il faut donner sa place, toute sa place ? Il faut appeler ce pays par son nom, sans suffixe ni préfixe, et tous ses habitants par le leur, Algériens et fiers de l’être. Remonter le temps chargé d’histoire, c’est retourner à la source et aux racines du peuple algérien, qui sont amazighs. Revenir à l’histoire qui est un sujet sensible, une passion pour les militants, c’est reconstituer le passé de l’amazighité et des Amazighs gardiens de la mémoire collective, qui ont habité l’Afrique du Nord comme nation et peuple depuis des millénaires.

Il s’agit de rétablir l’histoire de l’Algérie, de la connaître dans sa totalité et son authenticité, faite de grandeur et de sacrifices, mais aussi de faiblesses et de trahisons, de la réhabiliter, car elle a été écrite en lettres de sang. L’Algérie existe depuis des millénaires, ne s’est identifiée à aucun des envahisseurs qu’ils n’aient fait que passer ou qu’ils se soient installés, n’est ni intégrable, ni assimilable à la dernière occupation française ou à celles du passé. Ibn Khaldoun, qui était l’ami de l’intelligence et de la culture, disait : «L’histoire est la mémoire des peuples.»

Que faisons-nous de l’héritage de Massinissa, de Jugurtha et de la reine Kahina, et comment le mettons-nous en pratique ? L’anthropologie, qui a reçu des apports humains, la sociologie, l’histoire et la géographie sont le soutien de compréhension de l’amazighité à laquelle il faut donner sa dimension nationale, régionale et africaine. C’est un devoir patriotique que de défendre le patrimoine historique de l’Algérie.

La légitimité de l’amazighité qui doit revenir sur le devant de la scène politique est née de son histoire, de son authenticité, de sa notoriété. La défense liée à la démocratie n’est pas facile sous un pouvoir totalitaire. Le pouvoir n’a pas répondu au questionnement identitaire qui nécessite un débat éclairé et éclairant. La question revient lancinante. Acteurs principaux de l’indépendance nationale, les Amazighs se demandent pourquoi tamazight n’est pas élevée au rang de langue officielle avec toutes ses attributions.

Il faut le dire, le répéter, le marteler : il est urgent d’agir pour qu’elle soit officialisée, ce qui n’est ni discutable ni négociable, mais devient une nécessité. Tamazight doit être obligatoire et enseignée dans tout le territoire algérien. La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la convention de l’Unesco de 1960 militent pour l’enseignement en langue maternelle. La langue officielle de l’Etat, qui est l’arabe littéraire, n’est pas une langue maternelle. Le peuple algérien veut connaître et approfondir sa langue maternelle.

La volonté est de rester ce qu’il a toujours été, amazigh. Apprendre à l’enfant à maîtriser sa langue maternelle, écrite ou orale, c’est le droit du savoir, qui est la clé de l’émancipation qui libère, c’est lui faire prendre conscience qu’il doit assumer l’héritage culturel et linguistique de ses ancêtres, le reproduire et l’enrichir. Ce qui est en jeu, c’est le droit de vivre sa propre culture, le droit de ne pas se laisser absorber par une autre culture.

Le tamazight, élément constructif, dimension irréductible de l’identité nationale dont elle   est partie indivisible, a triomphé des vicissitudes d’une histoire tourmentée, c’est parce qu’elle est le prolongement de la dignité humaine, qui relève de la libre participation de la personne à la conduite de son destin pour établir ou maintenir ses droits, sa liberté, sa dignité. La langue arabe ne doit pas se développer au détriment de la langue tamazight, mais avec elle, et non sans elle et contre elle. La stratégie qui se rattache à tamazight et qui a guidé sa défense a été pensée par le MCB, le Mouvement culturel berbère pour hier, aujourd’hui et demain.

L’amazighité s’est enkystée, incrustée dans la société de manière raisonnée, maîtrisée. Une politique culturelle en faveur de la diversité interpelle la conscience de tous ceux qui se réclament de l’amazighité. Les chants patriotiques contestataires qui expriment un message politique séduisent, unissent, déclenchent l’enthousiasme de la population. La crise identitaire est profonde, ses racines sont anciennes et ses conséquences sont graves pour la cohésion nationale. Vouloir que notre pays se conforme à une seule ethnie, c’est éliminer l’autre. L’aliénation linguistique conditionne l’aliénation culturelle, qui conditionne l’aliénation politique.

L’Hégémonie politique, culturelle et linguistique du pouvoir

Le modèle culturel et linguistique que prône le pouvoir est du colonialisme culturel. Toute politique doit être réfléchie, préparée et expliquée. Le président Bouteflika ne s’est pas référé à toute l’histoire de l’Algérie, particulièrement celle de la dynastie Massyle, et à la reine Kahina, qui ont fait sa grandeur, mais a sanctifié l’identité arabo-islamique qui exclut l’amazighité. Il a voulu l’extinction progressive de tamazight, résorbée et intégrée à l’arabité.

Sa politique sur le plan identitaire n’a pas obtenu les résultats escomptés, l’amazighité est toujours debout. Il n’est pas arrivé  à faire taire les irréductibles défenseurs de l’amazighité(4), malgré le Printemps berbère de 1980, devenu un hiver politique, et les massacres du printemps 2001, qui ont fait 117 morts et des milliers de blessés et handicapés à vie, qui relèvent de la Cour pénale internationale. La wilaya de Sétif, qui était à l’indépendance du pays en 1962 à 84% amazighe, ne l’est plus qu’à 20%. Le président Bouteflika a fait 8 déplacements à cette wilaya qu’il a félicitée pour avoir réalisé l’intégration douce vers l’arabité.

La wilaya III a tellement perdu tant de monde, ces héros au destin tragique durant la guerre de Libération nationale, que leurs héritiers dignes filles et fils ont suivi Auguste Comte qui disait : «Les morts gouvernent les vivants.» Nous sommes tous habités par la mémoire des morts qui est une coutume au rituel immuable initiée depuis la nuit des temps. Amirouche, héros de l’histoire, apparaît à travers la légende avec son renom, son prestige, sa stature grande et démultipliée un des plus illustres fils au destin exceptionnel basé sur la fierté nationale et le sens de l’honneur est un exemple. Maurice Duverger écrivait dans son livre Les Orangers du lac Balaton : «Les peuples qui n’ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.»

Tradition et modernité difficiles à marier sont le miroir de la Kabylie

Le vent de liberté qui souffle au sud du pays doit s’étendre à toute l’Algérie. Deux éléments ne prennent pas de repos, l’eau de la rivière et l’amazighité jusqu’à sa reconnaissance pleine et entière. La Kabylie, gardienne de la démocratie, de la liberté et de la modernité est le cœur de l’amazighité, il faut s’occuper de ce cœur. Elle interpelle la conscience de tous ceux qui se réclament de l’amazighité. Le pouvoir va-t-il renoncer à la destruction de la culture et de la langue amazighes devant les réactions performantes de ceux qui les défendent et contrarient cette action ? Il veut réduire tamazight à un dialecte en limitant son usage public.

Le travail de sape est confié au ministère de l’Education nationale qui emploie les grands mots pour cacher les grands maux. Etudiants, construisez votre vie au lieu de la subir, indignez-vous, ne vous résignez pas, consolidez vos liens avec le peuple en exerçant une influence sur le cours des événements. Les étudiants de la région, lycéens et collégiens, filles et garçons, qui se sont donné le temps de la réflexion, suivie d’une conduite rationnelle, pondérée, éclairée, marcheront le 20 avril pour le changement. C’est ensemble et pas en rangs dispersés que vous réaliserez ce changement. La régionalisation sera le renouveau.

El Watan    

 

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