Gaz de Schiste : Une autre façon d’analyser la question


Nous avons oublié que durant une trentaine d’années après l’indépendance, l’Algérie avait opté pour le socialisme, et de ce fait se voulait — sur le plan international — à l’avant-garde de la lutte anti-impérialiste et anticapitaliste. Ensuite, l’Algérie a changé d’orientation idéologique en optant pour ce que nos «politiques» appellent pudiquement «l’économie de marché» qui n’est, en fait, rien d’autre que le capitalisme proprement dit.

Même si les rapports de force ont beaucoup changé sur le plan mondial depuis le dernier quart du XXe siècle, par contre la nature du capitalisme et de l’impérialisme n’a pas changé : la loi du plus grand profit demeure, et l’exploitation des peuples de la planète, y compris ceux des pays capitalistes, demeure elle aussi.

Quand on ne parle plus d’impérialisme, son danger devient inconscient, la vigilance de nos décideurs politiques baisse, les erreurs de choix deviennent alors possibles, et l’Algérie devient vulnérable. Les dirigeants des pays capitalistes redoublent de violence à l’égard des pays dont les dirigeants s’opposent à leurs desseins, et ce, en pratiquant des interventions militaires et des assassinats (Irak, Libye par exemple).

Il existe d’autres façons plus ou moins discrètes, donc moins spectaculaires et moins violentes, pour obtenir la soumission des dirigeants des pays du tiers-monde aux intentions capitalistes d’exploitation des peuples et de leurs richesses. Il s’agit tout d’abord de la corruption et ensuite du mensonge, mais les deux peuvent être utilisés en même temps.

La corruption signifie que les dirigeants de certains pays du tiers-monde, auxquels on peut ajouter certains hauts cadres d’entreprises publiques pouvant influer sur les choix politiques, savent tous que favoriser les affaires des sociétés multinationales va souvent à l’encontre des intérêts de leur peuple, mais acceptent, en toute connaissance de cause, de le faire contre rétribution financière. Le mensonge aussi est utilisé par les dirigeants des pays capitalistes pour parvenir à leurs fins, il a été utilisé pour envahir l’Irak en faisant mentir à l’ONU le Secrétaire d’Etat Colin Powel sur la prétendue possession, par l’Irak, d’armes de destruction massive.

Le mensonge est aussi utilisé depuis toujours dans les relations économiques internationales. Cela consiste à obtenir l’adhésion aux intérêts des puissances capitalistes de la part des dirigeants politiques des pays du tiers- monde et/ou de cadres honnêtes, patriotes et sincères en leur fournissant de «vrais-faux» rapports scientifiques, rapports qui peuvent être rédigés par des universitaires de renom qui auraient été corrompus par l’argent. Ces «vrais-faux» rapports mensongers mettent en relief les intérêts que pourraient retirer les pays du tiers-monde concernés s’ils optent pour une «coopération» avec les multinationales.

Etant donné que ces pratiques — corruption et mensonge — ont de tout temps été utilisées par les capitalistes, il y a fort à parier qu’elles ont servi à «convaincre de l’intérêt» de l’exploitation du gaz de schiste. Cette exploitation, très peu de pays la maîtrisent actuellement et à leur tête les Etats-Unis. Nous ne disons absolument pas qu’au niveau des connaissances actuelles, cette technologie est sans danger pour l’environnement, bien au contraire.

Et si l’exploitation a déjà commencé au Etats-Unis, nous affirmons que les firmes capitalistes ne respectent ni l’intérêt de leurs peuples ni celui de l’environnement. Ce n’est donc pas parce que les Etats-Unis ont commencé que nous devons le faire aveuglément, car où serait alors la souveraineté de décision de notre pays ?

Nous avons la profonde conviction que les firmes américaines qui se sont déjà lancées dans l’exploitation du gaz de schiste — même si leur technologie n’est pas totalement au point actuellement et serait donc perfectible dans l’avenir — veulent nous vendre cette technologie avec ses défauts actuels, et tout le personnel d’experts qui va avec. Cela permettrait aux firmes pétrolières de continuer à faire des profits sur le dos des pays où la ressource est exploitable.

Nous suggérons aux décideurs algériens, même si nous savons que l’avis de citoyens algériens recueille très peu d’écho dans leur esprit puisqu’ils n’en font qu’à leur tête, sans écouter les avis d’experts algériens patriotes, honnêtes et de haut niveau ; nous suggérons d’abord de respecter le principe de prudence et ensuite d’investir massivement dans les énergies renouvelables.

L’inconscient est celui qui n’écoute pas les conseils de sagesse. Notre article ne comporte pas d’avis technique pour la bonne raison que ce n’est pas le domaine de nos compétences. Nous avons lu différents articles dans la presse écrite rédigés par des experts algériens très compétents en la matière.

1)- Le principe de prudence que certains pays capitalistes comme la France ont déjà appliqué sur leur territoire consiste à interdire l’exploitation du gaz de schiste tant que la technologie n’a pas évolué dans le sens de la protection véritable de l’environnement — notamment la nappe phréatique et contre le gaspillage de l’eau douce en quantités phénoménales — et tant que les coûts d’exploitation restent très élevés.

2)- Investir massivement et en urgence dans les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire dont notre pays est très bien pourvu, mais aussi les autres énergies propres et éternelles comme l’éolien, par exemple. Nous avons perdu beaucoup de temps déjà dans ce domaine. Le développement de la recherche et ses applications dans ce domaine pourrait se faire en coopération avec d’autres pays qui y ont intérêt, surtout arabes et l’Iran, eux aussi bien dotés par la nature.

Il est très facile d’imaginer qu’une fois les installations de récupération de l’énergie solaire réalisées, nous nous mettrons définitivement à l’abri de l’exploitation de notre pays par les multinationales capitalistes, du moins dans le domaine de l’énergie, ceci d’un côté. D’un autre côté, il est facile de comprendre que ces multinationales veulent à tout prix nous voir opter pour le gaz de schiste afin de faire durer encore leur recherche de profit.

Il existe déjà une compétition mondiale pour la technologie solaire ; la Chine est assez bien placée dans le domaine de la fabrication, à prix très compétitifs, des panneaux récepteurs. Les pays capitalistes craignent, bien évidemment, que la Chine puisse les supplanter en matière d’énergie solaire après qu’ils aient, eux, dominé le marché pétrolier mondial tout au long du xxe siècle jusqu’à nos jours.

Pour en revenir à nos décideurs politiques, certains d’entre eux doivent avoir la nostalgie de l’époque du parti unique où était imposée la pensée unique — une aberration contre la nature de l’esprit humain — et où il n’était pas toléré d’exprimer un avis contraire aux choix politiques officiels. Heureusement que nous avons aujourd’hui une presse indépendante pour faire notre devoir civique et exprimer nos pensées patriotiques.

Certains de nos décideurs politiques ont — depuis l’indépendance jusqu’à nos jours — pris la mauvaise habitude de prendre des décisions concernant l’avenir à moyen et long termes du pays sans avoir à affronter des avis contraires, même si ces avis sont objectifs, scientifiques, sages et patriotiques.

L’Assemblée populaire nationale ne remplit pas le minimum du rôle et des responsabilités qui lui reviennent. L’APN pourrait, si elle en manifeste le désir, demander à une commission d’experts à la fois très compétents, intègres et patriotes de l’éclairer sur certaines questions très sensibles et très importantes, comme l’est la question de l’exploitation du gaz de schiste.

Mais il ne faudrait plus continuer toujours à tromper le peuple en choisissant des experts plus ou moins liés au pouvoir politique et qui rédigeront un rapport allant dans le sens des intentions de ce pouvoir. Cela signifie que les décideurs politiques honnêtes doivent prendre consciemment le risque que le rapport des experts leur soit défavorable. L’APN nous a malheureusement déçus dans le passé en votant une loi contraire aux intérêts suprêmes du pays, et ce, précisément en matière d’hydrocarbures.

Il est légitime de se demander si le ministère de l’Energie a une stratégie tout à fait claire et conforme aux intérêts véritables du pays, car nous avons la nette impression qu’on veut nous faire passer directement, sans transition, de la rente issue des hydrocarbures conventionnels à celle issue des ressources non conventionnelles. Les énergies renouvelables, comme leur nom l’indique, sont éternelles, elles pourraient même continuer à exister après la disparition de l’espèce humaine sur Terre.

Pour terminer notre article par une note d’humour mais réaliste tout de même, nous disons que si la rente pétrolière a appris aux Algériens à travailler au minimum au point où nous avons très peu de produits manufacturés et industriels à exporter, autant passer directement à «la rente solaire», ce qui entraînera que les Algériens resteront éternellement en dessous des normes de production économique des pays développés, car nous pourrons vivre indéfiniment de l’exportation de l’énergie solaire que nous aurons appris à capter, à stocker et à transporter. On aura gagné à préserver notre environnement pour les générations futures.

Kamel Alimazighi

El Watan 

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