Awal D Wuzzal : Oumeri, le justicier


Awal D Wuzzal : Oumeri, le justicierEn tuant Oumeri devant un plat de couscous, Oucel avait souillé la plus noble des traditions. Le respect du sel”. On n’assassine jamais, c’est le plus méprisable des crimes. Aucune excuse ne peut justifier, car “le sel est sacré”.

Ahmed Oumeri, paysan, originaire d’Ath Jimâa des Ouadhias. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la France mobilise beaucoup d’Algériens, qu’elle envoie se battre, contre les Allemands. Après sa mobilisation, il se retrouve à Sedan, à la frontière franco-belge... Ne se sentant pas concerné par cette guerre, il prend conscience que son combat devait se faire chez lui, il déserta en 1941. Depuis, il mène une vie de rebelle ; contre le colonialisme français.
Arrêté puis emprisonné, la cadence de Belfort (El Harrach) où il fut réincorporé au régiment de “La marche des levants”, où après des tractations et après avoir eu le soutien du PPA, Ahmed Oumeri organise une mutinerie...
Oumeri réussit son évasion et opta pour le maquis contre le colonialisme à la manière des ancêtres. Il rançonne les amis, les alliés de l’aroumi* dont les rançons allaient tout droit aux démunis. Il arrêtait les cars pour crier à plusieurs dizaines de voyageurs : “Vive le PPA, vive l’Indépendance...” et ce, treize ans avant le déclenchement de la Révolution de Novembre 1954.
Pendant  ce temps-là, la propagande coloniale associée aux différentes pressions de ses ennemis, dans une époque où les seuls canaux d’information censées éclairer des populations, dont la majorité écrasante était illettrée, étaient propriété de l’administration coloniale, ont fait que les plus illuminés ont cédé et les diffamations les plus invraisemblables et les plus immorales avaient pris des allures de vérité.

Ouacel et le complot du commissaire

Dans le but de démystifier le héros, des manchettes telles que “les bandits en Kabylie”, “les autorités aidées de la population mettent tout en œuvre pour capturer mort ou vif le bandit Oumeri”, “Des hors-la-loi qui ne sont que des malfaiteurs et dont on voudrait faire des héros de légende”, ne parviennent pas à ternir aux yeux des paysans la réputation de célèbre bandit d’honneur. Bien au contraire, pour les petites gens, Oumeri s’acheminait inexorablement vers la légende en dépit des allégations généralement semées par le système en place.
Ouacel Ali, il eut à essuyer des attaques violentes se rapportant à l’amitié qui le fait liait au proscrit. On le contraignit d’éviter et de rompre définitivement sa liaison qui, prétendait-on, ne pouvait que lui valoir les prés ennuis. Ali, résiste, affirmant qu’il était trop tard pour songer à une telle solution, néanmoins, il n’écarte pas l’éventualité d’espacer progressivement ses entrevues avec Oumeri pour finir, à moyen terme, pour relâcher ses relations comme le désirait son clan. L’autorité coloniale a essayé toutes les combines pour éloigner le peuple du duo sans résultat, jusqu’au jour, où, le commissaire de police concocte une diabolique affaire d’honneur et de trahison, qu’aucun kabyle ne peut supporter : qu’un homme, un ami de surcroît, tente de salir son honneur en projetant d’encrer clandestinement chez un ami en son absence.
Le commissaire travail minutieusement Ouacel, il lui fait un accueil qui laisse Ali ébahi. Le commissaire de polie lui fait savoir qu’il était au courant de l’aide qu’il apporté à Oumeri et son acolyte Hadj Ali, le duo qui rodait la nuit devant sa maison pendant son absence. pendant les trois jours qu’il passa au commissariat en compagnie des inspecteur et leur commissaire, créèrent le doute dans le cœur d’Ali au troisième jour Ouacel était persuadé qu’Oumeri pouvait effectivement commettre son déshonneur. Quand le doute creuse, il rend ce qui théorique en réel, palpable. Pour enlever le doute, Ouacel accepte le traquenard élaboré par le commissaire de police, tuer Oumeri et son ami Hadj Ali.
Pour nous, dit le commissaire, Oumeri et Hadj Ali sont des bandits sans scrupules qu’il faut éliminer et pour toi, ce sont des traîtres qui caressent le rêve de te déshonorer. Ne vois-tu pas que nous sommes des alliées placés du mêmes côté de la barrière.
Ouacel Ali invite son parent Ouagni Arezki à prendre un couscous chez lui.
- Arezki, depuis que nous sommes entrés, tu n’as pas dit un mot concernant Oumeri. Cela m’étonne, aurais-tu changé de sentiments ?
- Non, Ali, je suis resté celui que tu as toujours connu, rien n’a changé et le seul nom d’Oumeri m’irrite, c’est un enfant du péché et il a, à mes yeux, perdu toute considération. Comment es-tu amener à l’héberger, à la renseigner, alors que tout en lui respire la fourberie et la méchanceté ?
- Tu le déteste, je le vois, mais je ne crois pas que ta haine pour lui soit aussi forte que la mienne.
- Quoi ?
- “Embrasse la main que tu ne peux pas mordre”, affirme un dicton populaire et c’est ce que je fais depuis plusieurs mois. Maintenant j’ai décidé d’agir. Si tu consens à me prêter main forte, je t’avoue sincèrement que je suis décidé de le tuer. Son parent Arezki lui confirme son aide avec enthousiasme. Ouacel Ali lui  décrit le complot qu’il compte exécuter contre Oumeri et son ami Hadj Ali où et comment il envisage l’exécution.
- Je vais les inviter à souper : Oumeri à l’habitude d’occuper ma place et Hadj Ali où tu es assis en ce moment. Quand je reviendrais avec le couscous, tu te lèves pour fermer la porte, contre laquelle, tu trouveras suspendu un fusil de chasse chargé et sans sécurité. Tu t’en saisiras pour tirer sur Oumeri et moi j’abattrai Hadj Ali avec mon revolver que je tiendrais caché sous le plat en bois.
- Tout se tient.
- Je dois te mettre en garde et te prier de ne pas ébruiter ce secret.
- Je ne suis pas un enfant. Je sais que c’est grave et je dois me taire.

Après qu’Ouagni prit congé de son parent. La femme d’Ali entre dans la pièce où se trouvait Ali et s’assit à ses côtés. Il lui apprend qu’il doit se rendre à Tizi N’Tlata pour assister à une fête avant la levée du jour. En réalité, Ali est allé voir Oumeri et Ahdk Ali pour les inviter. Une fois de retour, à la maison, au moment du repas du soir, Ali dit sa femme :
- Hier, j’ai e le plaisir de rencontrer deux anciens amis, je les ai invités à souper à la maison. Peut-tu m’excuser de l’avait fait sans ton consentement ? Elle tressaillit, la figure assombrie, interrogea :
- Qui sont ces amis ? Quand dois-tu les recevoir ?
Il s’agit d’Oumeri et son compagnon Hadj Ali, je les attends pour la fin de la semaine.
Elle lui fait remarquer qu’il avait tort de s’afficher encore avec ces deux individus. Que partout où ils sont passés, ils ont semé la discorde et le deuil. Nos parents et alliés l’on bien, compris qu’ils se sont dressés contre toi pour te convaincre à rompre avec eux. Mais... Je suis la femme, je ne puis te juger et encore mois te condamner. Je te garderai les mêmes sentiments de fidélité et de dévouement...
Mais, je ne t’approuverai jamais lorsque tu m’apprends que tu fréquentes encore ces deux damnées.
Il faut leur fuir, ils sont galeux : Tu risque d’être contaminé ou compromis.

Ali médita longuement ces paroles empreintes de noblesse et eut la conviction, que son épouse avait sauvegarder. Ali dit à son épouse, ne crains rien, ils mangeront pour la derrière fois dans cette maison et ne remettront plus jamais les pieds ici.
Ouacel prit contacte avec la personne, qui au  commissariat de Tizi Ouzou lui avait promis un précieux appui avec ses dix hommes qui devaient se tenir à proximité de sa maison, dès qu’Oumeri et son ami franchiront le seuil de la maison, le jour J au cas où lui et son parent Arezki échoueraient pour qu’ils interviennent.

La traîtrise

A l’heure prévue, Ouacel regarde sa montre. Il se leva, alla derrière la maison, les deux invités qui étaient au rendez-vous de la mort à leur insu, étaient allongés sur l’herbe, à une cinquantaine de mètres, sous un grand figuier. Il leur fit signe de le rejoindre. Après avoir discuté un moment, Ali dira : “Je crois que c’est l’heure de manger.” Oumeri lui répond : “Oui, nous sommes affamés nous n’avons rien avalé depuis hier soir. Ouacel sort dans la courette, derrière le mur, il enleva sa chéchia, calotte blanche et l’agita en direction d’un frêne, il remarqua une tache blanche qui bougeait entre les branches de l’arbre, c’était le signal convenu entre les conspirateurs. Il revient quelques minutes après avec un grand plat de couscous, sous lequel il tenait un revolver, balle au canon. Il pousse la porte d’un coup de pied. Arezki Ouagni se redressa vivement, comme le lui avait demandé son parent Ali. Ali s’approche des deux invités et au moment où il commence à s’incliner pour déposer le plat de couscous, il pressa sur la détente de son arme en direction de Hadj Ali, qui fut tué sur le coup. Oumeri malgré cette insoupçonnée trahison, saisit son Parabellum et tire sur Oucael, c’est en glissant qu’il fut sauvé, la balle lui traça un sillon dans le cure chevelu. Ouagni Arezki qui s’était emparé du fusil de chasse fit feu sur Oumeri qui quoique blessé gravement prit appui sur le mur, retourna son arme contre l’agresseur et lui brisa le bras. Ouacel en se relevant vida son chargeur dans la poitrine d’Oumeri.
C’est ainsi que fut assassiné Belaidi Ahmed dit Oumeri, le 16 février 1947. Que Dieu ait son âme.

La maison d’Ouacel Ali fut envahie par la foule, attirée par les détonations. Oumeri avait la main droite sur le couscous, Hadj Ali Mohd Arezki était allongé sur le dos, ses pieds contre le plat de couscous. Les personnes regardèrent la scène en silence, la mine méprisante, elles se retirèrent. De petits groupes se forment dans la ruelle, à Tajemaath et l’intérieur des foyers. Les langues se délièrent, allèrent de bon train. L’acte accompli avait été sévèrement critiqué et qualifié d’impardonnable. Aucune excuse ne peut justifier, car “le sel est sacré”.
En tuant Oumeri devant un plat de couscous, Ouacel avait souillé la plus noble des traditions. Le respect du sel. On n’assassine jamais un invité, c’est le plus méprisable des crimes. Ali chargea son frère d’informer les autorités qui ne tardent pas à défiler au village Ath Jimaâ.
Ouagni fut transporté à l’hôpital de Thénia (Menerville).

Ouacel Ali est condamné à mort par le village et le frère d’Oumeri fut désigné pour exécuter la sentence. Ali se rendit à Tizi Ouzou, quitte clandestinement le village. Là, il se crut en sécurité jusqu’au jour où un de ses proches parents lui apprit l’arrivée imminente du frère d’Oumeri qui s’était lancé à sa poursuite, il gagna, alors, Marseille par bateau y vécut quelques jours, avant de prendre le train pour Paris. Attaché à ses pas son ennemi le suivi en France. Il ne devait jamais le retrouver.

M. I. Écrivain

*Aroumi, le français
Documentation : Tahar Oussedik, Oumeri.
* Les inter-titres sont de la rédaction


La Dépêche de Kabylie

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