Biskra


N’Aïth Frah… l’autre Aurès

Biskra N’Aïth Frah… l’autre AurèsAïn Zaâtout, pays des N’Aïth Frah est historiquement et géographiquement auressien, mais administrativement rattaché à la capitale des Zibans, Biskra.

Une double appartenance qui ne déplaît point aux Farhi, bien au contraire, ils en profitent. Presque à égale distance entre Batna et Biskra (60 kilomètres), cependant en partance de la capitale des Aurès, la seule voix de communication, et ce, depuis les années 1970, reste une modeste route de wilaya (RW 54) en mauvais état.
C’est après 45 minutes de route difficile, faut-il le souligner, qu’on découvre une oasis de 3 669 habitants au pied du mont Ichoudar. Il est 7h, Aïn Zaâtout est déjà réveillé. Septembre, la saison où les champs prennent des couleurs pastel, sauf l’olivier, arbre fétiche de la région et mascotte des habitants. Choyé, protégé, l’oléacée est symbole de la bonne saison, nous dit-on au café du village, où des citoyens très accueillants sont venus s’entretenir avec nous.

En présence du secrétaire général de l’APC, M. Touati, tour à tour et à bâtons rompus, les hauts et les bas du village sont évoqués et occasionnellement contestés. Aïn Zaâtout, commune depuis 1966, mérite une meilleure prise en charge, mais surtout des routes car “vous l’avez certainement constaté, en venant de Batna, mettre presque une heure pour 20 km, c’est beaucoup”, nous dit un citoyen.
Un chauffeur de taxi appuie les dires de son voisin de table en ajoutant que la route était toujours le problème des N’Aïth Frah, qui ont le sentiment d’être un peu oubliés. Pour le secrétaire général de l’APC, il y a des priorités même si c’est vrai que le souci de la route existe. “Les problèmes ou les entraves qui ont poussé beaucoup de citoyens à quitter le village sont en train d’être pris en charge, entre autres, l’alimentation en gaz naturel des foyers en 2011. Vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes sur les hauteurs, l’été c’est le sud, mais l’hiver c’est les Aurès, et la température descend jusqu’en dessous de zéro”, ajoute notre interlocuteur. Silencieux depuis l’ouverture des débats, le plus âgé de l’assistance, Ammi Rabah prend la parole et sereinement, il évoque une série d’aléas qui préoccupent l’ensemble des habitants :  l’“ouverture du centre de santé est une très bonne chose, cependant la non-disponibilité des permanences et d’un service de maternité qui sont en réalité des urgences, nous laisse sceptiques.”
Par ailleurs, le problème de la ligne à haute tension qui traverse le village et les dangers réels qui guettent les citoyens, l’absence d’infrastructures touristiques en dépit du patrimoine dont jouit la région, mais aussi les solutions apportées comme la disponibilité de l’eau grâce aux forages, l’infrastructure scolaire à tous les niveaux…pêle-mêle mais dans le respect total, les antagonistes ont refait Aïn Zaâtout, le temps d’un café et à l’air pur.

Au moulin à huile
Chez Mansouri S’maïl, propriétaire d’un moulin à huile, on broie et on presse l’huile depuis la nuit des temps, et ça se fait encore de père en fils. Hospitalité chaouie oblige, Dada S’maïl nous reçoit à bras ouvert et bien sûr, avec le traditionnel  gobelet d’huile pour nous souhaiter la bienvenue. Il ne se souvient pas avoir fait autre chose depuis sa naissance que ce métier. Son père lui a transmis le métier et, lui, le transmet à son tour à son fils. S’exprimant en chaoui, le propriétaire des lieux nous explique et avec fierté, comment il est en train de se préparer à la prochaine saison qui annonce une bonne récolte, donc beaucoup de travail.
S’maïl qui possède un moulin à huile classique, vient de se doter d’un nouveau matériel et compte bien l’utiliser lors de la prochaine presse. Il nous informe qu’il y a un grand retour à l’oléiculture et qu’il a des clients qui viennent de Bouzina, Djemoura et même plus loin de M’doukel, dans la région de Barika. Le broyage, l’extraction du moût d’huile, la séparation de l’huile et de l’eau, il connaît ça par cœur et avec son nouveau matériel, Dada Smaïl va leur donner satisfaction. “Vous êtes invités pour la première presse au début octobre”, nous dit-il. Rendez-vous pris.
Au cybercafé du village (le seul d’ailleurs) sur les 5 postes disponibles, des jeunes rouquins (ils sont nombreux chez les Aïth Frah) pianotent sur des claviers, et ils font d’agréables découvertes.

Génération pixels…
À titre d’exemple c’est le parler chaoui des N’Aïth Frah, qui a constitué le premier dictionnaire berbère, réalisé par le linguiste et chercheur français André Basset, secondé par un natif de la région, M. Nezel, dont la famille réside toujours à Aïn Zaâtout.
Effectivement, pour les avertis, la langue courante chez les N’Aïth Frah, est certes le chaoui, mais bien particulier. L’usage des néologismes et des onomatopées est fréquent en plus d’un accent particulier, ce qui fait dire à un étudiant qui nous accompagne, que les Farhi parlent le chaoui comme les Québécois parlent le français.

Il n’est pas possible de repartir à midi et sans goûter le sel (manger), une spécialité culinaire des Farhi, chekhoukha au potiron, un plat qui à lui seul, rappelle la double appartenance de Aïn Zaâtout, bien pimenté comme l’aiment les gens du sud, et bien saucé, comme l’adorent les Chaouias.

LIBERTÉ

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