Lettre ouverte aux miens (Imazighen de Montréal)


Le 20 avril 2010, trois décennies du printemps amazigh, une révolte populaire contre la répression,  un combat de longue durée pour une identité bafouée par un pouvoir mafio-militariste en Algérie, en particulier et par tous les pouvoirs dictatoriaux nord africains. Mourad Itim, Khelifa Hareb, Mourad Medjber 22 nov 2009Trente ans d’un chemin long et dur pour un mouvement culturel populaire qui est toujours présent sur la scène politique algérienne et dans toute l’Afrique du nord. Ce mouvement a réalisé des percées importantes telles que le statut de Tamazight comme langue nationale en Algérie, un Institut Royal de Tamazight au Maroc, un Haut Commissariat de l’Amazighité en Algérie, et dernièrement des télévisions amazighes en Algérie et au Maroc, les différentes invitations du Congrès Mondial Amazigh en Libye. Toutefois, le chemin reste long, épineux et douloureux. Des vies de jeunes dans leurs printemps ont été sacrifiées, des milliers de prisonniers torturés et violés pour des acquis timides.

Humblement, j’ai des rêves pour plus de lumière et de visibilité pour le peuple Amazigh. 

En premier lieu, mon message va à la  diaspora amazighe de Montréal :

Je me permets de répéter une ancienne phrase de Cheikh Mohand Ul-hocine : "Ved atwalidh, rouh adawidh, qim ulac" (lève-toi tu vas voir, va prendre ta part, reste où tu es et tu n’obtiendras rien).

Mes camarades,

Nous sommes rares à savoir que le 18 avril 1980, il y a eu un grand rassemblement devant l’ambassade d’Algérie à Ottawa et une marche symbolique devant le parlement canadien. Trente ans après, la révolution continue  pour manifester notre identité. En tant qu’Amazighs, nous avons été assimilés et dominés par d’autres nations.  Il est temps que nous soyons nous mêmes, fiers de notre identité amazighe libre et indépendante.

La création d’un centre communautaire  amazigh, ou une maison amazighe ici à Montréal me semble un objectif réaliste. Certes la tâche est énorme, le fardeau hérité est lourd, mais nous devons segmenter ce projet en travaillant chacune de ses étapes.

Je rêve de nous voir unis pour accueillir et aider de nouveaux immigrants.

Je rêve d’une journée de visibilité amazighe sous forme de parade dans la rue, à l’image de la Saint- Patrick pour les Irlandais, la fête des juifs etc.

Je rêve d’une bibliothèque communautaire : Faire connaître nos écrivains à la société d’accueil tel que Mouloud  Mammeri, Kateb Yacine,  Mohamed Kheir-Eddine, Ahmed Assid, Mohamed Chafik, Ahmed Adghirni, Gisèle Halimi, Bachir El-Hadj Ali, Chabane Ouahioune, Mouloud Feraoun,…

Je rêve de voir les dépouilles des nôtres envoyées à notre patrie natale ou inhumées ici en Amérique du nord selon nos traditions et coutume ancestrale: Des expériences difficiles vécues par nos siens, lors de décès nous obligent à annoncer des appels via nos sites communautaires.

Je rêve de la création d’un journal propre à nous nord africains, berbères,  et un renforcement des médias existants sur le terrain a l`instar de Timillit Imazighen (rencontre berbères).

Je rêve de voir décrocher une émission en Tamazight sur la chaîne CJNT de Montréal.

Je rêve de renforcer toutes les associations communautaires, voir beaucoup de troupe telle que Tafsut (Printemps) à Montréal.

Je rêve de la création d‘unités de production de cinéma, théâtre et club de traduction.

Je rêve d’un festival du monde amazigh à Montréal.

Je rêve de l’introduction de Tamazight sur Air Algérie et Royal Air Maroc et de voir nos chaînes de télévision amazighes (la quatrième en Algérie, et la huitième pour le Maroc) ici dans les foyers amazighophones à côté des autres chaînes.

Je rêve d’un patriotisme culturel : lancer un appel aux commerçants amazighs ici à Montréal à écrire en Tamazight en caractère Tifinagh sur leurs vitrines, ou sur leurs produits de fabrication à l’image de l’huile d’olives Numidiya.

Mon désir est grand pour que cette révolution aboutisse. Il nous faut une révolution individuelle et collective pour que chacune de nos contributions  reflète notre juste combat. La contribution propre à chaque individu et son implication dans les regroupements associatifs, syndicaux, ou politiques d’ici tels que Québec solidaire, le Parti québécois et le parti libéral permettraient une meilleure visibilité sur le terrain pour notre lutte.


Nos parcours individuels et notre destin collectif nous ont amenés à venir enrichir de notre culture, de nos compétences et de notre histoire le Québec, une des sociétés les plus accueillantes de ce siècle.  Ici, c’est aussi chez nous. Je rêve de voir les miens participer aux colloques, aux manifestations qui mobilisent et unissent les citoyens de la province, comme la marche des femmes du 08 mars dernier.

Je rêve de voir les filles de la reine  Dihya  et les sœurs de Nabila Djahnine prendre place parmi les belles de la belle province. Ou parmi celles de la Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics ou  contre le budget 2010 du gouvernement Charest, projet qui va appauvrir la classe ouvrière.

Au sein du Québec interculturel, notre communauté fait partie de cette classe ouvrière dans une grande partie. Je suis convaincu qu’avec notre engagement et notre implication,  un jour nous verrons un Aissat Idir ou un Radouane Osmane québécois qui viendra perpétuer le combat de feu Michel Chartrand.

Notre conscience Amazighe est en veille depuis des siècles. Elle se manifeste de temps à autre selon les pressions négatives et maléfiques exercées sur nous comme peuple ayant une identité profonde. A titre d’exemple, les souhaits entendus d’Asseggass ameggaz 2960 (Bonne Année) du maire de Montréal est un acquis du collectif qui a honoré toute la communauté et récompensé l’effort collectif de tous les militants de tous bords,  de l’Algérien au Marocain, du militants structuré à l’indépendant.  Le résultat est là.

L’expérience politique pour nos membres est comme de l’engrais pour un arbre. Elle permet un meilleur drainage des nutriments donnant un arbre fort, puis une forêt seine et riche.

Idéaliste que je suis, j’espère trouver en vous, les jaloux de Tamazight, des réalisateurs de mes rêves et certainement ceux de nombreux amazighs de l’ombre. J’ai la ferme conviction que nos rêves sont réalisables et peuvent être exhaussés.  

Manifeste amazigh au Québec :

La communauté amazighe est composée de citoyens originaires des pays d’Afrique du nord ( Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mali, Mauritanie et Niger) et les îles Canaries. Son installation au Québec remonte aux années soixante, mais un très grand nombre s’est établi principalement ces dix dernières années.

Quel est donc le  nombre  des amazighs ayant immigré au Québec?

La communauté amazighe compte à présent deux générations dont une a déjà pris racine sur le sol canadien. Cette communauté  a enrichi le Québec par de  nombreux professionnels, ingénieurs, médecins, enseignants, avocats, écrivains,  musiciens  et artistes à l’image de Rachid Badouri.  Ils se sont illustrés par leur travail et leur talent au Québec et dans le monde. Cette communauté a également fourni des travailleurs et du personnel pour les servitudes dont la société d’accueil avait besoin.

Malgré les succès enregistré par une partie de la communauté amazighe, un grand nombre de nouveaux arrivants peine à s’intégrer adéquatement dans la vie active en exerçant hors du domaine de leurs compétences. Cette frange de la population vient, malheureusement enrichir la classe défavorisée de la société québécoise.

En absence des chiffres et de leur exactitude, d’après une constatation personnelle, la répartition de la population amazighe dans le territoire québécois se fait principalement dans la grande île de Montréal, en particulier dans les arrondissements suivants :

Saint Michel/Parc Extension,  Saint Léonard, Petite Patrie, Rosement, Villeray, Ahuntsic/Cartierville,  Montréal Nord, Lachine/LaSalle,  Côte des Neiges,  Saint –Laurent.


Le 20 avril 2010, notre communauté amazighe piétine toujours dans le mode organisationnel traditionnel, elle se regroupe dans trois, voire quatre associations culturelles à Montréal ; des associations qui essayent de combler le vide. Une coordination des actions de chacune des ces associations est nécessaire pour dessiner une vision commune. En ordonnant ces actions, cette vision permet au champ culturel amazigh québécois de s’épanouir.


· Il nous faut des organisations communautaires à l’image des formes d’organisation des autres communautés qui ont été mises en place pour la promotion et la défense des droits de leurs membres. Leurs objectifs premiers sont l’intégration et l’éducation de ces derniers.

· Il nous faut des centres d’éducation, les outils logiques pour répondre aux objectifs que s’est fixé la communauté.

· Il nous faut des associations professionnelles qui regroupent des membres par profil professionnel tels que  les médecins, infirmières, travailleurs sociaux, ingénieurs, enseignants, gens d’affaire …etc.

· Il nous faut des associations régionales regroupent la communauté par intérêt pour le développement régional de l’Afrique du nord.

· Il nous faut des organismes de coopération avec Tamazgha regroupant une très grande partie des organismes amazighs au Québec intéressés à développer des projets de coopération avec l’Afrique du nord.

· Il nous faut des centres de documentation sur Tamazgha et son histoire, ainsi que sur les personnes d’origine amazighe vivant en Afrique du nord ou en diaspora.

· Il nous faut des centres dédiés à des dossiers spécifiques et collectifs tels que la jeunesse,  les loisirs et la santé.

· Il nous faut des regroupements qui agissent comme des groupes de pression et de représentation au niveau de la politique provinciale et fédérale.

· Il nous faut une presse et des médias audio-visuels, journaux, revues, radio privée, radios communautaires, émissions de télévision couvrant l’actualité  de la communauté amazighe du Québec et d'Afrique du nord.

Nous avons beaucoup d’espoir et nos souhaits sont grands. Le chemin est long et périlleux, pour que notre communauté soit visible et influente ici au Québec.

Traçons  la direction de notre histoire. Cette dernière  peut pardonner à une personne mais pas à un peuple.

Khelifa  Hareb.
Montréal, le 20 avril 2010.

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