DES MILLIERS DE JEUNES ASSIÈGENT LES AGENCES D’AIR ALGÉRIE


«Nous irons tous à Khartoum!»

«Nous irons tous à Khartoum!»Une déferlante humaine a envahi l’agence d’Air Algérie située à l’avenue Pasteur en plein coeur d’Alger.

Ils étaient des centaines de jeunes à se masser, hier après-midi, devant l’agence d’Air Algérie pour décrocher un billet d’avion pour le Soudan. La foule était si dense à l’avenue Pasteur que toutes les rues avoisinantes étaient fermées à la circulation.
Les scènes les plus émouvantes ont eu lieu à l’intérieur de l’agence. Des jeunes, passeport en main, ont pris appui sur les bureaux et les fenêtres pour accéder à la mezzanine Alors que quelques employés d’Air Algérie, debout, penchés aux fenêtres, étaient là pour recueillir les passeports.
Ceux d’entre les jeunes, qui n’avaient pas le bras assez long, jetaient carrément leur passeport pour être ramassés ensuite par les employés. Tout le monde veut décrocher un billet pour partir au Soudan et figurer parmi les supporters qui assisteront au match Algérie-Egypte au Caire.
Les policiers, présents en grand nombre, ne pouvaient qu’assister impuissants à la scène. Des vagues de jeunes refluent à intervalles réguliers vers la porte de l’agence entraînant dans leur élan un policier qui s’en est sorti avec des blessures légères. Il a tout de même dû être évacué à bout de bras par ses collègues. Vers la fin de l’après-midi, de nombreux citoyens continuaient à affluer vers l’avenue Pasteur pour avoir droit au précieux sésame. Le hic est que les gens ne savaient pas combien il fallait payer pour le billet. La rumeur court dans les rangs des jeunes. «Ce sera gratuit!» Les jeunes s’interpellent les uns les autres: «Ya kho, wach rahoum ygoulou?» Personne pour répondre. Sauf la police. C’est un haut gradé de la police qui tente tant bien que mal d’assouvir la soif d’information. Il essaie d’utiliser le haut-parleur de sa voiture, garée à côte de l’hôtel Albert 1er sans succès. Alors, il hausse le ton pour donner la nouvelle. «L’information dont nous disposons à l’heure où je vous parle est que le billet sera de 20.000 dinars.» Quelques jeunes massés autour de lui se chargent de propager la nouvelle. Mais ce n’est pas suffisant pour se faire entendre au milieu d’un brouhaha immense.
Ils sont plusieurs centaines à manifester. Avec une particularité: le calme. Mais pas en silence.
«Djeich, Chaâb, maâk ya Saâdane», scandait cette foule de jeunes à l’attention de l’entraîneur de l’Equipe nationale Rabah Saâdane. Des voix s’élèvent pour lancer d’autres slogans consacrant la qualification à Khartoum pour l’Algérie et non pour l’Egypte. Le drapeau national fait aussi son apparition.

Les mêmes scènes sont constatées à proximité de la direction générale d’Air Algérie à la place Audin. Des jeunes interpellent les fonctionnaires de la compagnie pour acquérir des billets. Là aussi, la foule était si dense que le tunnel des Facultés était fermé à la circulation. Des cris fusent: «One, two, three, viva l’Algérie». Mais le flou demeure toujours. Les gens ont remis leurs passeports mais sans avoir de nouvelles sur la suite de l’opération. Un seul désir les hante: «Remporter le match contre l’Egypte», entend-on dire. Les jeunes sont fiers d’exhiber leurs passeports devant les journalistes. «On veut des visas», disent-ils. La rage de vaincre est un stimulant pour les fans de l’Equipe nationale. Ils n’hésitent pas à mouiller leur chemise pour dire leur ferveur. A l’avenue Pasteur, ce sont des citoyens qui les arrosent à partir des balcons pour leur donner un peu d’eau de fraîcheur dans cette atmosphère moite. Même les supporters sont nombreux à se retrouver torse nu pour échapper à la chaleur. D’autres sont perchés sur les arbres bordant l’avenue pour mieux dominer la scène.

Par mesure de sécurité, les portes de l’hôtel Albert 1er sont restées closes pendant tout l’après-midi. Aucune possibilité de se frayer un chemin pour les automobilistes dans tout le périmètre allant de la Grande-Poste à la place Audin. Les quelques bus qui empruntaient le chemin se voyaient assaillis par la foule. Des jeunes n’ont pas hésité à monter sur leur toit. D’autres véhicules se sont mis hors de service et ils sont restés immobiles dans la rue Ben M’hidi. Pendant ce temps, libre cours était donné aux appels de milliers de jeunes, filles et garçons.
Ils se sont mêlés pour scander haut et fort qu’ils n’acceptent pas la défaite. «Le Mondial à tout prix!» «Ticket pour l’Afrique du Sud.» «Qualification pour 2010».
Voilà ce qu’ils répondent en choeur lorsqu’on leur demande de décliner leurs souhaits. Sur le visage des manifestants, on n’a même plus besoin de deviner la niaque de gagner tant leur expression trahit leurs sentiments.
Si ce n’est toujours pas suffisant, les oreilles captent un message clair: «Maâk ya Khadra». On n’a pas besoin d’être à la Grande-Poste pour l’entendre. La place du 1er-Mai, la rue Hassiba Ben Bouali et tant d’autres lieux à Alger vivent la même ferveur et la même passion.

L'Expression

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