Grève dans le secteur de l’éducation :


Quand la police tabasse les enseignants

Quand la police tabasse les enseignantsLa troisième journée du mouvement de débrayage d’une semaine, initié par les six syndicats autonomes de la Fonction publique, a été marquée hier par l’adhésion d’un grand nombre d’enseignants et surtout par l’intervention musclée des forces de l’ordre pour disperser les contractuels, animateurs d’un sit-in devant le ministère de l’Education nationale.

Tous les accès au département de Benbouzid ont été bloqués par un dispositif de sécurité impressionnant déployé sur les lieux. Le Conseil national des enseignants contractuels (CNEC) avait, en effet, décidé de se joindre à la protesta pour manifester son mécontentement et son désarroi quant à la situation précaire des enseignants et aussi pour dénoncer les dernières mesures décidées par la tutelle. Seulement, comme à l’accoutumée, le sit-in de ces malheureux éducateurs s’est transformé en un affrontement avec les policiers qui n’ont pas hésité à les malmener, avant d’interpeller une dizaine d’entre eux qu’ils ont embarqués au commissariat le plus proche. Pour la énième fois, ces contestataires représentant plusieurs wilayas du pays ont été confrontés à un mur de silence. Ils ont essuyé des insultes et ont été empêchés d’atteindre le département de Benbouzid, pour lui faire part de leurs doléances. Assis à même le sol, banderoles à la main, ces enseignants, qui ont depuis le début de l’année multiplié les actions de protestation sur le terrain, ont rappelé qu’ils n’ont pas été rémunérés depuis plusieurs années. Pourtant, ils ont frappé à toutes les portes dans l’espoir de voir leur situation enfin régularisée, en vain. En 2008, ils ont même observé une grève de la faim qu’ils ont suspendue suite aux garanties données par la tutelle. Des promesses malheureusement non tenues.

Hier, la déception se lisait sur les visages de ces enseignants. Ils avaient espéré une oreille attentive, à l’ écoute tout simplement de leurs préoccupations, mais le pouvoir a répondu par la force. Les policiers, sur ordre de leurs supérieurs, n’ont pas lésiné sur la matraque, ils ont tabassé et maltraité ces éducateurs qui ont toutefois résisté et n’ont quitté les lieux qu’après avoir déposé leur plateforme de revendications au niveau du bureau de la Présidence. « Nous sommes venus contester les conditions émises par la tutelle pour pouvoir prendre part au concours de l’éducation nationale. La plupart d’entre eux vont être exclus, car ils ne répondent pas à ces critères », a souligné Mme Maârouf, porte-parole du CNEC. Le ministère n’autorise pas les licenciés à occuper un poste d’enseignement du secondaire faute d’un mastère ou un magistère ; ils n’ouvrent pas également droit à toutes les spécialités au primaire et au moyen. « Les licenciés en droit, en ingéniorat, en langues allemande ou espagnole et en gestion économique n’ont pas le droit de participer au concours, car ces spécialités ont été rayées de la liste, sans omettre la non-création de poste dans certaines wilayas, ce qui pénalise certains », a déploré notre interlocutrice.

L’acharnement des policiers contre des enseignants qui réclament leurs droits a été condamné par l’ensemble des syndicats autonomes. Ces derniers se sont toutefois réjouis du taux de suivi enregistré au troisième jour du débrayage, comme ils se sont dit outrés et déçus par l’attitude du ministre de l’Education et l’indifférence du Premier ministre, auteur de la circulaire portant sur la non-rétroactivité du régime indemnitaire. « La directive du ministère de tutelle relative aux ponctions sur les salaires des grévistes et le recours à la justice n’a ni affaibli ni diminué le dynamisme des contestataires et leur détermination à arracher leurs acquis », ont soutenu les représentants du Cnapest, qui indiquent que le taux de suivi va crescendo au fil des jours : il a dépassé hier les 90%. Les organisations syndicales estiment qu’il s’agit là de signes qui augurent d’une mobilisation générale jamais vécue auparavant autour des revendications des travailleurs du secteur de l’éducation.

Des revendications ayant trait à un salaire digne d’un enseignant, à l’ouverture des négociations sur le régime indemnitaire et notamment son application avec effet rétroactif à partir du mois de janvier 2008, ainsi que l’intégration des enseignants contractuels, la réorganisation des œuvres sociales... Interrogé sur les rumeurs circulant autour de la saisine de la justice, les syndicats affirment à l’unanimité qu’ils n’ont été destinataires d’aucune notification. « Nous n’avons été notifiés d’aucune décision de justice, d’où la poursuite de notre action de protestation. Maintenant, nul n’ignore que les pouvoirs publics tenteront par tous les moyens de faire pression sur les syndicats afin de les dissuader et de renoncer à leur mouvement de protestation », ont fulminé les enseignants, qui se disent conscient que la grève demeure leur dernier recours, et ce, quel que soit le subterfuge utilisé par le pouvoir. Par ailleurs, les syndicats des maîtres assistants, docents et professeurs en sciences médicales, conscients des enjeux de la lutte, assurent de leur solidarité sans faille aux syndicats de l’éducation actuellement en grève.

EL WATAN

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