Parcours d’un vaillant moudjahid

Il y a six ans disparaissait le capitaine Si Moh Nachid

La Dépêche de Kabylie 10/03/2007
“Nous menons cette guerre pour libérer notre peuple de l’oppression et non pour imposer notre dictat”.

 

Il est des hommes que l’histoire n’oubliera jamais. Ils se sont donnés corps et âme pour que vive l’Algérie. Des milliers d’entre eux étaient tombés armes à la main. Ceux qui ont survécu ont continué leur combat aux côtés de leurs concitoyens, même s’ils ont eu l’occasion d’aller vivre ailleurs, bénéficiant de toutes les commodités d’une vie moderne. Pour cette date de la commémoration de sa mort, nous évoquons aujourd’hui le parcours du valeureux moudjahid qui n’est autre que le capitaine Si Moh Nachid, de cette lignée de “lions” qu’a enfanté le douar des Ath Yahia Moussa, fief de la guerre de Libération nationale et du mouvement politique depuis la création du parti algérien par Messali El Hadj. De son vrai nom, Omar Oudni, le futur capitaine de l’ALN est né en 1926 dans la commune mixte de Draâ El Mizan. Il ne quitta pas sa région Rabet à Ath Yahia Moussa. Dès l’adolescence, il se rend dans les villes voisine telle Mirabeau, l’actuelle Draâ Ben Khedda pour côtoyer les premiers militants de la cause nationaliste. En 1947, il est structuré dans le PPA/MTLD comme beaucoup de jeunes de son âge. Cet homme, épris de justice, participe au premier attentat contre le Kaid Dahmoune avec Krim Belkacem et d’autres militants en 1947.

 

Ce qui déclencha la fureur de la force coloniale qui lança une recherche de trois mois à l’encontre de ces “premiers hors-la-loi”. Durant toute cette période, raconte-t-on, le caid qui avait échappé à cet attentat força les Ath Yahia Oumoussa à prendre en charge des éléments qui recherchaient Si Moh Nachid et ses compagnons, en assurant même la pitance de leurs montures. Avant sa mort, nous a raconté un de ses amis notre moudjahid lui avait dit, que c’était la période la plus critique que ses camarades et lui avaient enduré. Malgré toutes les méthodes utilisées par l’occupant, ils ne furent jamais dénoncés. Puis arriva le 1er Novembre. C’est à Blida que ce jeune homme avait été envoyé par l’organisation pour signer son premier acte contre les forces ennemies. “Nous avons mis en cours de route dix jours pour rejoindre la Kabylie”, avait-il confié à l’un de ses compagnons qui nous a aidé à retracer le parcours de ce vaillant moudjahid. Il disait dans toutes ses rencontres quant il s’agissait de raconter cette première attaque qu’il en gardait le meilleur souvenir car c’était la période où de nombreux jeunes avaient rejoint les rangs de l’ALN.

 

Grâce à son courage, on lui confia alors des postes de responsabilité. Il ne garda pas pour longtemps ces derniers en raison de ses positions droites et intransigeantes. “Il a été dégradé à trois reprises par ses comparses mais après son jugement, il reprenait sa place. On lui reconnaissait beaucoup de qualités, c’était un homme de terrain”, nous a dit à son sujet ce compagnon.

 

C’était alors celui à qui on accordait le plus de confiance. Il recevait souvent les cadres et responsables de la wilaya III et même du pays. “Renommé pour son courage, il accueillit même le colonel Amirouche”, nous a confié toujours son compagnon. Et de nous raconter cette confidence faite par Si Moh Nachid. “Nous prenions nos postes de garde sur les hauteurs des villages d’Afir, de Tachtiouine, d’Ighil El Vir et des autres hameaux du douar. Le soir venu, nous descendions à Oued Ksari pour assister à la réunion alors que d’autres frères surveillaient toujours à partir de la colline devenue par la suite le tombeau de vaillants chouhada dont Said Oubraham et Akli Belliche”, nous a-t-il raconté.

 

Moh Nachid était très proche de la population. Lors de nos passages, dans son village, se souvient notre interlocuteur, nous n’étions pas reçus par les habitants, alors notre chef “Chemchem” s’était mis en colère. Et il nous raconta cette histoire : “Alors, Si Moh Nachid avait désarmé leur chef surnommé “Chemchem” qui avait forcé les villageois à s’occuper de nous”. Le capitaine lui avait dit texto : “Nous menons cette guerre pour libérer notre peuple de l’oppression et non pour imposer notre dictat”. Il avait crié cela à la face de “Chemchem” avant de lui rendre son arme.

 

A la veille de la grande bataille du 6 janvier 1959 où l’armée française avait subi d’énormes pertes en matériels et en hommes dont le capitaine Grazzinai et le lieutenant Chassin. Si Moh Nachid put sauver la vie, alors qu’il occupait le poste de lieutenant politique de la région I, au commandant Azzedine et aux colonels Si Mohammed et Omar Oussedik ainsi qu’au colonel Si Amirouche. Ce fut dans une autre grande bataille qui eut lieu le 5 mars 1959 que Si Moh Nachid fut grièvement blessé à Tachtiouine. Après la mort de Ali Bennour, en octobre 1959. Si Moh Nachid se chargea de la zone I, et ce en dépit de ses blessures. Il fut alors secondé dans cette mission par Krim Rabah dit Rabah El Hadj, frère de Krim Belkacem.

 

Grâce à son intelligence et à sa témérité, il organisa d’autres attaques avec le groupe de Sellami Ahmed à Aomar Gare et en plein jour à l’intérieur de la ville de Draâ El Mizan. Même s’il n’était pas encore rétabli, il reprit son activité dans une zone de l’Algérois pourtant connue pour la présence de colons. Notre interlocuteur continu par nous confier l’appréciation que faisait Si Moh Nachid de la lutte année durant les moments difficiles qu’elle avait traversés. “L’armée coloniale avait alors installé des camps dans tous les points stratégiques, si bien que nous avions perdu l’assistance de la population en matières de logistique et de nourriture. Même nos effectifs avaient diminué. Les militaires nous tendaient des embuscades partout. Il nous a fallu trouver une autre stratégie pour ravitailler les groupes”, lui a-t-il raconté. Ce compagnon raconte à son tour que la région II était alimentée par Draâ Ben Khedda et la région III par Makouda. Les deux seules régions où existaient encore des vivres étaient Michelet l’actuelle Aïn El Hammam et Ath Yenni. Alors les responsables du front achetaient du blé qu’ils stockaient pour en faire des galettes qui étaient distribuées dans les zones entièrement sous contrôle des forces coloniales.

 

Ce maquisard continua son récit en nous narrant cette histoire : “La situation devenait alors insupportable. Un jour alors que nous nous dirigions vers Makouda. Si Moh Nachid ne pouvait plus marcher. Nous l’avions transporté sur nos dos. Il y avait un ratissage à Mizrana. Nous nous étions alors réfugiés dans la ferme Boukerkouche située à quelques encablures de Sidi M’Hend Saâdi. Avant d’évacuer le population, l’armée française avait ordonné aux habitants de condamner leurs portes en construisant des murettes en parpaing. Nous avions eu quand même l’idée d’enlever les tuiles et de pénétrer par le toit.

 

Pendant six jours entiers, nous ne mangions que du caroube, à tel point que nous avions du sang dans nos selles.

 

Alors Si Moh Nachid aussi faibli qu’il était, nous disait que nous avions de la chance de trouver ce caroube alors que les autres ne le trouvaient pas”. Notre interlocuteur se souvient de toutes les prises de position de ce capitaine de l’ALN lequel ne leur parlait que de l’amour du pays et de mettre touts les différends de côté quel que soit leur nature.

 

Après l’Indépendance, celui qui était au maquis Omar Oudni né dans une famille qui a donné d’autres hommes pour la Révolution devint élu dans la première Assemblée algérienne.

 

En dépit de tout cela, il revenait souvent dans sa région natale. “Je l’ai rencontré à Tizi Ouzou et je l’ai accompagné jusqu’à Oued-Ksari. Les évènements du FFS faisaient rage dans la localité. Nous nous étions rendus ensuite jusqu’à sa villa de Aïn Taya. Il m’a répondu qu’il ne voulait plus rester dans cette demeure luxueuse alors qu’au bled les siens n’avaient ni écoles, ni routes, ni eau ou encore d’électricité. Il a ajouté qu’il allait définitivement s’installer à Oued Ksari parce que cette population qui avait souffert avait besoin de lui”, ajouta le compagnon de Si Moh Nachid. Il devient ensuite coordinateur de l’Organisation des moudjahidine de Tizi Ouzou jusqu’en 1988 où il fut nommé cadre de la nation par le président Chadli Bendjediid avant de partir à la retraite. Son compagnon termina son récit sur ce témoignage: “Si Moh Nachid n’a jamais quitté son pays pour s’établir à l’étranger. Il porta des palladiun jusqu’à sa mort même après son pèlerinage à la Mecque”. Ce vaillant moudjahid décéda le 11 mars 2001, cinq jours après la commémoration du 42e anniversaire de la bataille du 5 mars 1959 où il a été blessé, blessures qu’il a traînées jusqu’à sa mort.  

par Amar Ouramdane

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