32e anniversaire de l’assassinat de Kamal Amzal

Une pensée pour le premier martyr de l'intolérance



32e anniversaire de l’assassinat de Kamal Amzal
Une pensée pour le premier martyr de l'intoléranceLe 2 novembre 1982 tomba dans la cité universitaire de Ben Aknoune, sous les poignards de ses assassins, Kamal Amzal, dit Madjid, un étudiant en deuxième année de langue espagnole. Il reçut une série de coup au moment où il affichait une annonce invitant les étudiants à voter pour un nouveau comité de cité.

Ce geste, qui peut nous paraître aujourd'hui banal ou dénué de toute portée politique, a valu à mon ancien camarade de collège et de lycée, le verdict de la mort de la part de barbus fanatisés. Il faut sans doute se situer dans le contexte de l'époque où les islamistes, les gens de la gauche et les défenseurs de la culture berbère vidaient leur "contentieux" dans les enceintes universitaires. Un contentieux fait d'une différence radicale de projets de société et de visions de l'identité algérienne. Un contentieux nourri et bien sustenté par le pouvoir politique de l'époque, incarné par le parti unique et la vision jdanovienne de la culture et de la société. C'est que ce pouvoir a tout fait pour opposer les uns aux autres, à se servir surtout des islamistes et de la gauche pour neutraliser les porteurs de l'amazighité. Kamal Amzal, enfant de Tiferdoud, dans la région de Aïn El Hammam, était de ceux-là. Il ne s'en cachait pas. J'ai fait avec lui le cycle moyen (au CEM Amar Ath Chikh) et le lycée (Mostefa Benboulaïd), soit sept ans de camaraderie et d'amitié intenses et fertiles. Madjid était porteur de toutes ces valeurs d'honnêteté, de bravoure et de kabylité. Ce dernier concept, comme le chargeait la sémantique de chez nous, résumait pour lui l'ensemble des valeurs qu'un homme est supposé intégrer et défendre pour valoir sa qualité d'homme. Il fertilisait cette éducation de jeunesse à l'éducation scolaire qui nous était prodiguée par des enseignants si compétents et si dévoués que cela a pris l'aspect d'une culture qui dépasse les simples notes qu'il fallait arracher pour passer en classe supérieure. On ne se contentait pas de ces notes. L'éducation reçue s'élargissait en une passion immodérée pour la lecture, la découverte des idées philosophiques et scientifiques, l'histoire et tout ce qui se rapportait à notre identité brimée, niée et malmenée. C'est avec une fierté non dissimulée que Madjid arborait sur son béret- chose rare à l'époque pour des jeunes de sa génération- le "Z" amazigh pour narguer la gendarmerie qui nous pourchassait pour ce "délit". Et oui! La gendarmerie s'occupait de la répression de simples signes de la culture berbère. Madjid était féru de littérature arabe et française. Stendal ou Taha Hussein, Chateaubriand ou  Naguib Mahfoud, rien de ce qui existait dans la bibliothèque du CEM, puis du lycée, ne lui était étranger. Au lycée Mostefa Ben Boulaïd, Madjid tenait tête à ses enseignants qu'il tenait à contredire ou à compléter sur des points particuliers d'un cours ou d'un exercice. C'est armé de cette culture, de cette combativité pour sa propre identité, de cet esprit moderniste ouvert sur le monde, qu'il alla faire ses études d'espagnol à Alger. Sa rencontre avec les Kabyles des autres régions, les Chaouis, les Mozabites et d'autres composantes de notre peuple, le confortèrent dans sa vision de la nécessité d'un renouveau culturel où l'identité amazighe devrait prendre sa place de choix. C'était une vision saine, j'allais dire innocente, qui n'était rattachée à aucune coterie ou chapelle politique.

À Ben Aknoune, Madjid paya de sa vie le prix de sa volonté de joindre l'acte à la parole, à savoir faire rayonner les idées modernistes autour de lui, y compris par l'organisation des comités de cité. Les gens qui ne le portaient pas dans leur cœur, des extrémistes islamistes, trouvèrent là l'occasion de mettre fin au parcours d'un militant atypique, iconoclaste, et signant par là le début d'une guerre que ces extrémistes allaient livrer à la fine fleur de la culture algérienne une dizaine d'années plus tard. C'est pourquoi, Kamal Amzal peut légitimement être considéré comme le premier martyr du terrorisme qui a ciblé les porteurs de la culture, de l'esprit de tolérance et d'un projet de société moderne. Son combat a été poursuivi par les enfants du Mouvement citoyen et continue à inspirer d'autres formes de lutte pour une Algérie débarrassée des démons de l'exclusion.  Ses anciens camarades de classe, ses concitoyens de Tiferdoud et tous les gens épris des valeurs d'authenticité et de modernité, sont invités à avoir aujourd'hui une pieuse pensée pour le martyr Amzal Kamal.


Amar Naït Messaoud

La Dépêche de kabylie 

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