Commémoration du Congrès de la Soummam et de la journée du Moudjahid

Discours, fleurs et tbel à Ifri

Commémoration du Congrès de la Soummam et de la journée du Moudjahid
Discours, fleurs et tbel à IfriMilitants politiques, scouts, citoyens anonymes sont venus honorer leur devoir de mémoire envers Abane et ses compagnons de lutte, libérateurs du pays des griffes du colonisateur français. Difficile de dénicher une place pour stationner aux alentours du musée d’Ifri.

Aux dizaines de voitures, dont certaines immatriculées en dehors de la wilaya de Béjaïa, s’ajoutent de nombreux bus qui ont transporté hommes, femmes et enfants de plusieurs coins de la wilaya, mais aussi d’encore plus loin, comme ces deux grands bus venus de Maghnia, à Tlemcen.

Parmi la grande foule, certains sont restés discrets, d’autres ont plutôt l’esprit fêtard, qui contraste avec l’esprit de recueillement qui sied à la célébration de ce 58e anniversaire du Congrès. Pour les partis politiques, la commémoration a commencé plus bas, dans la ville d’Ighzer Amokrane, chef-lieu de la commune, avec des dépôts de gerbes de fleurs au cimetière des martyrs, mais aussi, pour le cas du Forum socialiste, sur les tombes des victimes tuées pendant le Printemps noir dont on revendique aussi le statut de martyr. D’Ighzer Amokrane, il faut virer à droite pour les automobilistes qui empruntent la RN 26 en provenance de Béjaïa.

La route d’Ifri monte sur 8 km de bitume avec un paysage montagneux sur fond de relief accidenté. Sur le site du Congrès, c’est la file pour les cérémonies commémoratives. Les délégations sont nombreuses. Celle de l’APC d’Ouzellaguen est dirigée par son président, qui a à ses côtés des représentants des enfants de chouhada. Il est 10h30, au pied du mémorial des gerbes de fleurs y sont déjà posées. L’une d’elles porte le nom de MPA, Mouvement populaire algérien, de Amara Benyounès. Ce n’est pas le ministre qui a fait le déplacement, mais on a annoncé plutôt son frère, Idir. Le MPA s’est fait discret.

Ce n’est pas le cas du RCD, qui a célébré l’anniversaire avec une forte délégation, dans laquelle a pris place Saïd Sadi, l’ex-président du parti. Vieux, jeunes, militants et sympathisants l’approchent pour des photos souvenir ou pour une embrassade. Les marches vers le mémorial sont, du coup, encombrées. Nordine Aït Hamouda crie qu’il faut libérer le passage. La délégation de l’APC peut maintenant passer. Patience encore ! Une fanfare se fraie un chemin et passe devant aux sons du tambour et de la trompette.

Des baffles diffusent en même temps la voix immortelle de Lounès Matoub, doublant celle profonde de Nouara, chantant un hymne à Boudiaf prenant à témoins les veuves sur la perte d’hommes émérites. «Awah, awah a tudjal». Vient alors le tour du RCD de déposer sa gerbe de fleurs. Sans discours. Pour ensuite prendre la destination d’Akfadou, pour un autre pèlerinage au PC de la Wilaya III, l’oublié des programmes de commémoration. La chaleur est suffocante. Les premiers militants du FFS arrivent.

Mais, le gros des troupes du parti est encore à Ighzer. A l’entrée du musée d’Ifri, ; six groupes de scouts, de Béjaïa et de Maghnia, se rassemblent en cercle. On chante à tue-tête, on tape fort dans la derbouka, et des caméramen immortalisent ce moment d’exultation. A l’intérieur du musée, un gendarme prend en photo, à l’aide de son téléphone portable, deux de ses camarades en tenue, postés devant des cartouches et des boulets exposés dans une boîte vitrée. A l’extérieur, un jeune homme se fait une place entre des débris d’avions témoins de bombardement français.

Arrive enfin la délégation du FFS avec le nouveau premier secrétaire national, Debbou Mohamed, dont Ifri est sa première sortie publique. Le meeting sera chahuté par un jeune du Front socialiste. Léger flottement. Pour une première, ce sera tout juste une lecture d’une allocution écrite pour Debbou qui remonte au temps du GPRA, avant d’exprimer sa solidarité avec le peuple palestinien, en n’omettant pas de noter que le président du parti, Hocine Aït Ahmed, vient de fêter, le jour même, 88 ans. «Le consensus national est d’une importance vitale, nous œuvrons pour le reconstruire et nous ne ménagerons aucun effort», a dit en substance Debbou Mohamed.

«Il faut des consensus politique, économique, culturel. On ne veut pas de préalables, on veut construire ensemble», ajoute Ali Laskri, coordinateur de l’instance présidentielle du FFS dont l’allocution s’étalera dans le temps jusqu’à impatienter ses anciens camarades, aujourd’hui émargeant au Forum socialiste (FS) qui attendent de déposer, eux aussi, leur gerbe de fleurs. Petite pique décochée. Les deux délégations se croisent aux cris de «Si Lhocine mazalagh mouâridhine» (si Lhocine, nous restons des opposants) lancés dans les rangs de la demi-centaine de militants du FS dirigé par le député Khaled Tazaghart.

«Aujourd’hui, ce n’est pas un jour pour les meetings, c’est un jour pour se regarder les yeux dans les yeux», lance, un tantinet provocateur, celui-ci, présentant les animateurs du FS comme «les authentiques militants du FFS de 63». «On ne peut pas avoir le consensus qu’on est en train de chanter sans qu’il y ait de statut de martyrs pour les chouhada de 63, tant que tamazight n’est pas langue nationale, yennayer n’est pas journée chômée et payée dans tout le pays, tant qu’il n’y a pas de plan d’urgence pour Béjaïa et toute la Kabylie…», estime Tazaghart, qui revendique «des mesures de détente d’abord».

13h30, une demi-douzaine de gerbes de fleurs gisent au pied du mémorial. Comme le recul d’une vague, les lieux se sont vidés de la grande foule. S’avance alors le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), représenté par une dizaine de militants. Au lieu d’une gerbe de fleurs, Bouaziz Aït Chebib, le président du MAK, dépose le drapeau amazigh pour honorer la mémoire des martyrs.

«Nous allons continuer votre combat même si ce n’est pas de la même façon», déclare, sans mégaphone, Aït Chebib pour qui le régime «veut faire oublier Août 1956», en associant l’anniversaire du Congrès de la Soummam au 20 Août 1955. Les cérémonies de recueillement prennent fin vers 14h. Le soleil est encore plus dardant. Les lieux reprennent leur quiétude qu’ils perdront forcément dans une année à l’arrivée de nouvelles délégations aux sons de trompette et de tbel pour d’autres moments d’exultation.

Le FFS appelle à tirer les leçons de la lutte pour l’indépendance

Le premier secrétaire national du Front des forces socialistes (FFS), Mohamed Nebbou, a appelé, hier à Ifri (Béjaïa), à tirer les leçons du consensus ayant prévalu durant la lutte de Libération nationale, qui «a donné l’indépendance à l’Algérie».

«Du 1er Novembre 1954, où un consensus s’est dégagé pour se libérer du joug colonial, au Congrès de la Soummam, où les acteurs politiques et militaires de l’époque avaient su dépasser les clivages en s’unissant pour un objectif commun, à la naissance du GPRA, visant la cristallisation des recommandations du Congrès de la Soummam, le dépassement des divergences individuelles et la concentration sur l’essentiel, beaucoup de leçons peuvent être tirées», a souligné M. Nebbou, dans une allocution lors d’un recueillement au mémorial du Congrès de la Soummam, organisé à l’occasion de la célébration de la Journée nationale du moudjahid (20 Août 1955).

«C’est cet enchaînement et cette dynamique extraordinaires, fruit du génie algérien, qui ont donné l’indépendance et poussé la France coloniale à abdiquer», a-t-il ajouté dans le même discours, transmis à l’APS.

Il a souligné que l’esprit de consensus revêtait une importance «vitale», constituant une «réponse adaptée aux exigences de la situation actuelle pour nous mener vers des horizons plus sûrs».

Le premier secrétaire du FFS s’est, également, félicité des avancées «importantes» réalisées depuis l’appel lancé par le parti, en mai 2013, à la reconstruction d’un consensus national, estimant que «plus personne n’affiche aujourd’hui une opposition franche à cette démarche».

L’esprit de consensus est à même de «donner naissance à une ère où l’intérêt suprême du pays va prévaloir sur toutes les autres considérations, une ère de dialogue, de négociations et de rassemblement», a encore affirmé M. Nebbou.
APS


El Watan  

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