Anniversaire de la manifestation du 14 juin 2001

Que reste-t-il du souvenir de la «marche du siècle» ?

Anniversaire de la manifestation du 14 juin 2001
Que reste-t-il du souvenir de la «marche du siècle» ?Des structures citoyennes ont vu le jour lorsque la répression s’est abattue sur les populations kabyles pendant le Printemps noir de 2001 pour tenter de canaliser la révolte qui a atteint son paroxysme : coordination des comités de quartiers et villages de Tizi Ouzou, comités populaires de Béjaïa, comité de suivi de la Soummam.

Une première rencontre est organisée dans l’urgence entre les différentes parties le 4 juin 2001 au théâtre Kateb Yacine, à Tizi Ouzou. C’est à cette occasion que l’idée d’une marche pacifique à Alger est retenue.

L’urgence était de faire parvenir, aux hautes autorités du pays, le cri de détresse d’une région plongée dans le feu et le sang.
Il restait alors de s’entendre sur une plateforme de revendication unifiée. Une deuxième rencontre est tenue le 7 juin à l’université de Béjaïa autour d’une plateforme de 25 points. Entretemps, une coordination de partis politiques (RCD, MDS,…) organise une marche à Alger. Se démarquant de cette initiative multi-partisane, celui qui se donnera le nom de «Mouvement des archs» se rencontre à El Kseur le 11 juin pour rendre publique une plateforme de 15 points et préparer la marche d’Alger prévue dans trois jours. Entre délégués, il était question de solliciter les services de la SNTF pour le transport des marcheurs, mais sans suite. Les moyens des APC et des particuliers sont mobilisés. La grande capacité du mouvement des archs à mobiliser à ses débuts a fait qu’un extraordinaire engouement s’est exprimé jusqu’au plus reculés des villages kabyles.

La réponse populaire a été phénoménale, de quoi galvaniser le mouvement qui s’est retrouvé, au retour d’Alger, renforcé dans son rôle d’interlocuteur exclusif et représentant «légitime» de la population kabyle. C’est inédit dans l’histoire de l’Algérie. Aucun mouvement citoyen n’a atteint un tel statut dans le pays, une telle force mobilisatrice. Les conclaves de l’interwilayas se poursuivent et tournent dans les localités kabyles avec la même organisation horizontale et l’adoption de résolutions par consensus au sein de cette entité où émargent, de tout leur poids, la CADC de Tizi Ouzou, la CICB de Béjaïa mais aussi les comités de Bouira, Alger… Au lendemain de la répression de la marche d’Alger, de nouvelles revendications sont venues se greffer aux quinze points contenus dans la plateforme d’El Kseur, décrétée «scellée et non négociable».

On exige la libération inconditionnelle des détenus du mouvement et surtout des excuses publiques de la part des responsables de la télévision publique algérienne pour les propos haineux du 14 juin. Les factures de  Sonelgaz sont alors déclarées impayables tant que la redevance que celle-ci collecte au profit de l’ENTV n’est pas soustraite. C’est trois ans et demi plus tard que Hamraoui Habib Chawki a présenté des excuses publiques, noyées dans le JT de 13h. Le boss de l’Unique agissait sur injonction des autorités politiques en application d’une décision prise lors du dialogue engagé entre des délégués des archs et Ahmed Ouyahia.

Le contentieux avec Sonelgaz a, lui aussi, traîné longtemps et le mouvement a continué à en vouloir à la télévision algérienne jusqu’à refuser sa présence lors des rounds de dialogue. A ce jour, chez beaucoup, le ressentiment est intact. Le pouvoir a lancé sa proposition de dialogue deux ans après la marche du 14 juin. Il était question de la mise en œuvre de «six incidences» du Printemps noir dont le contentieux Sonelgaz. L’essentiel de la plateforme d’El Kseur s’est, lui, effrité le long des années de pourrissement qui ont fait oublier l’historique marche du siècle.


El Watan 

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