BESSAM ARAB

Un héros dans l'ombre

BESSAM ARAB
Un héros dans l'ombreL'histoire de Bessam Arab est extraordinaire. Un Algérien qui a prouvé son patriotisme et son esprit de sacrifice pour l'indépendance de l'Algérie.

Les faits qui vont suivre sont édifiants sur sa personnalité, son parcours et son combat. Son exploit a fait de lui un héros et s'est répandu à travers toute la région.

Né en 1920 à Boumlal (Aït Oughlis), il avait fréquenté l'école primaire de Takrietz sans pouvoir aller plus loin que le cours fin d'études. Mais à l'époque, il avait un niveau qui lui permettait de s'exprimer facilement et ses relations avec les Européens étaient faciles, puisqu'ils avaient souvent besoin de lui.
Mais la dure épreuve, il l'a passée lors de la Seconde Guerre mondiale où il servit dans la marine de guerre de 1937 à 1942, lorsqu'il exerçait les fonctions de chef mécanicien.
A la fin de la guerre, il sera heureux de rentrer chez lui. Muni de son diplôme de chef mécanicien de la marine, le problème de sa réinsertion ne se posait pas et il savait que son talent allait attirer vers lui une bonne clientèle.
Effectivement, il s'installa dans le quartier de la gare; avec un garage tenu d'une façon impeccable à la manière militaire, il était assuré de gagner honnêtement et dignement sa vie. Son sérieux, sa rigueur et ses compétences allaient aussitôt rehausser sa réputation. Ceci lui valut une affluence de la clientèle, puisqu'il était le plus compétent et le plus honnête de la ville.
Tout en exerçant son métier, il n'a pas omis d'adhérer au mouvement nationaliste, malgré que le plus gros de sa clientèle était européenne; en effet, les pieds-noirs avaient plus de voitures donc directement liés à un mécanicien de renom, comme Bessam Arab.

Au déclenchement de la guerre de Libération, il ressentit l'honneur retrouvé, la dignité reconquise et l'indépendance au bout du chemin.
Quelques mois plus tard, l'organisation des maquis l'avait remarqué; il était bien placé pour «bricoler» des bombes. Il est vrai qu'au début de la Révolution, il s'agissait surtout d'un tâtonnement, et dans les maquis, il n'y avait pas encore ni médecins, ni infirmiers, ni artificiers... Et c'est pour cette dernière raison que Bessam Arab fut choisi pour «fabriquer» des corps de bombes.
Il n'avait presque pas de moyens pour le faire, mais en tant qu'ancien de la marine, il a su se débrouiller, trouver le matériel et surtout connaître les techniques des explosifs. Pour fabriquer des bombes, il lui faut un chalumeau, des tubes... pour les confectionner. Dans la marine, il avait appris à bricoler, à toucher à tout, car en haute mer, lors de ses navigations, il fallait recourir à la débrouille.
De la poudre, il n'en avait pas; il ne pouvait en avoir sans risques et même s'il arrive à s'en procurer, il l'expédiait rapidement dans les maquis, en même temps que les corps de bombes.
Les artificiers de l'ALN n'auront plus qu'à faire l'assemblage, en remplissant les corps de bombes d'explosifs auxquels ils branchent soit un système d'horloge, soit un détonateur.
Tout marchait bien jusqu'au jour où il fut dénoncé. Arrêté et son garage soumis à la fouille, les inspecteurs ne trouvèrent pas de preuves pouvant le compromettre, mais les enquêteurs étaient sûrs de ce qui se faisait dans le garage. Leur renseignement était sûr; l'auteur serait même en relation avec son milieu professionnel, selon les enquêteurs.
Placé dans les locaux de l'ancienne poste érigée en lieu de torture, les inspecteurs, des officiers de renseignement procédèrent à l'interrogatoire. Arab résiste; il dit n'avoir rien à avouer. Et c'est ainsi qu'ils le passèrent à la torture.
L'inspecteur Albert Pujole s'acharna; après le départ de ses camarades vers 23 heures, il resta seul; il avait un plan pour le faire parler, lui le dur. Pujole avait une expérience dans le domaine de l'investigation et il était sûr qu'il arriverait à le faire parler, à lui faire cracher ce qu'il sait et qu'il lui arrachera des aveux.
Son acharnement n'avait d'égal que son ardeur à le faire parler. Il s'entêta, redoubla ses insultes en même temps que les coups.

Arab Bessam n'était pas l'homme à supporter les humiliations, la torture et autres agressions morales ou physiques. L'homme de la marine ne pouvait accepter que son honneur soit bafoué. Un homme de sa trempe connu et respecté dans la cité ne pouvait flancher; ne supportant plus tous ces agacements, les coups et l'eau savonneuse, il se décida à jouer le tout pour le tout.
Pendant tous ces supplices qu'il subissait, il remarqua chez son tortionnaire un pistolet dans son étui; subitement, l'idée lui vint telle une étincelle qui jaillit dans son esprit. En l'espace de quelques secondes, son plan est arrêté. Il savait que ce plan était suicidaire, mais que c'était le seul moyen d'en finir.
Emporté par son acharnement au point où les deux hommes se sont retrouvés corps contre corps, Arab glissa rapidement la main vers l'étui; il arracha le pistolet et rageusement, il tira deux coups en visant le ventre, l'endroit où il ne devait pas rater son coup. Lorsque Pujole s'affala en poussant un râle, Arab était en extase; son tortionnaire était par terre, gisant dans une mare de sang.
Il regardait ce barbare qui n'avait ni sentiment humain, ni un signe quelconque d'une personne, d'un humain; c'était un monstre qui, à la vue du sang, redoublait de férocité.
Il se ressaisit et chercha à fuir. Il fallait sortir de cet endroit maudit avant que d'autres n'arrivent à la rescousse; les coups de feu les auraient sans doute déjà alertés; il se dirigea vers la porte.
Malheureusement, il ne la franchira pas. Razika Harir, la femme du goumier Abdelkader Rabhi, réveillée par les coups de feu se précipita dans la salle, en emportant avec elle l'arme de son mari. A la vue d'un corps étendu par terre, et Arab qui se dirigeait vers la porte de sortie, elle tira deux rafales vers sa direction; il s'affala à son tour. Il savait que c'était sa fin, mais il était soulagé de s'être débarrassé de son tortionnaire.
Les secours accoururent aussitôt. Ce qui venait d'arriver dans les locaux de l'ancienne poste était grave! Militaires, policiers, gendarmes se bousculaient dans ce local exiguë. Le sous-préfet était là puisqu'il logeait juste à côté; des officiers de tous rangs se précipitaient pour s'enquérir de ce qui s'était passé. Ils découvrirent deux corps allongés gisant tous les deux dans une mare de sang: Albert Pujole, l'inspecteur de la PJ et Arab Bessam «le mécanicien». Les photographes de l'armée et de la police se glissaient discrètement pour prendre des photos.
Tout ce monde n'arrivait pas à s'expliquer ce qui s'était passé. Impensable! Incroyable! Ce sont les mots qui fusaient de leurs bouches. Albert Pujole fut transporté aussitôt à l'hôpital de Bougie, tandis que le corps de Bessam Arab restait étendu.

Au lever du jour, la nouvelle se répandit dans la ville d'abord, puis dans la région; elle nous parvint même dans les maquis.
L'événement, parce qu'il en fut un, a été accueilli avec beaucoup de fierté!
Bessam Arab, le mécanicien, le militant avait accompli son devoir. Il est tombé pour la cause nationale. Et il restera dans les annales de l'histoire de notre guerre de Libération.

l'Expression 

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