Amar Imache, le père fondateur de l’étoile nord-africaine

Amar Imache, le père fondateur de l’étoile nord-africaine“On ne peut rien construire avec le faux. La vérité seule est constructive. Ne laissez pas dénigrer ce qui est bien et déformer les faits. Car s’il est une chose qu’un peuple ne doit pas laisser déformer, ternir ou voler, c’est son histoire.

S’il est une chose qu’un peuple doit défendre, c’est son idéal et la route qu’il doit suivre pour y parvenir.” Citations extraites de “Lettre d’adieu aux Algériens résidant en France”, par Imache Amar en février 1947, au moment de quitter la France et rentrer définitivement en Algérie.

A la veille de la Première Guerre mondiale, Imache Amar, âgé d’un peu plus de 18 ans, il est né le 7 juillet 1895 à Béni Douala en Kabylie. ll émigre en France. C’est là qu’il mènera le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Un long combat qui s’étalera depuis le début des années 1920 jusqu’en 1947.En février 1947, il décide de revenir en Algérie, après près de trois décennies de lutte, de lutte acharnée, souvent seul, et de nombreux séjours en prison.
De la prison aussi bien en France qu’en Allemagne, il en ressortira complètement malade et boiteux. Mais cela ne l’empêche pas de poursuivre le combat jusqu’au dernier jour de sa vie.
Imache Amar trouve son premier emploi dans les mines du Pas-de-Calais, dans le nord de la France. En 1917, il se retrouve à l’usine Michelin à Clermont-Ferrand. Six mois plus tard, un autre travail à l’usine de construction et armes navales, dans la Charente.
Vers 1919, il revient dans les mines du Nord, mais cette fois-ci pour travailler comme mineur de fond. En 1922, il est à Paris. A partir de maintenant, s’amorcera pour lui l’évolution de la vie professionnelle vers la vie politique.
A partir de 1926, il trouvera à l’usine Roger et Gallet dans le département de Levallois-Perret, un travail stable et bien rémunéré, puisqu’il deviendra rapidement chef d’équipe. Un travail qui lui permet de concilier engagement politique et vie professionnelle. En novembre 1934, il sera viré de ce poste de travail et emprisonné en raison de son engagement politique.
Tout au long de cette vie professionnelle, de ces déplacements d’une usine à une autre, d’une ville à une autre, d’un hôtel à un autre…, Imache Amar côtoie beaucoup de monde, se fait des amis et découvre en même temps les dramatiques conditions d’existence des Algériens et des Nord-Africains résidant en France.
Il s’est finalement rendu compte que les conditions de vie des Algériens travaillant en France sont aussi désastreuses et humiliantes que celles des Algériens en Algérie. Les consciences s’éveillent, les travailleurs algériens se sentent concernés et commencent à se mobiliser.
Imache Amar réussit à convaincre ses compatriotes que pour arriver un jour à retrouver la liberté et la dignité, il faut nécessairement passer à la lutte politique.
C’est ainsi que naît, le 7 décembre 1924 à Paris, devant plusieurs milliers de travailleurs nord-africains en majorité algériens, la première organisation sociopolitique dénommée le Cona (Comité des ouvriers nord-africains) citée par l’historien Amar Ouerdane.
Cette organisation avait pris en charge à ses débuts les problèmes plutôt sociaux des ouvriers nord-africains. La première motion votée par le Cona a été le soutient politique à la lutte menée contre l’Espagne par Abdelkrim El-Khettabi qui créait dans le Rif marocain la première république berbère.
Deux années plus tard, en juin 1926, le Cona se transforme en parti politique : l’Etoile nord-africaine (ENA). Au premier point de son programme, l’ENA inscrit la revendication de l’indépendance de l’Algérie, ainsi que celle des autres pays d’Afrique du Nord.
C’est la première fois que la question de l’indépendance de l’Algérie, avec celle de ses voisins, a été clairement affirmée et inscrite dans un programme politique.
Une année plus tard, en février 1927, les revendications de l’ENA sont déposées sur le bureau de la Ligue anti-impérialiste de Bruxelles. Cette action est le premier acte tendant à inscrire la question de la décolonisation dans un cadre international.
Cette extraordinaire mobilisation des ouvriers algériens et cette dynamique politique qui s’enclenche ne pouvaient passer inaperçues chez l’administration coloniale. Dans un premier temps, celle-ci fut surprise par l’arrivée soudaine de cette organisation politique revendiquant l’indépendance de l’Algérie. D’autres groupes furent également pris d’inquiétude à l’émergence de l’ENA.
Il s’agit de la bourgeoisie musulmane constituée essentiellement de propriétaires fonciers et de gros commerçants. Ceux-ci s’inquiètent pour leurs privilèges, ils considèrent l’ENA, à juste titre, comme une menace pour ces privilèges.
Ils vont alors réagir sans tarder, puisque dans la même année, en juin 1927, sera créée la Fédération des élus musulmans d’Algérie qui, elle, revendique, non pas l’indépendance de l’Algérie mais l’assimilation.

L’inquiétude de la puissance coloniale
L’inquiétude de la puissance coloniale face à ces bouleversements est motivée par l’approche du centenaire de la colonisation. Des préparatifs se font un peu partout, des festivités grandioses sont prévues aussi bien en Algérie qu’en France, pour fêter comme il se doit ce triste anniversaire.
C’est précisément ce moment que choisissent les militants de l’ENA, derrière des hommes déterminés comme Imache Amar, pour passer à l’offensive et dénoncer la colonisation. Les adhésions au parti sont de plus en plus nombreuses. Les réunions dans les cafés, les restaurants, les hôtels et même dans les lieux de travail aux heures de pause sont de plus en plus fréquentes et attirent beaucoup de militants et sympathisants. Tous se mobilisent et se concertent pour mieux saisir la gravité du drame que vit l’Algérie.
Pour les autorités coloniales, rien ne doit venir perturber ou gâcher la fête du centenaire. L’idéologue colonialiste Octave Depont sera chargé par les autorités préfectorales de suivre et d’informer sur toutes les activités des dirigeants étoilistes, lesquels feront désormais, l’objet d’une surveillance accrue.
Les rapports sont accablants : Octave Depont alerte les autorités françaises sur les actions et démarches politiques d’Imache Amar qu’il qualifie de menaces et de risques pouvant entraver la présence française en Algérie. Les sanctions vont alors tomber : l’ENA, créée en juin 1926, est dissoute en novembre 1929.
L’année 1930, qui marque le centenaire de la colonisation, est donc fêtée comme prévu, tout le monde a festoyé, dansé, jubilé…
La France coloniale va maintenant opérer un profond changement dans sa stratégie de domination. Cette première expérience de l’ENA la contraint à rechercher de nouvelles orientations à sa politique en Afrique du Nord. Pendant qu’au Maroc la répression franco-espagnole se poursuit toujours sur les populations du Rif, en Algérie on procède au partage du territoire en trois départements : Alger, Oran et Constantine.
Chaque département aura son autorité administrative et son autorité religieuse. Chekib Arslan, leader du monde arabo-islamique, se saisit de l’éveil de la conscientisation politique des Algériens sur la seule base du sentiment de l’Algérie algérienne et suggère alors à Messali d’infléchir la politique de l’ENA afin qu’elle s’inspire et qu’elle se réfère exclusivement à la seule idéologie arabo-islamique.
Face à ces visées colonialistes de subversion, des hommes bien avisés et éclairés, à l’image d’Imache Amar et de ses compagnons, vont réagir efficacement et courageusement contre cette stratégie coloniale de la division et contre les velléités idéologiques de Chekib Arslan. Ils le feront en approfondissant et en réaffirmant la doctrine du parti, à savoir l’indépendance totale de l’Algérie algérienne.
Par ailleurs, il faut rappeler qu’à la création de l’Etoile nord-africaine en 1926, Imache Amar avait soulevé la question de la création d’un journal. Certains de ses amis s’étonnaient : mais pourquoi un journal ? Ce à quoi Imache répondait : un parti sans journal est comme un enfant sans parents. Il ne survivra pas longtemps. Le journal sera le vecteur de nos idées à travers notre communauté émigrée et au sein des populations nord-africaines.

Des  ouvriers émigrés au service de la cause
Les émigrés aisés (commerçants et restaurateurs), sollicités pour apporter leur contribution financière, répondent favorablement, à l’image de Banoune Akli, qui mettra ses économies au service du parti, en prenant en charge les frais de transport des militants sur les lieux des meetings, tandis que les locaux de son restaurant abritent souvent les réunions des responsables de l’ENA.
Le parti se dotera, à partir de 1930, d’un organe d’information mensuel : le journal El-Ouma. L’offensive politique sera désormais plus efficace et plus percutante. L’Etoile nord-africaine, dissoute en 1929, revient en 1933, plus forte que jamais, sous une nouvelle appellation : la Glorieuse Etoile nord-africaine.
Pour donner plus de légitimité à l’action politique, une nouvelle direction sera élue lors de l’assemblée générale des militants tenue  le 28 mai 1933. Imache Amar est élu secrétaire général du parti et rédacteur en chef du journal El-Ouma ; Si Djilani, directeur de la publication ; Radjef Belkacem, trésorier du parti.
Le congrès d’Amsterdam-Pleyel est prévu pour juin de la même année à la salle Pleyel de Paris. Un congrès qui réunit les partis, organisations diverses et personnalités qui se réclament du pacifisme et avec comme mot d’ordre : contre les guerres et contre le fascisme.
Pour Imache Amar, c’est l’occasion inespérée pour alerter la communauté internationale sur la terrible injustice que vit le peuple algérien. Il sollicite, au nom de l’ENA, l’adhésion et la participation à ce congrès.
Le Parti communiste français, qui joue un rôle de premier plan dans l’organisation de cet événement, oppose un niet catégorique à cette sollicitation.
Cependant, Imache Amar restera toujours convaincu que les meilleures tribunes pour défendre la cause algérienne sont les congrès internationaux. Il faut que l’opinion internationale se rende compte que l’Algérie ce n’est pas des peuplades d’indigènes qu’il faut civiliser.
L’Algérie est un peuple, avec son histoire, sa culture et sa civilisation. Et cela, Imache Amar tient absolument à le rappeler devant les instances internationales, mais surtout face à la France coloniale, en prônant toujours dans sa démarche politique la prise en compte des structures et des coutumes berbères dans le programme politique du mouvement national.
Il est convaincu que ces structures sociales, administratives politiques et économiques que sont thajmaath, thiouizi, le arch et les archs… Toutes ces valeurs ancestrales qui existent depuis des millénaires donneront à l’Algérie indépendante un caractère social et démocratique.

Liberté       

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