Slimane Azem


Un hommage digne et reconnaissant à Montréal


Slimane Azem
Un hommage digne et reconnaissant à MontréalÀ l’occasion du 30e anniversaire de la mort de l’un des ténors de la chanson kabyle, Slimane Azem, la Fondation Tiregwa n’a pas lésiné sur les moyens pour lui rendre un hommage vibrant et chaleureux. Pour ce faire, Tiregwa a organisé, samedi 26 janvier 2013, une conférence-débat animée par Dr Hacene Hireche, enseignant de langue et civilisation berbères à Paris VIII, à La Société Saint-Jean-Baptiste et un spectacle, le soir, au Théâtre Le Château à Saint-Denis à Montréal.


Le contexte historique

Le programme débute par une exposition de livres et de photos suivie d’une projection d’un documentaire sur l’artiste donnant la parole à Nna H’djila, sa sœur, et à son neveu pour évoquer leurs vieux souvenirs, touchant à la vie, aux habitudes et aux influences de l’artiste, soustraites au regard analytique. Ensuite vient l’analyste, Dr Hacene Hireche, conférencier, en alternance de berbère et de français, invite le public à explorer avec lui d’abord le contexte historique dans lequel l’artiste est né et a vécu, puis l’analyse de l’une des facettes de son œuvre qui a notamment trait à l’émigration. Il explique que « pour prendre la mesure de sa poésie chantée, il faut revenir à la situation dans laquelle il a vécu (notamment) la déportation des Kabyles après la défaite du soulèvement de 1871, en Nouvelle-Calédonie, en Guinée, en Syrie, en Tunisie, de mémoire encore vivante pour ses contemporains. Étant né en 1918, il sera également marqué par les guerres mondiales 1914-1918, 1939-1945, la guerre d’Algérie 1954-1962 et celle du FFS en 1963 ». Il sera entraîné par les flux migratoires causés par toutes ces guerres à la recherche des vivres au même titre que beaucoup de ses concitoyens.

L’émigration : un piège à rats qui se referme

Slimane Azem n’a pas toujours vécu à Agouni Gueghrane en Kabylie, lieu de sa naissance. « Sa vie a été marquée essentiellement par l’exil, d’abord en Algérie, en quittant la Kabylie, à visage marqué par la présence des militaires et des parachutistes, pour Staouali, des plaines de l’Algérois plutôt paisible, vers l’âge de 17 ans où il a travaillé chez un colon, un pied-noir ».

Puis, à 19 ans, il quitte Alger pour la France où il travaille comme aide-mécanicien dans le métro de Paris comme, d’ailleurs, la plupart de ses compatriotes. Pour l’analyse, le conférencier choisit la première chanson de Dda Slimane « Ma teddud a Nruh, A Muh a Muh », créée en 1948, où il chante l’éloignement, la rupture. « Il passe, dit Dr Hireche, de l’idéalisation à une description d’une réalité dure, de l’assurance à la dilution. Il évoque, avec le style de Si Muhand U Mhand, les grands espaces idylliques et paradisiaques de son pays et la beauté d’Alger, d’un côté, et décrit la petitesse des espaces, l’étranglement et l’étroitesse de Paris par lesquels il est piégé, de l’autre côté ». De plus, « il ne peut rentrer sans argent au pays, car cela est considéré comme un échec, une trahison, une mort sociale. »

Dda Slimane un prophète à plusieurs facettes


Slimane Azem
Un hommage digne et reconnaissant à Montréal« Même s’il n’a étudié que trois ans au primaire, Slimane Azem est un lettré dans sa langue et sa culture », dit Dr Hireche. « Il est poète, pour l’essentiel de son répertoire; il est dramaturge, pour tous ses sketches radiophoniques; il est philosophe, par sa pratique de la sagesse », ajoute-t-il. Par ailleurs, Slimane Azem a illustré nombre de vérités au travers de ses poèmes, en guise de dénonciation des conditions de vie sous le joug colonial (Affegh a Yajrad tamurt-iw), de même et « d’un style direct, contre le régime politique de Ben Bella (Iyaw Iyak A Ahmed) », explique Dr Hireche.
En plus d’être fabuliste, Dr Hireche décrit un homme « prophète » dont l’œuvre est prémonitoire. « En effet, Dda Slimane prédit le consumérisme dans (Ennagh ay Aabbud), ou le monétarisme (Idrimen, Idrimen) ou encore l’émergence de la Chine (Terwi Tebberwi). Il nous quitte le 28 janvier 1983 et sera enterré à Moissac en F rance.

Le spectacle : un foisonnement de talents

Avant de clôturer la soirée, la Fondation Tiregwa a offert une tribune à une procession d’artistes et d’interprètes qui ont défilé tout au long de la soirée sous le mot d’ordre « interpréter Dda Slimane ». Animé par Adil Hajila, le spectacle a été inauguré par les élèves de l’école de tamazight d’Ottawa-Gatineau (ACAOH), suivis de Farida Eldjama (d’Ottawa), Salah Ait Gherbi, Rezki Grim, Mohand El Eid, Mohand Deflaoui et son groupe, Massi, Hakim Kaci, Rafik Abdeladim. Hacemass a préféré une lecture d’un dialogue imaginé avec Dda Slimane. S’ensuit Rabah Kadache, Smail Hami, Mourad Itim et Farid Dekkal. Enfin, Zahir Ouali (de Gatineau) clôture la soirée.

Enfin, Rachid Beguenane, de Tiregwa, remercie tous les participants, les partenaires et tous ceux qui ont contribué à la réussite de cet événement, entre autres, le commanditaire, Karim Ighil, courtier immobilier du Groupe sutton.

Saliha Abdenbi

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