DEVOIR DE MEMOIRE


Slimane Azem, une légende de l’exil

DEVOIR DE MEMOIRE
Slimane Azem, une légende de l’exilIl possède plus d’une centaine de mélodies, d’une diversité existentielle incontestable. Ce poète a chanté l’identité, la patrie, l’exil et les valeurs sociales.

Voilà trente ans déjà, le 28 janvier 1983, que Slimane Azem quittait à jamais, éloigné de son pays natal, cette vie éphémère pour rejoindre l’éternité.

Aujourd’hui, ce n’est pas une apologie funèbre que nous écrivons sur lui, mais un témoignage modeste et un souvenir ô combien fugitif sur un homme fier de son identité et de son authenticité, habillé de savoir et ouvert au progrès universel. Issu du village Agouni Gueghrane, sur les piémonts du Djurdjura, où il naquit en 1918, Slimane Azem coudoya très jeune les frissons de l’exil et la nostalgie de sa Kabylie natale en atterrissant en France en 1937.

L’art de composer emboîtera vite le pas à ses tourments, en chantant Amûh Amûh en 1940 avant de s’immerger de plain-pied dans la poésie et la chanson. En effet, consacrée à l’émigration, cette première chanson servira de prodrome à un riche répertoire qui s’étend sur près d’un demi-siècle. Un mémento qui incarne, par ressemblance, celui du célèbre poète Si Moh ou Mhand dont la mémorable ritournelle marqua la poésie kabyle du XIXe siècle. Un répertoire qui incarne aussi l’image de la société qu’il interprétait : celle caractérisée par une dislocation sociale illustrée par des chambardements véhiculés par l’incurie humaine et le musellement des valeurs identitaires et culturelles.

Dans une thématique tant évocatrice qu’expressive, Slimane Azem, avec plus d’une centaine de mélodies, d’une diversité existentielle incontestable, a chanté l’identité, la patrie, l’exil, les valeurs sociales et ce sort qui s’est longuement acharné sur sa personne, à tel point qu’il était interdit d’antenne en Algérie, cette terre qui l’a vu naître et qu’il ne pouvait revoir même à titre posthume. Dans un élan philosophique, Dda Slimane s’interrogeait perpétuellement sur le sens de la vie, sur les tourments de l’humanité, mais aussi sur les pressentiments spirituels, sur le respect mutuel, la reconnaissance de l’autre et sur divers sujets consubstantiels à la vie politique.

Cependant, si l’exil a, certes, fait souffrir Slimane Azem, qui avait vécu dans l’éloignement de la Kabylie natale tel un cauchemar et une expérience chimérique, cette situation difficile lui a tout de même inspiré les plus beaux hymnes à la patrie et des vers inégalés sur la claustration de l’émigré et aux déboires auxquels il est contraint.

De son exil oscillant, néanmoins concepteur d'une moralité berceuse à nulle autre pareille, Slimane Azem s'est éteint dans sa longévité créatrice d'autres âges en perpétuelle quête d'une terre intérieure jamais fixée dans sa fécondité mélodique.

Il s'est éteint un certain samedi 28 janvier 1983, à une heure aurorale d'une île – l'île de la Réunion – d'une terre inachevée dans sa naissance, coincée par les flots, vécue par Brel et Matisse dans l'autre île – les Marquises – comme un paradis perdu. La fixité mélodique est, paradoxalement, le fruit de cette errance harmonieuse qui remplit l'âme meurtrie de son village Agouni Gueghrane, qui n’a même pas eu la chance d’accueillir sa dépouille. Comble de l’incurie, sa tombe se trouve au cimetière de Moissac (Tarn et Garonne), en France.

Par ailleurs, la meilleure façon de rendre hommage aujourd’hui à Dda Slimane Azem est de nous atteler à préserver le patrimoine historique de ceux qui ont étayé la relation entre l’homme et son passé, atteignant parfois les sommets de la bienfaisance morale, matérielle et spirituelle.

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