Cheikh El Hasnaoui


 Le cri d'un artiste exilé, mais enraciné
    
Cheikh El Hasnaoui
Le cri d'un artiste exilé, mais enracinéEl Hasnaoui fait partie des artistes algériens qui ont alterné entre l'Arabe dialectale et le kabyle au point de les appeler les piliers de la réconciliation entre Algériens. En effet, ils ont su par leur talent et leur ouverture linguistique notamment rapprocher deux mondes que tous les facteurs de l'histoire artificielle et politicienne séparaient. Ce choix linguistique, l'artiste, invité par l'animateur Hamid de radio Paris dans les années 1960 pour démentir la rumeur qui avait annoncé sa mort, l'a bien expliqué. Il a en fait revendiqué l'arabe algérien (l'Algérien) et le Kabyle comme ses langues.

Parallèlement à son répertoire kabyle, El Hasanoui a signé des chefs-d'œuvre en arabe algérien: ''Ya noujoum ellil'' (ô étoiles, le cri de l'exil, ''Adjini almini'' (viens à moi, Apprends moi) un amour infernal, Zahia un descriptif exceptionnel, ''Ana el mamhoun''( moi l'amoureux) et Rod balek. Ces œuvres qui ont bercé et influencé des générations de fans et d'artistes. El Hasnaoui Amechtuh en est le parfait exemple de cette contagion magnifique. Il a passé sa vie à chanter El Hasnaoui voire à incarner le personnage mythique de l'amoureux de Fadhma et de sa patrie. Un autre élément dans les choix linguistiques de l'artiste. Invité par l'animateur Hamid de radio Paris dans les années 1960, il est venu pour démentir la rumeur qui avait annoncé sa mort.  Il a revendiqué l'arabe algérien (l'algérien) et le kabyle comme ses langues.

Cheikh EL HASNAOUI, ce grand artiste algérien dont mes amis, originaire de la Kabylie, m'en parlaient souvent m'était totalement inconnu. Pourtant, j'en ris maintenant, eh oui, c'est la vérité, j'en ris à présent, car sans le connaître vraiment, je le connaissais par certaines de ses œuvres sans m'en rendre compte. En effet, j'ai tant de fois fredonné certaines de ses chansons avec d'autres artistes spécialement Kamel MESSAOUDI ''Ajini almini'' (viens à moi, apprends-moi), mais surtout ''Ya noujoum ellil (ô étoiles de la nuit).

Ce qui m'amena à aller le chercher, l'écouter et essayer de rattraper un semblant de temps que j'ai perdu à méconnaître l'un des piliers de notre culture. C'est ainsi que j'ai découvert un artiste pétri de talents chantant le style chaâbi avec une voix imprégnée d'un ton grave et viril. En plus de cela, à l'instar des icônes de sa génération, il mâchait les mots les rendants à peine perceptibles comme le faisait El hadj M'hammed El Anka et El hadj M'rizek et tant d'autres grands artistes qui ont marqué la chanson algérienne. En fait, ils sont une véritable école qui a formé et a inspiré plusieurs générations d'artistes.

En l'écoutant religieusement, j'ai été captivé par sa détresse et son cri lancés dans NOUJOUM ELLIL que j'avais tant écoutée auparavant. Cette fois-ci, au lieu d'écouter une chanson comme j'avais l'habitude de le faire, c'est le cri de l'exilé que j'ai saisi, celui qui a tout laissé derrière lui et qui se tourne dans sa solitude nocturne vers les étoiles pour leur faire entendre son désarroi et leur montrer ses larmes cachées. Ne dit-on pas que les hommes se cachent pour pleurer ?

Après avoir écouté ce cri de désarroi d'un compatriote émigré de la première génération en France, j'ai pu apprécier l'appel d'un amoureux à sa bien-aimée, la priant de le délivrer de ses douleurs et de le sauver de sa folie. Il lui demande de lui venir en aide et de lui apprendre comment l'aimer dans la fameuse chanson " AJINI " (viens à moi), une chanson d'amour à l'algérienne. Je pense qu'on se reconnaît tous dans ce genre de chansons, nous qui ne savons parler de nos émotions et encore moins dire " Je t'aime ". Il faut également écouter d'autres chansons d'amour telles que ZAHIA ou ANA EL MEMHOUN. Toutes ces chansons d'amour où la beauté des femmes et les états d'âme de l'homme amoureux sont décrits par un verbe éloquent où les sentiments se mêlent à un style chaâbi avant-gardiste, vu le tabac qu'ont fait certaines chansons qui ont été reprises par plusieurs artistes dont le défunt Kamel Messaoudi.

En somme, je ne pourrais jamais décrire ma stupéfaction après avoir réécouté l'œuvre de cet artiste et je comprends certainement mieux maintenant pourquoi mes amis l'adoraient. Aussi, le fait de revisiter ses chefs-d'œuvres m'a aidé à redécouvrir ce que j'ai frôlé ou pas assez connu durant des années, sans le savoir dans ce riche pays qui est l'Algérie.

 

Khalil Khelouf, Algérien de Ténès

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