ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE SLIMANE AZEM


Un chanteur libre et exilé

UnSlimane Azem était, durant toute sa vie, un poète maudit par les hypocrites et les opportunistes et vénéré par le peuple, le petit peuple. Les vérités qu’il assénait dans ses textes expliquent le sort qui lui a été réservé.

C’est un poète et compositeur hors pair qui a quitté ses fans le 28 janvier 1983. Le chanteur Slimane Azem a eu un parcours exceptionnel. Un destin qui ressemble à celui de tant d’autres artistes, poètes et écrivains qui ne plaisent pas aux gouvernants, aux hypocrites et aux usurpateurs de tout acabit. Malgré une censure généralisée de toute son oeuvre, Slimane Azem fut, pendant des décennies, le n°1 de la chanson kabyle.

Aujourd’hui, il est l’un des plus importants artistes que la Kabylie ait enfanté. Ce n’est pas un hasard si de grands chanteurs se sont ressourcés à son oeuvre et ont même repris ses musiques voire des refrains qu’il avait écrits. Ceci dénote, si besoin est, que Slimane Azem, en plus d’être un grand artiste, est surtout un poète qui restera dans les annales, un maître. On apprend de lui et on ne cesse pas de s’y référer.
L’exil a certes, fait souffrir Slimane Azem qui a-toute sa vie, vécu l’éloignement de la terre natale comme un cauchemar et une épreuve impossible à surmonter. Mais en même temps, cette situation difficile lui a inspiré les plus beaux hymnes à la patrie et des vers inégalés sur la solitude de l’émigré, a fortiori quand ce dernier est un exilé.

Slimane Azem est un poète de l’exil et il est décédé le 28 janvier 1983 en tant que tel.
C’est à Moissac, en France, qu’il rendit l’âme pour être enterré le 31 janvier au cimetière de la même localité. Dans ses chansons, il souhaitait que son inhumation ait lieu dans son beau village au pied du Djurdjura. C’est en 1982 que Slimane Azem fit ses adieux à l’Olympia.
«Sa voix est déjà cassée par un cancer du larynx qui le mine depuis des années. Le coeur fatigué, il consacre la dernière décennie de sa vie à travailler avec Cheikh Nouredine à la composition de petites comédies musicales.
Tant qu’il reste assez d’énergie du moins», écrit Yousef Necib dans son livre: Slimane Azem, le poète.
Bien qu’il ne passait pas à la radio, encore moins à la télévision et qu’aucun journal ne parla de lui, Slimane Azem était le chanteur kabyle le plus écouté dans les quatre coins de la région. Ses chansons s’écoutaient presqu’à longueur de journée. Les gens les commentaient continuellement. Et dans les discussions, souvent on illustrait toute situation en citant des vers entiers chantés par Slimane Azem.

Sur le plan musical, Slimane Azem a composé des centaines de mélodies. Ces dernières continuent, vingt-sept après sa mort, à inspirer plusieurs chanteurs et à être écoutées avec le même plaisir par ses fans. Des musiques comme celles qui ont servi de support aux textes Aghrib dabarani, Amuh a Muh, Inighem, Atas Ay sebregh, Aya frukh ifirelès et tant d’autres sont considérées comme étant de vrais classiques de la chanson kabyle.
Sur le plan poétique, Slimane Azem a effectué une vraie révolution ayant même suscité de la jalousie auprès de nombreux chanteurs de sa génération qui n’arrivaient pas à comprendre le succès, sans cesse grandissant, qu’il ne cessait d’obtenir auprès du public malgré une censure dont certains chanteurs kabyles de l’époque étaient complices.

Youssef Necib en parle dans son livre de référence: «A la RTA (Radio et télévision algérienne), une liste d’artistes est reçue. On les interdit d’antenne. Le nom de Slimane Azem est ajouté au stylo. Dès lors, ses chansons ne sont plus tolérées en Algérie.»
La diversité thématique de la poésie de Slimane Azem est évidente. L’exil, l’identité, la patrie sans compter des dizaines de textes ayant une dimension philosophique ont été chantés par l’auteur de A Muh a Muh. Ce dernier s’interroge sur le sens de la vie, sur la souffrance et la condition humaine mais aussi les inquiétudes spirituelles, sur l’amitié et l’amour et des sujets inhérents à la politique.

Slimane Azem a dit un jour: «Vous croyez que c’est un honneur pour moi de porter cette carte (carte d’identité française)? J’aurais préféré vous montrer un passeport vert. Mais je suis indésirable dans mon propre pays. Mes chansons elles-mêmes ne passent pas à la radio, là-bas. Les gens qui vous ont montré leurs papiers au café, je gagne ma vie avec eux. Mais le jour où mon pays m’ouvrira les portes je dirai: merci Giscard, je rentre chez moi.»

L'Expression

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