Il a été traqué par le capitaine Léger à Azazga


Rouget, le chef commando invaincu

Rouget, le chef commando invaincuQuand Rouget sera éliminé et qu’on n’aura plus de désertions, alors, là, votre secteur sera vraiment pacifié. Je suis venu ici pour vous aider à réaliser ce plan. C’est notre affaire, car il ne s’agit plus d’opérations de troupes de secteur mais de guerre psychologique ». Celui qui parlait ainsi était le capitaine Léger, spécialiste de l’action psychologique, s’adressant, en 1960, à l’officier français en poste à Azazga.

Capitaine Léger, du bureau d’études et de liaison (BEL), connu pour avoir mené la diabolique opération Bleuïte qui empoisonna le maquis, a été dépêché par le commandement militaire colonial d’Alger pour pacifier la région d’Azazga. Face à cette éminence grise de la guerre psychologique, se trouvait Rouget, avec son commando d’une vingtaine d’éléments, mettant sur la défensive depuis des années les positions militaires de l’armée française. « Plus vite ce problème sera réglé, plus vite je repartirai pour Alger. Qu’avez-vous comme renseignements sur ce Rouget ? », lançait le redoutable capitaine, devant le colonel qui n’avouait pas son impuissance devant le commando rebelle d’Azazga. Les péripéties de cette traque vouée à l’échec ont été rapportées par Yves Courrière dans son livre « Les feux du désespoir ». Des collaborateurs locaux avaient été mis à contribution pour neutraliser Rouget, dont un fonctionnaire à la sous-préfecture d’Azazga.

« Menaces à l’appui, un émissaire de Rouget avait chargé le fonctionnaire de trois missions : informer, d’après les tuyaux qu’il pouvait recueillir à la sous-préfecture, voler et transmettre des documents, et enfin des munitions ». Informé, Léger dira : « On va donner satisfaction à ce Rouget. Il aura des renseignements, des documents et des munitions ». L’officier français pensait mener cette opération avec la même facilité avec laquelle il avait répandu le poison de la Bleuïte. Rouget survivra à tous les stratagèmes et traquenards. Il reconnaîtra les munitions piégées, en se rendant compte de la lourdeur inhabituelle des cartouches. Il ne les jettera pas. Il les recycle en recalibrant la charge, avant de les utiliser. Il ne châtiera pas le fonctionnaire de la sous-préfecture. Au contraire, Rouget redemandera de nouvelles munitions. Léger regagnera Alger sans avoir mis la main sur ce chef rebelle de 25 ans qui ignorait superbement le lourd dispositif militaire et psychologique mis en place par les Français.

Un an après le déclenchement de la guerre, Benkaci Mohand Saïd avait une vingtaine d’années. Il était berger et coupait du bois tranquillement dans la région d’Azazga. Une activité au grand jour qui ne durera pas longtemps. Rouget n’échappera pas à son destin révolutionnaire. Il aura très vite maille à partir avec les gardes-champêtres qui n’arrivaient pas à intimider ce jeune homme au tempérament de feu. Signalé à la caserne militaire, le jeune berger entrera dans une colère noire. Cette dénonciation aux autorités militaires sera fatale au garde-champêtre, qui fera du berger d’Azazga un volcan de colère et de révolte. Rouget prend le maquis et entrera dans une guerre personnelle contre l’occupant. Il croisera un jour la route d’une section de l’armée de libration nationale. N’ayant pas accepté qu’il intègre leurs rangs, les maquisards seront vertement pris à partie par le jeune homme. Ils rendront compte au chef lorsqu’ils regagneront leur base. « Un jeune homme voulait intégrer notre groupe. On a refusé et il nous a mal répondu », diront-ils au responsable, qui répondra : « S’il n’a pas peur de vous, il n’aura pas peur des Français.

Repartez tout de suite pour le ramener. Il sera des nôtres ». Ainsi commence l’action de Rouget dans les rangs de l’ALN. Son tempérament de révolté intraitable fit que son commando restera autonome et mènera une guerre sans relâche contre les bases miliaires coloniales. Salah Mékacher, ancien secrétaire du PC de la wilaya III, écrira dans son livre témoignage : « Azazga était structurée en secteur autonome, coiffé et animé par un commando qui développa une activité sous les ordres de Benkaci, dit Rouget. Ce commando donna du fil à retordre à l’ennemi et a excellé dans les harcèlements ». Le groupe de Rouget s’interdisait toute cache ou casemate. Seule stratégie : feu sur la première cible militaire. Dans des circonstances paroxystiques, comme l’interpellation de son père à un point de contrôle militaire, Rouget prenait congé de son propre groupe pour mener des actions de représailles en solitaire. La légende raconte que l’officier français de la localité finira dans un asile psychiatrique. Rouget survivra au feu de la guerre d’indépendance, et mènera d’autres, à l’étranger, auxquelles participera l’Algérie indépendante. Il sortira des rangs de l’ANP en 1981 avec le grade de capitaine. Mis à part quelques livres et des témoignages d’anciens combattants, le parcours de Rouget et d’autres héros de la guerre d’indépendance reste encore méconnu.

ELWATAN

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