Guy Feite, gestionnaire de l’entreprise de Bouchouareb au Panama : « Il voulait acheter un bien pour sa fille à Genève »

Entretien avec Guy Feite, gestionnaire de l’entreprise de Bouchouareb au PanamaLe Français Guy Feite est à la tête de la Compagnie d’étude et de conseil (CEC) du Luxembourg. Sa société est à l’origine de la création de Royal Arrival Corp, l’entreprise du ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb au Panama. M. Feite nous livre ses explications sur cette entreprise et les circonstances de sa création. Entretien.
Pourquoi avoir créé une société offshore pour le ministre Bouchouareb ?

On voulait créer une société pour gérer son patrimoine immobilier en Algérie, qu’il voulait céder à ses enfants. Il voulait par exemple acheter un bien pour sa fille à Genève où elle travaille à Médecins sans frontières (MSF). L’argent ne serait pas venu de ses fonctions ministérielles, c’est d’ailleurs impossible. C’était pour pouvoir transmettre ses biens à ses enfants avec facilité. Voilà l’origine de la Royal Arrival Corp. Je l’ai fait par amitié pour le personnage. Je connais Abdeslam Bouchouareb depuis l’époque où il vendait de la pomme de terre en Belgique. Je n’ai pas touché la moindre commission ni le moindre centime pour cette opération.

Vous avez créé cette société à sa demande ? Pourquoi une société offshore ?

Oui. Enfin, il m’a demandé un moyen de gérer son patrimoine à peu de frais. Il s’avère qu’une société offshore est ce qui coûte le moins cher : pas de comptable, c’est le plus souple et ce sont des actions au porteur. Il n’y a qu’au Panama où c’est encore possible. Et nous avons de bonnes relations avec le cabinet Mossack Fonseca, nous avons donc choisi le Panama.

Est-ce « le moins cher » en termes d’évasion fiscale ?

Non ! En termes de frais de gestion. La création d’une société ne coûte que 1 000 dollars environ. Et on n’a pas besoin de comptable par exemple, c’est plus souple. Pour la fiscalité, les impôts sont de toute façon payables dans le pays où a lieu la cession immobilière.

D’où proviennent les 700 000 euros associés au compte du ministre Bouchouareb ?

Il n’y a jamais eu de compte en banque et la société [au Panama, NDLR] n’est jamais entrée en activité et il n’y a pas eu de cession immobilière de sa part [Bouchouareb, NDLR]. Ces 700 000 euros étaient une estimation de la liquidation éventuelle de certains de ses biens, mais il n’y a pas eu de transfert. De toute façon, ces fonds ne viendraient pas de ses activités de ministre.

Dans les statuts, Royal Arrival Corp. inclut la négociation de contrats en Algérie, dans des activités sensibles au vu de sa fonction de ministre. Pourquoi ne pas l’avoir enregistrée simplement comme société de gestion de biens immobiliers ?

Le cabinet Mossack Fonseca demandait s’il y aurait d’éventuelles autres activités. On a fait, à l’époque de la création, comme on fait pour toutes les sociétés. C’était une bêtise, un simple manque de vigilance de la part de notre employée qui a créé la société. L’on aurait eu à justifier et prouver que ces fonds provenaient d’Algérie avant sa prise de fonction. Vous savez, au cas où il aurait reçu des fonds liés à un contrat, les banquiers auraient immédiatement renvoyé les fonds et clôturé le compte, s’il y avait le moindre soupçon sur la provenance des fonds. Les contrôles sont stricts, surtout pour un ministre en exercice. Ce genre de pratiques n’a plus cours.

Mais la société n’a-t-elle pas été créée du temps où Bouchouareb était déjà ministre ?

Je ne sais plus. C’était en 2014-2015. Dans tous les cas, il m’en avait parlé avant son entrée en fonction. Je n’ai peut-être pas été assez vigilant. Mais il n’y a aucune volonté de sa part, ni de la mienne de faire quelque chose de retors. Si c’était le cas, les gens créés plusieurs sociétés. Et ils ne passent plus par le Luxembourg ou la Suisse. Le ménage a été fait. On ne sait plus faire ce genre de choses. Notez que la structure [Royal Arrival Corp.] est en cours de dissolution et qu’il n’y a pas de compte en banque.

Le cabinet Mossack Fonseca s’interrogeait sur la provenance des fonds, notamment à cause de l’implication du ministre dans l’affaire Khalifa en Algérie…

Mossack Fonseca ont fait comme tout le monde. Les compliances [contrôle de conformité] font des recherches sur internet. Ils sont tombés sur des articles et nous ont interrogés sur cette affaire de Rafik Khalifa, parce que le ministre avait été cité. Je leur ai simplement répondu que Bouchouareb avait été mis hors de cause.

Vous avez, vous-même, été mis en cause dans une affaire d’escroquerie, selon le quotidien français Le Monde ?

C’est un abus de la part du Monde. Je ne suis pas un escroc. Cela s’est passé dans les années 1980, c’était lié au krach de la Bourse. Les gens venaient chez moi pour obtenir des rendements de 40-50%, mais avec le retournement du marché, les gens ont perdu de l’argent. Je n’ai jamais volé le moindre centime à ces porteurs, contrairement à ce qu’affirme ce journaliste du Monde.

TSA

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

November 2017
M T W T F S S
30 31 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 1 2 3