Malika Domrane : L’engagement sans faille d’une fleur éternelle de Kabylie

Malika Domrane : L’engagement sans faille d’une fleur éternelle de KabylieMalika Domrane est une artiste kabyle. Elle est née le 12 mars 1956 à Tizi Hibel en Kabylie. Son parcours est indissociable des grandes luttes pour la réhabilitation de l’identité amazighe, de l’émancipation des femmes et de toutes les aspirations démocratiques en Algérie en général et en Kabylie en particulier. Elle a du talent et du charisme difficiles à décrire en quelques lignes. Son engagement est tellement immense que certains oublient qu’elle est d’abord une femme, une personne qui a des rêves et des perspectives porteuses d’innovation, de cohérence et de détermination à ne jamais fléchir.

Invitée par le centre Amazigh de Montréal (CAM), Malika Domrane se produira à la salle le Château le 12 mars 2016 au grand bonheur de ses nombreux fans. Le CAM compte lui rendre un hommage à la hauteur de son riche parcours et de ses opinions constantes sur tous les plans. Quelques jours avant son arrivée à Montréal, Mme Domrane nous accordé cet entretien.

Le CAM veut vous honorer ce mois de mars, pourriez-vous nous donner vos impressions?
Le CAM m’honore; il me donne la possibilité de me produire en concert, de rendre hommage à mon parcours de femme militante ainsi qu'a ma carrière de femme artiste. Je l'en remercie. Je pense qu'une telle initiative devrait faire des émules. J'encourage le CAM et lui exprime, à mon tour, toute ma gratitude.
Ce n’est pas la première fois que vous veniez à Montréal. En quoi cet événement serait différent selon vous?
À chaque fois que je me produis dans un spectacle, je me prépare différemment pour donner aux spectateurs le meilleur de la femme artiste que je suis. Il en est de même pour mes concerts donnés à Montréal. Il y va de soi pour le prochain concert du mois de mars: en plus d'un spectacle que je veux ‘’parfait’’, je le conçois également comme un hommage à la femme kabyle en particulier et à la femme du monde en général, qu'elle soit militante, avérée ou non, car pour moi, toutes les femmes sont militantes, chacune à sa manière, même les plus passives!

Comment avez-vous atterri dans l’univers de la chanson?
Des l'école primaire, je chantais et j'aimais chanter. Les enseignantes, sœurs blanches, m'encourageaient. En même temps que l'examen d'entrée en 6eme, j'avais reçu le 1er prix d'un concours de chants. Depuis, je chante! Par la suite, au collège Ath Dwala et au lycée Fadma N Summer de Tizi Ouzou, j'avais pris part à la chorale. Ces mêmes sœurs blanches me conseillaient tant sur la qualité de ma voix que sur mes capacités organisationnelles, j'étais à la tête de la chorale. Petit à petit, je me faisais connaitre du public et du milieu artistique. Ainsi, j'avais entamé ma carrière de femme artiste dans le milieu kabyle. Ce n'était pas si évident et en encore moins facile en raison de l'acte censeur,"l'acte sans-sœur", car dans le monde kabyle, la fille ne peut pas embrasser une carrière d'artiste parmi les hommes.

Qui vous a le plus influencé dans le monde artistique kabyle?
Hanifa et Fadma Ath Mansour,Taos Amrouche, Ourida, Noura, Cherifa, Bahia Farrah, Nouara, Edith Piaf, Sylvie Vartan... Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui, Cherif Kheddam, Allaoua Zarouki, Farid Ali, Ahcene Mezani, Moh Said Ou Belaid,Taleb Rabah, Akli Yahyaten, Youcef Abdjaoui, M'henni Hacene Abbassi Ait Menguellat, Idir, Ferhat, Lounes Matoub... les groupes Abranis, Syphax, Yugurten.. Je suis franchement désolée de la réponse à cette question, car la liste est longue... Je peux encore en citer d'autres, surtout parmi les anciens!

Avez-vous collaboré avec certains chanteurs et compositeurs ou votre répertoire serait le fruit de votre talent exclusivement?
Le 1er artiste kabyle à me conseiller fut Slimane Azem, il m'avait reçue à Paris, à mon 1er voyage, il m'avait prodigué quelques conseils à mes débuts de carrière. Kamel Hamadi avait souligné au producteur que je chantais bien. Il l'avait encouragé à me produire, me préférant en raison de ma voix en duo avec Sofiane.
Jean Claudric, célèbre arrangeur, avait conforté la position des artistes kabyles sur ma future carrière artistique en intégrant ma chanson jeune artiste dans un album collectif avec Julien Clerc, Enrico Macias et Hervé Villard.
Mohamed Ben Hanafi avait également contribué en venant à ma rencontre et en m'aidant à reprendre les forces dans les moments difficiles, car il me disait croire en moi la femme artiste et la femme militante telle une "amazone". Cherif Kheddam m'avait également apporté, à mes débuts, son soutien, car il avait observé en moi les qualités artistiques qu'il m'encourageait à développer et à mettre en valeur, donnant à la chanson kabyle une note de modernité Durant mon exil, j'avais trouvé Mohia à mes côtés, il me soutenait moralement, le texte de la chanson "adela£"est de lui. J'ai également chanté en Duo avec Tak 'Tennidi-yi" sur le texte de Mohand Arav Bessaoud. Celui-ci ne tarissait pas d'éloges sur ma voix et mon style artistique, il me disait qu'il était fier de me savoir de la même origine que lui. Quant à Lounes Matoub, ce fut une grande histoire! Nous nous connaissions depuis notre jeune âge des l'entrée au collège, nous nous sommes jamais quittés malgré quelques contrariétés. Nous entretenions une relation d'amitié profonde. Nous nous échangions aux plans artistiques et culturels librement, allant jusqu'à la critique tant positive que négative. La mort m'en a séparée! À mon grand regret , je n'ai pas de duo avec Lwenes enregistré, en vente dans le commerce! Mais nous nous sommes produits en gala à la salle l'Olympia et au Zenith de Paris.

Entre la chanson et la poésie, le fil est un peu mince. Pour laquelle des deux penchez-vous le plus?
Je penche, je pense, pour les deux en même temps, car à mon avis, elles sont indissociables.

Quels sont les thèmes les plus prononcés dans vos chansons?
L'amour... les sentiments que peuvent avoir l'un pour l'autre dans leur relation de couple un homme et une femme. Le combat identitaire: plus que la revendication, je déclare et j'affirme mon origine, toute fière, toute libre.... L'amour de l'enfant et de la petite enfance: la quête de l'apprentissage et de l'éducation dans la relation mère-enfant, la mère transmettant la langue, les valeurs... En somme, je chante l'amour au sens large: l'amour de l'autre, l'amour de la patrie, l'amour de l'art, l'amour de la culture....

À partir de quel moment, le combat identitaire a intégré votre âme et qui vous a le plus influencée sur ce plan?
Très rapidement, adolescente, j'avais compris ma douleur: ma douleur identitaire! Taos Amrouche, Slimane Azem et d'autres artistes comme Si Mohand Oum'hand, Mohand Arav, mais aussi et surtout Mouloud Mammeri. Les leçons de M.le professeur m'ont, nous ont, ouvert les yeux sur l'identité et les valeurs identitaires. Pour ma part, je connais le début de mon action militante, mais je ne connais pas la fin et j'en suis loin de la connaitre!

Vous êtes femme, artiste et militante. Pensez-vous que c’est facile pour une personne de mener tous ces combats à la fois?
Bien sûr! Il ne me suffit que de vouloir et de ce fait, je m'affirme pouvoir le faire et vouloir le parfaire!

Votre bilan de la chanson kabyle actuelle?
Pour ce qui est de la chanson kabyle ancienne, non encore classique, je pense qu'il y avait de très belles paroles, de très beaux textes relatifs à la vie de l'époque. Les artistes avaient peu de moyens! Quant à la chanson kabyle actuelle, les textes ne sont pas de mon goût pour la plupart, le timbre de la musique ne colle pas avec le terroir. Par contre, je repère quelques belles voix. Malheureusement, elles ne repèrent pas la bonne voie: ce n'est que mon avis. De plus, je reconnais que de nos jours, il y a des musiciens de talent et des instrumentistes de niveau. Les artistes contemporains ont les moyens.

Comment voyez-vous l’avenir du combat identitaire?
Le combat continue... je le vois pérenne, car les générations montantes ont compris les buts à atteindre au prix des luttes du passé, des victoires et des défaites de leurs ancêtres? Pour ma part je compte sur les jeunes filles et garçons pour les luttes du futur qui je souhaite se dérouleront avec la force et la conviction d'une idéologie infaillible. Je le redis ici, il ne s'agit pas d'une revendication, mais d'une indication identitaire: déclamer son identité telle qu'elle est, telle qu'elle a été ... et telle qu'elle sera!

Que serait votre message pour les jeunes femmes kabyles?
Je leur demande d'être elles- mêmes... et d'être les femmes qu'elles veulent être d'elles-mêmes pour elles-mêmes.

Auriez-vous d’autres projets en perspectives?
Un album - Des concerts -Un chantier d'écriture.

Djamila Addar

 

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