Ali Benflis : « La volonté politique d’officialiser tamazight n’existe toujours pas »

Ali Benflis : «La volonté politique d’officialiser tamazight n’existe toujours pas»Ali Benflis à la réunion de la CNLTD, jeudi 21 janvier 2015 (Source : Facebook - Ali Benflis)    

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution ?

Je pense que ce projet n’est ni bon, ni utile pour le pays. La démarche de révision constitutionnelle en elle-même est antidémocratique. C’est une institution disqualifiée et délégitimée par la fraude qui a pris l’initiative. C’est une autre institution souffrant du même déficit de légitimité qui est appelée à l’avaliser. Et c’est une institution constitutionnelle aux ordres, sans marge de manœuvre et sans liberté de décision, qui est sollicitée pour apprécier sa régularité. Ce sont là autant de faits qui rendent cette initiative nulle et non avenue.

Cette initiative est foncièrement inutile parce qu’elle ne s’intéresse pas aux causes véritables de la crise de régime à laquelle le pays est confronté. Et de fait, cette révision laisse intacts le pouvoir personnel vacant, l’illégitimité des institutions de la base au sommet, l’accaparement du centre de décision nationale par des forces extra-constitutionnelles et la dislocation de ce même centre de décision nationale sous l’effet des intérêts divergents et des objectifs contradictoires de ces forces extra-constitutionnelles qui agissent en toute illégalité , en toute illégitimité et en toute impunité.

Qui devait prendre l’initiative de réviser la Constitution pour qu’elle soit légitime ?

C’est à des autorités légitimes et dûment mandatées par le peuple algérien qu’il revient de concevoir, de formuler et de proposer la nouvelle Constitution de la République. Une telle constitution devra nécessairement être partie intégrante d’un processus plus large et plus global. Celui d’une transition ordonnée et apaisée d’un pouvoir personnel vers un pouvoir démocratique bâti selon les normes universellement admises.

Le projet de révision constitutionnelle prévoit l’officialisation de tamazight, présentée comme avancée majeure…

Cela aurait été une excellente chose, si cette officialisation avait eu lieu effectivement. J’ai de sérieux doutes sur ce sujet qui me semble avoir fait l’objet d’une manipulation grossière. C’est à un véritable tour de passe-passe que l’on a assisté à propos de l’officialisation de tamazight. Les rédacteurs du projet de révision constitutionnelle ont cru faire dans la finesse et dans la subtilité en distinguant entre langue officielle d’État et langue officielle tout court. Il y a là une incongruité sémantique car une langue n’acquiert son caractère officiel qu’en étant la langue de l’État et de ses institutions.

Je crains fort qu’au bout du compte, cette révision constitutionnelle n’aboutisse qu’à un déplacement du problème, le déportant vers la revendication du statut de langue officielle d’État pour tamazight. Le régime politique en place a cru pouvoir se tirer d’affaire par cette distinction douteuse entre deux langues nationales. Il a manifestement tort et sa manœuvre est loin de clore ce dossier. Et que dire de son exigence d’unification de tamazight avant son accession au statut de langue officielle ? Tout cela révèle que la volonté politique d’officialiser tamazight n’existe toujours pas.

L’article 51 concernant les binationaux a provoqué un tollé. S’agit-il d’une discrimination à l’égard de ces Algériens ?

Bien évidemment, c’est une atteinte frontale aux libertés et au principe d’égalité des citoyens. Les membres de la collectivité nationale ne méritent certainement pas d’être stigmatisés de la sorte. J’ai écouté avec beaucoup d’attention les explications qui ont été développées au sujet de la genèse et des buts poursuivis par ce désormais fameux mais honteux article 51. Elles nous ont tout bonnement appris et sans mesurer la gravité du propos que cet amendement visait à prémunir l’État et ses institutions contre des vecteurs potentiels d’infiltration étrangère.

Cela en dit long sur le regard que le régime politique en place porte sur tous nos compatriotes résidant à l’étranger et en lesquels il ne voit que des agents de l’étranger par vocation ou par destination. Une telle perception est révoltante et notre communauté à l’étranger mérite une toute autre considération et un tout autre traitement.

Il ne s’agit pas seulement d’un principe constitutionnel à respecter, en l’occurrence le principe d’égalité des citoyens, mais aussi et surtout d’une mentalité à bannir et qui consiste pour le régime politique en place à se considérer comme le dépositaire exclusif d’un patriotisme qu’il reconnait ou dénie comme il l’entend. Le procès en patriotisme instruit contre nos compatriotes résidant à l’étranger n’honore pas ses auteurs.

Vous êtes partenaire avec d’autres acteurs politiques dans l’initiative de transition démocratique ou vous siégez ensemble dans ce qui a été appelé l’ICSO. Mais vous avez refusé l’initiative de consensus national du FFS. Qu’est-ce qui a motivé ce choix politique ?

Je me suis effectivement entretenu avec mes frères dirigeants du FFS de leur initiative relative au consensus national et j’ai pendant longtemps maintenu avec eux le dialogue et l’échange de vues au sujet de cette initiative. Je n’ai pas opposé un refus à cette initiative et les responsables du FFS pourront témoigner que j’ai eu à son égard une attitude constructive. J’ai plutôt sollicité des clarifications. J’ai donc posé trois questions qui m’ont semblé essentielles : un consensus national avec qui ? Un consensus national autour de quoi ? Et un consensus national avec quels objectifs ?

Des réponses préliminaires m’ont été données et nous étions convenus de poursuivre notre dialogue à leur sujet. Comme vous le voyez bien, il n’y a pas eu de ma part une opposition et encore moins un refus abrupt et injustifié.

Vous avez formulé des critiques acerbes quant à la Loi de finances 2016. Que reprochez-vous à ce texte ?

Mes reproches sont politiques et économiques. S’agissant des premiers, je constate d’abord que cette loi ne dote pas le pays d’une véritable stratégie anti-crise. Une stratégie anti-crise suppose une vision, un cap et des objectifs allant dans le même sens. Je constate ensuite qu’elle s’est enfermée dans une logique purement comptable en réduisant tous les maux de l’économie algérienne à des comptes publics à ajuster. Enfin, elle s’inscrit toujours dans une logique rentière.

Quant à mes griefs économiques, je constate aussi que le fardeau des ajustements financiers est porté par les seules couches sociales défavorisées et que les mieux nantis, et en particulier les grosses fortunes constituées par l’argent douteux, en sont exonérés.

TSA 

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