Entretien avec Me Abdelmadjid Sellini, avocat du général Hassan

Entretien avec Me Abdelmadjid Sellini, avocat du général HassanBâtonnier d’Alger, Me Abdelmadjid Sellini est l’avocat de Abdelkader Aït Ouarabi, connu sous le nom du général Hassen. Dans cet entretien, il revient sur l’arrestation et la détention de l’ex-chef de lutte antiterroriste au sein du DRS.

Avez-vous pu vous entretenir avec le général Hassan ?

Non. En matière de juridiction militaire, la visite est soumise à l’autorisation du président du tribunal (militaire) quand les chefs d’inculpation sont lourds. Le président du tribunal est absent jusqu’au début de la semaine prochaine, je pense. Je suis donc forcé d’attendre son retour. Ce qui est contraire, évidemment, au code de procédure pénale.

Le général Hassan a fait l’objet d’un mandat d’arrêt (il a été arrêté jeudi dernier, NDLR). On n’émet un mandat d’arrêt que pour assurer la comparution forcée d’une personne. Donc (le général Hassan) aurait dû être entendu dans les 48 heures (qui ont suivies son arrestation) par le juge d’instruction. Or le général Hassan a été mis sous mandat de dépôt avant qu’il ne soit entendu sur les choses qu’on lui reproche. C’est-à-dire avant qu’il ne puisse exercer ses droits de la défense. On l’a mis en prison sans qu’il ne puisse s’exprimer.

Donc il s’agit d’une détention arbitraire ?

Si on ne l’entend pas dans les 48 heures, il est considéré comme étant en détention arbitraire. Et puis dans son article 100, le code de procédure pénale, qui est applicable aussi à la juridiction militaire, dispose qu’une personne faisant l’objet d’un mandat de dépôt a le droit de bénéficier immédiatement de l’assistance d’un avocat. Ce qui n’est pas le cas (pour le général Hassan). De ce point de vue, on a porté atteinte aux droits de la défense et aux droits de cette personne de recevoir son avocat. Compte tenu du statut de son avocat (qui est le bâtonnier d’Alger, NDLR), il n’existe aucune raison pour refuser cette autorisation.

Que reproche-t-on au général Hassan ?

D’après la discussion que j’ai eue avec lui au moment où il a été inquiété il y a 20 mois (il a été auditionné par des enquêteurs de la police judiciaire, NDLR), il s’agirait de collusion avec l’ennemi. On l’accuse d’avoir traité avec des groupes terroristes et d’avoir récupéré des armes. Or, il avait empêché ces groupes terroristes de pouvoir bénéficier d’arsenaux extrêmement dangereux de l’armée libyenne après la chute de Kedhafi.  Je parle de ces armes qui ont été soutirées aux terroristes et récupérées pour l’Algérie. Ce n’est pas la première opération du genre qu’il a menée. Il a récupéré beaucoup d’arsenaux destinés aux terroristes. Des centaines.

Sa hiérarchie était-elle au courant de cette opération ?

Sa hiérarchie était au courant. Les écrits sont là pour le prouver. Mais au départ, dans la prise en charge de ce genre d’opérations extrêmement délicates, sensibles et dangereuses, on ne peut pas prendre le risque de communiquer l’information. Vous ne donnez l’information qu’après avoir réussi l’opération. Et c’est ce qu’il a toujours fait. Tout le monde lui reconnaît ses réussites extraordinaires. Si la lutte antiterroriste a été menée à bien, le mérite lui revient, à lui et à son équipe, pour au moins 90 %. Accuser quelqu’un de quelque chose ne constitue pas de facto la culpabilité. Il ne faut pas oublier la présomption d’innocence. Il faut fournir les preuves.

Vous connaissez le général Hassan depuis longtemps ?

J’ai eu l’occasion de le découvrir, un homme de grande qualité. Père de trois enfants dont l’un est officier dans l’armée, il vivait dans un appartement de trois pièces, un logement de fonction. Il était confiant et il avait tous les écrits prouvant que les autorités étaient au courant de tout ce qu’il faisait et qu’il n’a jamais entrepris quelque chose sans que sa hiérarchie ne soit au courant. (Depuis son audition, NDLR), je vous affirme qu’il n’a jamais été mis sous contrôle judiciaire.

Comment expliquez cette situation ?

Je ne suis pas très au fait des données.

S’agit-il d’un règlement de comptes ?

Je ne sais pas. Peut-être s’agit-il d’un règlement de compte, de jalousie ou d’une façon de procéder pour pouvoir éliminer une personne et mettre quelqu’un d’autre à sa place. Ce sont des pratiques qui se font dans toutes les armées du monde.

Peut-on parler d’une affaire qui s’inscrit dans une guerre des clans ?

Je ne sais pas parce que je n’ai personnellement pas d’informations pour pouvoir affirmer ça.

Y a-t-il eu une plainte déposée contre lui ?

Dans le code de la justice militaire, le ministre de la Défense est la seule autorité qui peut émettre un ordre de poursuite (contre un militaire). Le procureur militaire exécute l’ordre de poursuite. Mais le ministre de la Défense n’ordonne la poursuite qu’après le dépôt de plainte du Corps auquel la personne concernée appartient. Mais il n’y a pas de plainte du DRS. Sa poursuite est donc illégale. Tant que son Corps n’a pas déposé plainte pour dire qu’il a failli dans l’exercice de sa mission, on ne peut pas le poursuivre.

C’est le ministre de la Défense qui a ordonné la poursuite contre le général Hassan ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas encore accès au dossier.

Est-ce que sa famille a pu lui rendre visite ?

Oui, elle a réussi à lui rendre visite dimanche et il va bien.

TSA 

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