ENTRETIEN : Issad Rebrab s’interroge sur le blocage de ses projets en Algérie

Issad Rebrab s’interroge sur le blocage de ses projets en AlgérieIssad Rebrab, président de Cevital, a été auditionné ce dimanche 3 mai par la Commission des affaires économiques de l’APN.

Pourquoi avez-vous été convié par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée populaire nationale(APN) ?

 

J’ai été invité par le président de la Commission économique de l’APN pour leur donner mon point de vue sur la production nationale, les exportations, les possibilités du pays et donner un avis sur l’avant-projet de loi portant sur l’import-export, actuellement en débat au sein de la Commission et plus précisément sur les licences d’importation.


Dans l’exposé que vous avez fait, quel est l’essentiel du message que vous avez lancé aux membres de la commission économique ?

J’ai dit qu’aujourd’hui que pour pouvoir exporter, il faut d’abord produire des produits de qualité, en quantités suffisantes et nous n’avons aucun problème pour faire passer notre pays du stade d’importateur à celui d’exportateur et ce dans plusieurs domaines. C’est ce qui est le plus important. Mais avant tout, il faut qu’ils libèrent les initiatives, il faut qu’ils laissent les gens investir, ils faut qu’ils facilitent les investissements et aussi qu’ils permettent un accès facile au foncier industriel. En Algérie, tout est à faire : on peut devenir exportateur, il n’y a absolument aucun problème. J’ai donné l’exemple de la trituration des graines oléagineuses où l’Algérie importe les 100% de ses huiles brutes des tourteaux de soja pour 1,5 milliard de dollars. Alors que, nous avons un projet qui est réalisé à 50% au niveau de notre complexe de Béjaïa qui attend une autorisation depuis plusieurs années. Ce projet, peut non seulement couvrir les besoins du marché algérien, mais dégager plus de 50% à l’export.


Qu’est-ce qui bloque l’investissement en Algérie ? S’agit-il d’un problème politique ou administratif ?

Sincèrement, il faut qu’il y ait une véritable volonté politique.


Cette volonté politique est-elle absente aujourd’hui ?

Entre ce que les responsables déclarent et la réalité du terrain, il y a un grand fossé. Vous irez voir n’importe quel ministre, le chef du gouvernement ou le premier ministre, il vous dira, « oui, il faut investir parce qu’il faut qu’on diversifie notre économie. » Et quand on leur ramène réellement des exemples concrets, c’est une autre affaire. Pourquoi ils ne débloquent pas ces projets. Et ce n’est pas le petit fonctionnaire du coin qui peut bloquer. À partir du moment où les projets ont été soumis au plus haut niveau de l’État et depuis des années, qu’est-ce qu’ils attendent pour les débloquer ?


C’est ce qui s’est passé pour votre projet de Cap Djenat ?

Il n’y a pas que cap Djenat. Il y a beaucoup de projets et encore une fois, je ne suis pas le seul à être dans cette situation. Il y a d’autres confrères qui ont des projets qui sont soit bloqués par le foncier, soit par les financements. Pour Cevital, nous n’avons absolument aucun problème financier, nous n’avons aucune dette vis-à-vis des banques. Nous avons un problème d’autorisation. Aussi, nous avons, parfois, des problèmes de foncier industriel. Par exemple, nous voudrions installer des centres commerciaux dans toutes les wilayates, mais qu’ils nous libèrent le foncier. Et quand vous achetez chez des privés des terrains rocailleux, vous avez des problèmes pour les déclasser.


On vous reproche d’investir plutôt à l’étranger qu’au niveau national. Quel est votre commentaire là-dessus ?

J’ai été à l’international pour faire un levier de croissance en Algérie. En France, nous avons acheté la société OXO, on a préservé 248 emplois et on a créé 3 000 emplois en Algérie. La même chose pour Brandt : on a préservé 1 200 emplois en France et on est en train de créer 7 500 emplois en Algérie.


Vous avez racheté le sidérurgiste italien Lucchini. Quand cette reprise sera-t-elle effective ?

Cela se fera officiellement, le premier juin. Nous avons déjà signé l’ensemble des contrats inhérents à cette opération.


Vous avez l’intention de lancer une usine d’autobus en Algérie. Quand que allez-vous le faire ?

Très bientôt


Que pensez-vous des licences d’importations ?

Ce n’est pas tout noir ou tout blanc. C’est au cas par cas. Réellement, là où on doit trouver des solutions, c’est le développement économique du pays : c’est de produire plus, des produits de qualité, à des prix très compétitifs. Il faut qu’on soit offensif et non pas sur la défensive. Maintenant, tous les pays du monde essayent par certains subterfuges de protéger leur économie. C’est tout à fait normal : les Américains et les Européens le font, tout le monde le fait, mais seulement si on a signé des accords il faut les respecter.


On vous reproche une description franche et sans concession de la situation économique du pays tandis que d’autres minimisent les choses ?

Moi, j’appelle un chat, un chat. Je suis franc de nature.


Votre franchise est-elle liée à une volonté de votre part de faire avancer les choses en Algérie ?

On a intérêt à dire les quatre vérités aux responsables politiques pour qu’ils se remettent en cause, rectifier le tir dans leur intérêt et celui du pays. Et si j’avais dit au président de la Commission des affaires économiques de l’APN que tout va bien, c’est que j’aurais en train de lui mentir. Et est-ce que c’est dans son intérêt ? De plus on ne fera pas avancer les choses. Je dis la vérité, même si elle ne plaît pas.

Je n’ai jamais fait de critiques négatives. Mes critiques sont positives et constructives et c’est comme ça qu’on fera avancer les choses. Ne pas dire la vérité, c’est perdre son temps.


Le prix du baril de pétrole a dégringolé, la situation économique de l’Algérie est mauvaise. Quelles seront vos recommandations ?

C’est très simple, vous n’avez qu’à regarder quels sont les pays prospères et quels sont les pays pauvres aujourd’hui. Tous les pays prospères, leurs responsables ont libéré leur économie. Et tous les pays pauvres, ce sont ceux où on a serré la vis aux investisseurs.

TSA 

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