Situation dans le sud : Entretien avec l’Amenokal Ahmed Idabir, chef suprême des Touaregs

L’Amenokal Ahmed Idabir est le chef suprême des tribus Touaregs. Dans cet entretien à TSA, il revient sur la situation au sud du pays et sur les mouvements de contestation qui se multiplient dans cette région.

 

Entretien avec l’Amenokal Ahmed Idabir, chef suprême des Touaregs

 Que pensez-vous de l’exploitation du gaz de schiste dans la région du sud ?

D’abord, je ne peux pas donner mon avis sur quelque chose que je ne connais pas comme le gaz de schiste. Ensuite, il s’agit d’une affaire qui est actuellement entre le peuple et l’Etat et qui ne nécessite pas mon intermédiation. Et cette affaire est aussi au niveau de la présidence de la République. En fait, un simple citoyen peut dire ce qu’il veut. Mais moi je suis un responsable qui a des lignes à ne pas dépasser.

Vous n’avez pas tenté de savoir ce qu’est le gaz de schiste ?

Non.

Que pensez-vous de la mobilisation contre le gaz de schiste ?

Je n’aime pas les manifestations car il n’y a jamais de bien dans les manifestations. Et personnellement, je peux faire l’intermédiaire entre le peuple et l’Etat quand ce dernier n’est pas au courant du problème. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Donc je ne peux pas dire aux gens de faire ou d’arrêter une manifestation.

Certains manifestants et militants anti-gaz de schiste demandent votre soutien…

Jusqu’à présent, ni les autorités, ni la population ne m’ont sollicité. Et puisque personne ne m’a sollicité, je ne souhaite pas en parler pour l’instant. Je suis responsable et je sais ce qu’est la responsabilité.

L’Armée multiplie les opérations au sud. Est-ce que la région est devenue dangereuse ?

Je remercie l’Armée pour tout ce qu’elle fait, pas seulement au sud, mais dans les quatre coins du pays. Cela étant dit, on ne peut pas dire qu’il n’y a que la région du sud qui est devenue dangereuse. La wilaya de Tizi Ouzou ne se situe pas au sud. Pourtant, on voit ce qui s’y passe chaque jour. Toutes les frontières sont devenues dangereuses même celles de l’est et de l’ouest du pays. La particularité géographique du sud fait que les contrebandiers (par exemple) peuvent se déplacer plus facilement. Les gens peuvent sortir de n’importe où et rentrer de n’importe où au pays. Et il faut savoir qu’on ne peut pas maîtriser les frontières (au sud) où il n’y a ni montagnes, ni mer. Les frontières sont difficiles. On va construire un mur ? Ce n’est pas possible.

Quelles sont les conséquences de la guerre au Mali et de l’instabilité en Libye?

La guerre n’a jamais de bonnes conséquences. Des jeunes se sont réfugiés chez nous et le Croissant rouge les prend en charge. Mais il n’y a pas que les réfugiés qui peuvent rentrer au pays. Une tribu de Tazrouk  m’a prévenu, il y a deux mois, concernant la circulation des véhicules Toyota Station à Tin-Tarabine. J’avais alerté la gendarmerie. Ils sont partis sur place mais ils ne les ont pas trouvés.

Que pensez-vous de la création d’un Etat touareg revendiqué par des Touaregs au Mali ?

C’est la faim qui a poussé les Touaregs au Mali à revendiquer un Etat. En Algérie, nous ne sommes pas dans la même situation. Nous sommes contre une scission. Nous l’avions dit avant l’indépendance. Aujourd’hui, nous avons une jeunesse algérienne qui est très difficile. Personne ne peut prétendre la contrôler.

Avez-vous des appréhensions par rapport à cette question ?

Toute l’Algérie a peur de la jeunesse. Cela dit, on peut la maîtriser d’une seule manière : satisfaire ses revendications. Certes, certaines sont impossibles à satisfaire. Donc il faut expliquer les choses doucement.

Peut-on dire que les jeunes du sud ont acquis une conscience politique qu’ils n’avaient pas auparavant ?

La situation aujourd’hui est différente. Nous avons une jeunesse qui a étudié, qui va sur Internet et qui connait des choses qu’on ne connaissait pas avant.

Donc vous serez incapable de les maîtriser au cas où il y aurait des émeutes par exemple ?

Non, on ne peut pas. Aujourd’hui, un ministre capable d’octroyer certaines choses n’a pas pu les contrôler. Vous pensez qu’on pourrait le faire, nous, avec les mains vides ?

Que pensez-vous de la chaîne touareg Toumast TV ?

Toumast veut dire « on est ». C’est une chaîne qui émet à partir de la France, de la Hollande et maintenant de la Libye. A ma connaissance, elle est financée par des associations à l’étranger. Beaucoup de gens aiment regarder cette chaîne. Mais je ne pense pas qu’elle constitue un danger. Par contre, je pense que l’influence de cette chaîne aurait diminué s’il y avait des reportages et des images de la région dans les médias algériens.

Qui a lancé ce média?

Je ne sais pas.

TSA 

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