Andrew Noble, ambassadeur britannique : « Il y a une attitude envers l’Algérie qui consiste à penser que c’est une chasse gardée des Français, ce qui est ridicule ! »


Une conférence sur l’investissement en Algérie se tient le 10 décembre à Londres. Quels sont les objectifs de cette réunion ?

Le but principal est de s’assurer que les compagnies britanniques soient conscientes des opportunités que leur offre l’Algérie. Malheureusement, peu d’entre elles les connaissent. Nous allons donc faire la démonstration du succès que certaines compagnies connaissent en Algérie et encourager d’autres à venir voir par elles-mêmes.

Peut-on s’attendre à la signature de contrats entre des entreprises algériennes et britanniques ?

Il y aura des signatures de contrats et d’un accord de non-double imposition, ce qui est très important. Il y aura aussi des déclarations d’intentions et des mémorandums d’entente sur la coopération future.

Ces dernières années, on a vu de nombreux échanges de visites sur la coopération bilatérale. Mais concrètement, il n’y a pas eu beaucoup d’investissement en Algérie. Savez-vous pourquoi ?

BP (British Petroleum) est considéré comme le plus gros investisseur étranger en Algérie. C’est une entreprise britannique. Donc, il y a de l’investissement ici et il est en augmentation. En revanche, jusqu’à la visite de mon Premier ministre en janvier 2013, le niveau d’intérêt pour les secteurs hors-hydrocarbures était très limité. Mais cet intérêt est maintenant croissant. L’existence de cette conférence en est un signe. On n’aurait pas pu tenir une telle conférence si les gens n’étaient pas intéressés. C’est d’ailleurs la plus importante vitrine de l’Algérie au Royaume-Uni, probablement de toute l’histoire. Certainement depuis la visite du président de la République en 2006.

Et avez-vous des exemples concrets d’entreprises britanniques présentes dans le pays, hormis BP ?

Nous avons des compagnies qui investissent ici dans des secteurs larges et variés, comme l’agriculture. Les investissements dans la formation sont importants. L’investissement industriel est toujours relativement faible, mais nous avons tout de même des compagnies comme GSK (Glaxo Smith Klein) et Unilever qui produisent en Algérie.

Avez-vous des exemples concrets de ce qui a été investi en Algérie ?

Je citerai les investissements d’Unilever et de GSK à Oran, de KCA DEUTAG, Shell, Petrofac, HSB et Citi Bank, DLA Piper, Astrazeneca et Clark Energy. En attendant de nouveaux projets dans les jours à venir.

Savez-vous si les entreprises britanniques font face à des difficultés à investir en Algérie ?

Je pense que le principal obstacle est le fait qu’elles ne viennent pas se renseigner. Il y a une attitude envers l’Algérie qui consiste à penser que c’est une chasse gardée des Français et qu’ils occupent le marché, ce qui est ridicule. Cette conception erronée dure depuis bien trop longtemps. Mais on commence à voir un changement. Voilà donc le principal problème.

Pensez-vous que le climat actuel encourage les entreprises du Royaume-Uni à investir en Algérie ou y a-t-il des blocages ?

Je pense que toute compagnie, dans n’importe quel pays, souhaiterait faire une liste d’éléments qu’elle aimerait voir facilités. Les gens demandent si le 51/49 constitue un obstacle. Pour certains, c’est le cas. Ils diront qu’ils ont des options plus faciles ailleurs. Je pense qu’attirer l’investissement étranger est une question de concurrence. Les compagnies ont le choix et elles iront là où leurs intérêts sont mieux servis. Donc, on travaille avec ce que l’on a.

L’Algérie et le Royaume-Uni coopèrent-ils en matière de lutte contre le terrorisme ?

Je peux vous en parler concrètement, mais je ne pourrais pas aller dans le détail. Mais c’est une relation qui se renforce, il n’y a aucun doute. Je vois comment les différents secteurs impliqués dans la lutte antiterroriste travaillent à travers l’ambassade et entre nos deux gouvernements. C’est un aspect fort de notre relation.

L’Algérie est farouchement opposée au paiement de rançons. Quelle est la position de la Grande-Bretagne sur la question ?

Sans surprise, nous sommes exactement sur la même longueur d’onde : des opposants farouches au kidnapping contre rançon. C’était l’une de nos priorités lors de notre présidence du G8 l’année passée. Le Royaume-Uni et l’Algérie ont donc absolument la même vision.

En termes de coopération militaire, le gouvernement  britannique est-il disposé à vendre de l’armement et de l’équipement à l’armée algérienne ?

Ma réponse sera très courte : oui ! Nous avons un système de licences d’exportation dans le domaine de la défense et ce système étudie tous les cas pertinents. Tant que les autorités délivrant ces licences n’ont pas d’objections, nous n’avons aucune difficulté là-dessus. Il y avait des acteurs du secteur de la défense dans la délégation économique cette semaine. C’est un aspect naturel de notre coopération, au vu des besoins et de l’expérience partagés dans la lutte antiterroriste. Dans le cas où le ministère de la Défense algérien exprime des besoins pour contribuer à la lutte antiterroriste, les fournisseurs britanniques sont bien placés pour aider à répondre à ces besoins.

Le Royaume-Uni craint-il pour la sécurité de ses ressortissants en Algérie ?

Je ne doute pas que vous ayez vu nos conseils de voyage. Ce guide que l’on publie sur le site de notre ministère des Affaires étrangères est une composante importante de nos conseils à nos ressortissants. Pour l’Algérie, il est divisé en 3 catégories : la première concerne les zones frontalières de la Libye et du Mali, pour lesquelles nous déconseillons tout voyage. La deuxième concerne, en général, la Kabylie. Nous conseillons de se limiter aux voyages jugés essentiels. Nous mettons en garde contre le fait de se rendre dans des endroits reculés et nous déconseillons de passer la nuit dans ces régions. Pour le reste du pays, nous conseillons la même vigilance que dans la plupart des pays du monde où il y a une menace terroriste résiduelle. Mais il n’y a pas de raisons pour que nos ressortissants ne viennent pas vivre et travailler à Alger et la plupart des régions du pays.

Connaissez-vous les chiffres de visas délivrés aux Algériens ?

Je devrais, mais je suis désolé, je n’ai pas les chiffres exacts. Nous avons reçu un chiffre de 22 485 demandes de visas en 2013, en hausse de 50% par rapport à l’année précédente.

Vous avez mentionné les risques sécuritaires et l’immigration illégale. L’Algérie est-elle considérée comme un pays à risque dans ces domaines ?

Nous voyons les choses du point de vue de la protection du Royaume-Uni. C’est un système qui vise tout le monde et les risques émanant de toutes les sources. Ce n’est pas particulier à des nations précises. Mais s’il y a un pays qui a une forte tendance, par exemple, pour l’utilisation de faux documents, on fera plus attention aux citoyens venant de ce pays.

Est-ce le cas de l’Algérie ? Fait-elle l’objet d’une attention particulière ?

C’est en effet un problème en Algérie, mais je dirais que ça s’applique à tous les pays, en général.

(Pour regarder l’interview en vidéo (en anglais)

Tewfik Abdelbari

TSA   

l’interview en vidéo (en anglais)

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