Entretien avec Zouani Houria : "Je me console en me disant qu’un jour je rencontrerai ma fille Amel au paradis inchallah"

Dans cet entretien avec Madame Zinou, épouse du journaliste de Liberté assassiné, Mme Zouani dite khalti Houria, qui vient de s'éteindre, maman inconsolable de la jeune Amel étudiante en droit, tuée par les hordes islamistes parce qu'elle refusait de porter le voile, explique pourquoi elle ne pourra jamais oublier et jamais pardonner à ses assassins.

Mme Zinou : khalti Houria comment allez-vous ?

Khalti Houria : Depuis l’assassinat de ma fille Amel mon état de santé s’est beaucoup dégradé. A cela est venu s’ajouter le décès de mon mari en 2003 suite à un infarctus. Je ressens un volcan de colère au fond de moi qui veut exploser et une douleur qui ne cesse d’accroître. Tout cela à cause du terrorisme qui nous a arraché nos enfants, et de la situation politique qui ne s’est pas arrangée dans notre pays.

Comment arrivez vous à surmonter ce drame ?

Cela fait treize ans que Amel a été assassinée, je pense à elle tous les jours, toutes les heures et toutes les minutes, très souvent je lui parle en m’adressant à son portrait, je lui demande est ce qu’elle a souffert pendant que les terroristes l’égorgeaient ? Est ce qu’elle avait peur ? Quelle a été sa dernière parole ? Mais je n’ai aucune réponse.
Je lui raconte souvent ce qui s’est passé après son assassinat, que ses bourreaux sont libres et que la justice n’a pas été rendue, ça me fait mal de lui dire ça mais c’est malheureusement la réalité.

Comment avez-vous vécu la libération des assassins décidée par Bouteflika sans qu’ils soient jugés ?

À chaque fois que Bouteflika sort un décret qui absout les assassins, Amel meurt encore une fois, à commencer par la tragédie nationale jusqu’à la fameuse grâce amnistiante. Tout cela a un impact sur ma santé physique et morale ainsi que sur mes enfants. Il a décidé de décrets de la honte et de la trahison envers nos victimes, il avait promis dans ses discours qu’il ne pardonnerait pas aux intégristes qui ont les mains tachées de sang, il a fait tout le contraire, il nous a trahi. Bouteflika n’a même pas respecté la mémoire des victimes du terrorisme, il a été jusqu’à dire : «Si j’étais à leur place j’aurai fait la même chose», je pense qu’il voulait séduire les terroristes pour rester au pouvoir le plus longtemps possible.

Vous avez perdu votre mari ammi Mokrane quelques années après l’assassinat de Amel, pensez vous qu’il ya un lien avec la situation politique de l’époque ?

Mon mari travaillait à l’APN l’Assemblée populaire nationale, où il était cuisinier. Il était au courant de la manière dont se traitait le dossier des victi- mes du terrorisme. Cela le mettait hors de lui. Il rentrait à la maison en colère, il refusait de manger, j’essayai de le calmer mais en vain. De son côté, il essayait de ne rien laisser paraître devant nos enfants pour ne pas les perturber jusqu’au jour où il a fait son infarctus qui lui a été fatal, depuis j’assume la responsabilité des enfants toute seule, heureusement qu’ils ont grandi, ce sont eux qui m’aident à surmonter mon malheur.

Si Amel devait vous répondre, elle qui était étudiante en droit et voulait être avocate, qu’est ce qu’elle aurait pensé de cette «justice» qui amnistie des égorgeurs et des barbares ?

Quand Amel était étudiante, et qu’elle voyait les événements du FIS, elle était indignée, elle était contre la violence, elle a même participé à la marche des démocrates, et elle pressentait qu’il allait lui arriver quelque chose, mais je la rassurais ....

Comment arrivez-vous à tenir aujourd’hui ?

Moi je n’ai pas pris les armes pour assassiner des innocents, j’ai toujours fait du bien dans ma vie, lorsque je regarde mes enfants je suis fière d’eux, car ils ont tous fait des études, ce sont des bacheliers, ce ne sont pas des terroristes, j’ai tout fait pour leur enseigner la tolérance et le respect de la vie malgré tout ce que nous avons enduré, j’ai fait de mes enfants des citoyens honnêtes pour l’Algérie, Dieu est grand, je me console en me disant qu’un jour je rencontrerai ma fille Amel au paradis inchallah. Mes enfants et mes petits enfants sont ma raison de vivre, mais je ne veux pas mourir sans avoir assisté à une vraie justice où les terroristes seront jugés pour crimes contre l’humanité, c’est mon plus grand souhait.

Si les terroristes vous demandaient pardon, quelle serait votre réponse ?

Jamais je ne leur pardonnerai, et puis je ne peux pas pardonner à la place de ma fille Amel, et même Dieu ne leur pardonnera pas, c’est cruel ce qu’ils ont fait, ils m’ont arraché ma fille, comme ils ont arraché des bébés du ventre de leur maman, comment voulez vous qu’on pardonne alors que la plaie est toujours ouverte, personne ne pourra la refermer jusqu’à ce que je vois les terroristes traduits devant la justice.

Avec la funeste réconciliation nationale, les assassins intégristes ont rejoint leurs familles et leurs enfants, mais moi jamais plus je ne reverrai ma fille. «Manansaou, ma- nassemhou, Bouteflika yakoul rassou !»

(in "Notre ami Bouteflika", ouvrage collectif- Edition Riveneuve. 2010)

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Zouani Houria la mère de Amel, égorgée par des terroristes aujourd’hui sans doute amnistiés.
Le cœur de khalti Houria est fatigué, prématurément usé par la souffrance indicible d’une maman à qui on arrache son enfant innocente et par tant de trahison. Le docteur parle déjà depuis plusieurs années d’une intervention chirurgicale, khalti Houria ne l’entend pas….

"Manansaou, manassemhou, Bouteflika yakoul rassou"1

1. Nous n’oublierons pas, nous ne pardonnerons pas et que Dieu em- porte Bouteflika.

2. Montage Bouteflika.indd 265 28/06/10 12:45:30

Le Matin    

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