La pluralité culturelle : Une chance pour l’Algérie

La pluralité culturelle : Une chance pour l’AlgérieEn 2005 L’UNESCO proposa une convention sur la diversité des expressions culturelles.

1- Extrait du message de la Directrice générale de l’Unesco Madame Erina Bokova prononcé le 21 mai 2013 lors de la journée mondiale de la diversité culturelle :

« En période d’incertitude, la culture dans toute son activité peut procurer aux sociétés un sentiment d’identité et favoriser leur cohésion. Elle est aussi une puissante source de créativité et d’innovation. Aucun développement ne saurait être durable sans elle. »

Après la première mondialisation politique, liée à la création de l’ONU, 40 ans après et après la chute du mur, la deuxième mondialisation économique était perçue comme presque un idéal, sauf pour les altermondialistes, et ils ont eu raison : Au début des années 2000, ils se sont rendu compte que cette mondialisation économique enrichissait les riches et appauvrissait les pauvres.

La mondialisation économique a eu pour conséquence surtout la standardisation culturelle. La convention sur la diversité des expressions culturelles vient s’opposer à cette standardisation. Elle veut préserver les identités nationales et locales, l’obligation de tenir compte de toutes les diversités culturelles pour éviter un immense processus d’uniformisation de la pensée.

Au moment où le monde se standardise, voilà qu’explose la revendication de diversité culturelle.

Comme le souligne Dominique Wolton (Directeur de l’institut des sciences de la communication au CNRS) : « On avait la grammaire économique et sociale il faut aujourd’hui inventer la grammaire culturelle »

Le cauchemar de la diversité culturelle, c’est le communautarisme. La diversité culturelle a existé depuis toujours, mais elle fut le plus souvent niée par les Etats. Les pouvoirs politiques ont toujours dominé sinon écrasé les différences culturelles.

2- Où se trouvent les motivations de cette convention sur la diversité des expressions culturelles et quelles sont ses exigences ?

Nous vivons aujourd’hui, dans un monde où nous devons faire face à la montée des revendications identitaires, qui si elles sont mal gérées sont susceptibles de déboucher sur des conflits d’une extrême violence. Comment gérer cette violence ?

En conclusion, les identités culturelles des individus doivent être reconnues et l’État doit leur accorder une place. Les individus doivent être libres d’exprimer leurs identités sans être victimes de discrimination dans d’autres domaines de leur vie.

Cette question fondamentale est loin d’aller de soi dans un grand nombre de pays, que ce soit dans le monde occidental ou ailleurs. Parce que la difficulté se situe aujourd’hui dans la présence de deux figures de l’autre qui cassent la problématique classique de l’altérité et obligent à repenser les concepts de métissage.

Il y a donc deux types de diversités culturelles : celle à respecter au sein des États-Nations et celle liée à l’ouverture du monde. On parle beaucoup plus souvent de la seconde alors que la première est source de problèmes graves.

En effet par peur de la division et au nom de l’unité nationale, l’État algérien a historiquement relégué les différences culturelles à un malheur : « l’autre » est un danger. La dualité entre « l’un », qui est le nous officiel, et « l’autre » qui est eux, les communautés, a bloqué les chemins de la nuance et de la tolérance. Refermés de plus en plus sur nous-mêmes, le « Nous » est devenu l’ennemi du « Moi-même » et tout le monde en a subi les conséquences douloureuses.

On ne peut pas nier la pluralité et la diversité d’un peuple sans aller vers sa destruction ou vers des guerres fratricides.

Selon les spécialistes, dès qu’il y a une différence de 5° dans le climat, des différences culturelles apparaissent. L’Algérie est un pays vaste avec une diversité climatique riche, allant des cîmes enneigées du Djurjura jusqu’au Hoggar, sans oublier les côtes, les hauts plateaux et les steppes. Cette diversité climatique forge la diversité culturelle, et crée les différences qui sont l’expression intelligente des peuples à s’adapter et à maîtriser le territoire dans lequel ils vivent. Les différentes communautés culturelles ont créé à travers les siècles une culture adaptée à leurs climats et ont forgé un mode de vie qui correspond à leurs conditions géographiques. Ils possèdent à travers leur histoire leur propre mémoire.

Toutes cette richesse est la vraie richesse de la nation algérienne, et son histoire ne peut s’écrire qu’en intégrant l’histoire de chacune des communautés.

On ne peut pas enfermer l’histoire de l’Algérie dans les 50 ans de luttes nationalistes qui ont été certes libératrices. Aujourd’hui, ces luttes doivent justement continuer d’être libératrices.

D’autant plus que c’est avec ces différences culturelles et autour d’un projet qui engage la nation algérienne tout entière que toutes les communautés sont entrées dans la lutte de libération nationale. Au cours de ces luttes libératrices, chaque communauté, chaque région, a contribué avec ses moyens, sa culture, sa connaissance de l’espace, sa vision de la stratégie etc… Et l’Algérie fut libérée entièrement sans aucune amputation territoriale. N’est-ce pas là la meilleure preuve de la solidarité de toutes les communautés et la preuve qu’elles constituent la nation algérienne ? Grâce aux martyrs de cette diversité, de cette pluralité, l’Algérie a vaincu le colonialisme.

A l’indépendance, le devoir de l’Etat était de reconnaître cette pluralité comme constituante de la nation algérienne et comme vecteur important de sa politique. Malheureusement, les politiciens ont persisté dans leur politique qui a consisté à mettre en œuvre tout ce qui peut nier, effacer, cette diversité parce qu’ils craignaient les désunions : « nous sommes tous les mêmes et tous les Algériens sont identiques » cette manière de flouter les identités collectives a fait que l’algérien perdait de plus en plus ses lieux de reconnaissances.

L’Etat a persisté à vouloir prolonger le paradoxe du FLN. Le FLN est par définition un front qui se veut l’association de toutes les tendances politiques autour d’un même et unique projet qui est l’indépendance.

A l’indépendance, le projet ayant abouti, les différentes tendances qui constituaient le FLN aurait dû retrouver naturellement elles aussi leur indépendance et s’exprimer en différents partis. Le paradoxe est que le FLN est devenu le parti unique fait de plusieurs tendances qui survivaient clandestinement en son sein. Notre démocratie était faite d’une pluralité clandestine dans un parti unique, l’Etat comme arbitre  ordonnait l’application de sa politique à chacune des tendances. Une démocratie faite de tacite et d’implicite mais d’une efficacité redoutable pour l’Etat.

La politique du pouvoir s’est caractérisée dès le départ par l’absence d’une conception claire du système identitaire algérien, d’où le verrouillage de l’histoire et de son traitement. Pour satisfaire les volontés des tendances qui couvaient au sein du parti unique, l’état a multiplié les références identitaires empruntées à une mythologie que notre mémoire ne reconnaît pas et qui ne correspondent même pas à notre histoire. Il a combiné des références souvent inconciliables. Par là même, les composantes historiques de cette identité ont été volontairement occultées (telle que la berbérité et notre dimension méditerranéenne. )

Cette multiplication des références identitaires a permis au pouvoir de développer le maximum de facettes pour élargir son jeu politique. Ainsi les gouvernants, en fonction de leurs projets politiques, choisissaient l’espace identitaire à partir duquel ils s’adressaient au peuple. Le pouvoir a pu ainsi se permettre des discours contradictoires à propos de la même réalité, grâce au choix de l’espace identitaire qui de fait définit à son tour une logique de discours.

Cette attitude a brouillé les repères identitaires, empêché le peuple de se rallier autour d’une idée de lui-même qui serait une force. Ce brouillage empêche aussi un véritable ancrage dans l’avenir et fait que la société stagne, patine dans des faux problèmes, et une société qui n’avance pas recule.

Une société qui stagne ou qui a peur ne peut créer les conditions favorables d’un véritable brassage culturel ni assimiler d’autres cultures. L’histoire des influences culturelles prouve que seuls les peuples en progrès sont capables d’assimiler d’autres cultures.

Au sein de toutes les sociétés plurielles, les différentes cultures en présence s’opposent et s’enrichissent pour trouver le chemin vers une symbiose évolutive qui renforcerait la société dans sa globalité et dans sa dimension nationale.

Le brassage n’est ni la juxtaposition ni l’addition de différentes cultures, mais il en est la synthèse. C’est pour cela que la gestion du multiculturalisme dépend du poids du nationalisme dans la société, de son niveau de démocratie et de sa tolérance.

Ce manque de reconnaissance par l’État des spécificités et particularités des communautés a contraints celles-ci à se méfier de la politique du pouvoir qui en a fait des opposants par principe. L’Etat les oblige ainsi à se définir dans l’opposition à lui. Cette attitude ne permet pas aux communautés d’évoluer sereinement, elles sont plus préoccupées par leur rapport agressif à l’État que par leur développement. Dans ces conditions les communautés deviennent de plus en plus sectaires et s’enferment sur elles-mêmes.

Le passage des communautés au stade de la citoyenneté, doit être forgé par leurs expériences dans un rapport serein avec l’État et avec les institutions, sans confiance il n’y a pas de tolérance, sans confiance il n’y a pas d’exigence, sans confiance il n’y a pas d’évolution, sans confiance il n’y a pas d’unité.

Les cultures des peuples s’adaptent aux conditions de leur vie. Si celles-ci sont marquées par l’agression et l’insécurité, les communautés se forgeront une culture fondée sur la défense et la riposte et ne seront pas en paix.

La paix entre communautés se construit par la curiosité des uns par rapport aux autres. En mettant les différentes cultures nationales en compétition positive entre elles. C’est dans une dynamique basée sur l’autonomie et l’échange que la rencontre se fait et que la paix se construit.

La paix des communautés n’est pas un chemin à parcourir mais un cheminement à assumer. Elle n’est pas une technologie qu’on achète, mais des valeurs qu’on adopte et un cadre juridique qu’on construit. En un mot, c’est une attitude mentale avant tout, qui s’obtient et se forge par l’amélioration constante du niveau culturel des sociétés et qui nécessite une volonté politique et un projet de société éclairé.

Les peuples connaissent mieux que quiconque les solutions à tous leurs problèmes.  Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est pourquoi ils n’y accèdent pas. Est-ce à cause de l’incompétence de leurs gouvernants ou à cause d’autres choses ?

Le malheur, c’est que dans la fabrication des réponses à cette question, fondamentale on finit par développer une culture du désespoir, dont le fanatisme religieux n’est qu’une expression parmi tant d’autres.

Les actes qui en découlent sont forcément absurdes et irrationnels dans la démarche, dans le choix de la cible, dans la mesure et dans l’objectif.

Le monde, qui se définit par le rationalisme pour maitriser la situation, les solutions ne peuvent être que rationnelles, sans place pour les comportements irrationnels. Car la solution n’est pas de faire face à la violence, mais de supprimer les causes qui sont à l’origine de cette violence.

A l’heure actuelle, ce qui pourrait représenter un grand danger pour la nation est cette dislocation des communautés entre elles et le manque de confiance en l’État par son impuissance à arbitrer les conflits.

Si nous prenons l’exemple de la Libye, une seule tribu n’était pas favorable à Kadhafi, elle a été la porte d’entrée pour ceux qui l’ont renversé. C’est ainsi que les choses se passent…

La pénétration en Syrie s’est faite aussi par une ville frontière au nord près de la Turquie, où une bourgeoisie puissante, qui s’était constituée grâce à un trafic financier et économique frontalier, a voulu se débarrasser du régime en place qui la gênait. C’est comme cela que ça commence… Il n’y a pas de mystère aux guerres, elles commencent bêtement mais après, il faut beaucoup d’intelligence pour les arrêter. Alors soyons suffisamment intelligents pour les éviter.

Aujourd’hui, nous sommes pris dans le tourbillon de la mondialisation, on ne sait plus si on doit défendre nos langues, nos originalités, comme une richesse de l’humanité aussi petites soient-elles, ou abandonner le combat.

Le plus important aujourd’hui, c’est de revenir vers nous-mêmes pour consolider notre situation à l’intérieur du pays, d’être plus que vigilant sur ce qui se passe chez nous, quel que soit l’endroit, quel que soit la communauté atteinte à l’intérieur de nos frontières, car à l’intérieur de nos frontières, rien n’est loin et tout est à notre porte.

Ce qui est éminemment grave, c’est quand l’impuissance de l’État se conjugue avec le silence du peuple. Parce que l’État n’a pas le droit d’être impuissant et le peuple n’est pas de son intérêt d’être silencieux. Un des deux doit bouger : lequel ? Seul l’avenir nous le dira.

Liberté  

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