Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole du Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA) et chargé des relations extérieures du MNLA

«Il y a une opportunité pour trouver une solution à l’équation touareg»

«Il y a une opportunité pour trouver une solution à l’équation touareg»Le constat est partagé par tous : le courant ne passe plus entre Bamako et les groupes rebelles du Nord depuis une année.
Pour reprendre les négociations, le nouveau ministre malien de la Réconciliation vient d’élaborer un plan de relance de dialogue. De leur côté, les mouvements touareg viennent d’entamer des consultations en vue, en bout de course, d’homogénéiser leurs positions et élaborer une plateforme commune de revendications. Hama Ag Sid Ahmed a bien voulu nous éclairer sur les étapes qui restent à franchir avant de voir les deux parties réunies autour d’une même table pour négocier.

-Les responsables du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) viennent, selon nos sources, d’ouvrir le débat à l’intérieur des structures du mouvement pour préparer les négociations avec le gouvernement malien. Confirmez-vous cette information ?

C’est le cas du MNLA et de ses courants politiques. Actuellement, les responsables de ce mouvement mènent effectivement depuis le 29 avril des consultations internes à Kidal. S’agissant du HCUA, les discussions devraient avoir lieu, dans la même localité, dans le courant du mois de mai. Les leaders du HCUA préparent d’ailleurs activement ce rendez-vous important. Ils travaillent sur une feuille de route politique devant prendre en ligne de compte des préoccupations précises. Les discussions sont destinées aussi à préparer des rencontres devant avoir lieu en Algérie. Il est convenu que cela sera à Alger où les mouvements touareg se rencontreront pour préparer les futures négociations avec le pouvoir central malien. J’espère juste que tout se passera comme prévu.

-Voulez-vous dire qu’il y a des risques que ce cycle de discussions soit contrarié ?

Les appréhensions portent surtout sur le volet sécuritaire. Les rencontres dont je viens de vous parler interviennent dans un contexte sécuritaire tendu à Kidal. Il y a à peine quelques jours, une voiture de la Minusma a sauté sur une mine. Plusieurs soldats des Nations unies ont été grièvement blessés. Naturellement, la population de la capitale de l’Adrar Ifoghas redoute que des groupes terroristes viennent perturber ces rencontres importantes. Comme je viens de vous le dire, ces concertations permettront à chaque mouvement de faire son bilan, ses critiques et de tenter de trouver des solutions aux querelles internes qui les minent. Cela est surtout valable pour le MNLA. Mais au-delà, ces rencontres sont déterminantes pour nous et pour l’avenir de toute la région. Et nous ne perdons pas de vue qu’il y a, peut-être, des gens qui ne veulent pas d’un règlement de la crise. D’où nos craintes et notre méfiance.

-Vous présentez le MNLA comme un mouvement miné par des querelles internes. A quoi celles-ci sont-elles dues ?

Le MNLA risque effectivement l’éclatement s’il ne consolide pas, lors de cette rencontre de Kidal, la cohésion de ses composantes militaires et politiques. Celle-ci s’est considérablement lézardée depuis la signature, en juin 2013, de l’accord de Ouagadougou. Un accord qui, faut-il rappeler, a été bâclé.

-Concrètement, comment sont menées les rencontres dont vous parlez ?

Des commissions techniques travaillent déjà depuis plusieurs jours pour présenter un projet aux assemblées présentes dans la ville de Kidal. Il y aura des débats critiques sur la représentativité des mouvements aux niveaux politique et militaire. Il s’agit globalement de nous entendre sur un repère et un cap politique cohérent afin de permettre à ceux qui sont sur le terrain de se retrouver..., de s’unir à nouveau. Il est important de recréer une symbiose entre tout le monde. Ce travail est plus que nécessaire dans la mesure où il facilitera le travail aux pays impliqués dans ce processus de règlement de la crise que vit la région depuis plusieurs années. Déçus, les sympathisants des différents mouvements touareg attendent beaucoup de ces consultations. Mais en même temps, il ne faut pas tomber dans un excès d’optimisme. Les choses prendront certainement du temps pour se dessiner.

-Pourquoi une si grande prudence ? Les deux mouvements donnent pourtant  l’impression de regarder dans le même sens malgré leurs divergences...

Il ne faut pas se voiler la face. Les querelles internes sont profondes. Et personnellement, je ne pense pas que tous les problèmes seront solutionnés lors des rencontres de Kidal. A mon avis, les discussions seront focalisées sur des aspects plus techniques que politiques. Ce qui serait d’ailleurs une grosse erreur de la part des mouvements car il y a évidemment beaucoup de travail à faire sur ce plan-là.
Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que le MNLA est constitué ou est assis sur des courants militaires et politiques autonomes.

Chaque courant voudra probablement valider ses priorités. Les insatisfaits pourraient faire défection. Ce qui n’est pas une bonne chose pour l’existence militaire et politique de ce mouvement. Or, le défi justement est de faire en sorte à ce que les mouvements présents à Kidal entament une réflexion sur les prochaines négociations. Cela signifie qu’il faut impérativement commencer à travailler sérieusement sur un projet de revendications cohérent. L’idéal serait que ce projet politique soit peaufiné et pourquoi pas ficelé lors de la prochaine rencontre des mouvements touareg prévue  en Algérie.

-Quel devrait être, justement, l’ordre du jour de la rencontre que vous aurez en Algérie ?

Je vous informe que certains responsables politiques de l’Azawad ont déjà séjourné en Algérie au début du mois d’avril pour aborder un certain nombre de questions cruciales et difficiles avec les autorités algériennes. La prochaine rencontre des représentants des mouvements touareg qui aura lieu dans ce pays aura pour objet de travailler et de valider un document politique qui serait la base lors des futures négociations avec le gouvernement malien. Ce projet de revendications va se préparer avec l’ensemble des représentants des mouvements dans les prochaines semaines. Il s’agit d’amener les mouvements à parler d’une seule voix. En clair, il s’agira d’élaborer un document commun de revendications. Mais, comme je vous l’ai dit, nous n’en sommes pas encore là.

-En quoi exactement l’Etat algérien pourrait-il vous aider ?  

Le ministère algérien des Affaires étrangères aura un grand rôle à jouer pour atteindre ce résultat et aider les mouvements touareg à fusionner. L’aide de l’Algérie pourra bien évidemment aussi nous permettre d’avoir une plateforme commune des revendications. C’est d’ailleurs le souhait aussi des pays du Sahel qui se sont réunis à Alger récemment. Si l’objectif se réalise, cela va permettre d’aller, dans quelques mois, vers des négociations avec le gouvernement malien. Ceci dit et je le répète, il impose que les mouvements touareg se préparent, en amont, très sérieusement à ces négociations.

Il s’agit de mettre clairement en évidence les aspirations et les attentes réelles de nos populations qui vivent depuis trop longtemps dans l’asphyxie. Il est impératif que la population soit représentée à ces négociations par des responsables militaires et politiques touareg crédibles, reconnus et surtout expérimentés. Je dis non à l’amateurisme. Ce n’est que de cette manière que l’on évitera les dissensions et une atomisation des Touareg. Une chose est certaine, les négociations avec Bamako dépendront des conclusions des prochaines rencontres prévues en Algérie entre les représentants de nos différents mouvements. Il s’agit de la dernière ligne droite avant l’ouverture du dialogue entre les mouvements de l’Azawad et le pouvoir central malien.

-Sentez-vous une réelle volonté de la part du gouvernement malien de trouver une solution durable à la crise que vit le nord du Mali ?

Le nouveau ministre malien de la Réconciliation, M. Zahabi, et le nouveau «Monsieur dialogue» désignés récemment par le président malien ne cessent de clamer «haut et fort» qu’ils attendent avec impatience les conclusions des prochaines rencontres en Algérie pour décider d’un calendrier et mettre en place les conditions pour engager des négociations directes avec les mouvements touareg. A mon sens, ces négociations ne se feront pas sans difficultés, car le gouvernement malien cherchera encore à gagner du temps malgré sa volonté affichée d’engager des discussions politiques. Pour éviter toute impasse, les membres de la communauté internationale impliquée au Sahel et en particulier au Mali doivent jouer pleinement et concrètement leur rôle auprès des parties en conflit. En tout cas, il y a une réelle opportunité pour le président Ibrahim Boubacar Keïta, les pays de la région et la communauté internationale pour trouver une solution politique durable à l’équation touareg.

 
El Watan 

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