Entretien avec Merzouk Yacine, président d’INAS

« Même si aujourd’hui,  l’enseignement de tamazight, ma foi, n’est plus un tabou, il demeure encore au stade du militantisme. »

Merzouk Yacine Président d’INAS à Berberes.com Au terme de la fête de fin d’année scolaire 2012-2013, organisée par l’école de tamazight INAS, le 9 juin 2013 au parc Villeray, le président, Merzouk Yacine, a accepté volontiers de partager avec nous la mission, l’histoire et le parcours de l’unique école de l’enseignement de tamazight de la province de Québec.

Azul a Merzouk! Tout d’abord pour ceux qui ne connaissent pas INAS, parlez-nous brièvement de ce pour quoi INAS a été créée?

Merzouk Yacine : Azul fell-am a Saliha! INAS a été créée en janvier 2009 pour répondre essentiellement au besoin de la communauté kabyle, en particulier, et de la communauté berbère en général, quant à l’enseignement de tamazight à Montréal. À ce moment-là, il y avait sur le terrain de nombreuses associations qui œuvraient pour promouvoir notre culture. Toutefois, l’enseignement de tamazight n’a pas été pris en charge particulièrement à Montréal. Comme vous le savez, l’enseignement de tamazight est l’essence même de la revendication berbère qui s’inscrit dans le combat pour son officialisation.  L’objectif de cet enseignement, c’est aussi d’encadrer nos enfants, car il est important qu’ils sachent que leur langue maternelle s’écrit et se lit à l’instar des autres langues. En fait, nous ne voulons pas que nos enfants s’intègrent dans une culture en se désintégrant, en perdant leur propre culture. Il nous appartient de leur faire prendre conscience de leur identité. Comme on dit, avant d’être citoyen du monde, il faut être citoyen de son village d’abord. Le problème c’est quand on ne sait pas d’où l’on vient, on ne saurait pas où aller.

De plus, INAS veut contribuer à faire sortir la revendication identitaire de la Kabylie et de l’Algérie en donnant à notre culture une dimension universelle, même si aujourd’hui, l’enseignement de tamazight, ma foi, n’est plus un tabou, il demeure encore au stade du militantisme.  

Enfin, INAS s’interdit toute activité politique ou confessionnelle. Notre activité est purement culturelle et se consacre exclusivement à l’enseignement de tamazight. Cela dit, nous sommes attachés à nos valeurs de laïcité, de liberté, de démocratie et du respect des droits de la personne.      

En plus de l’enseignement, est-ce qu’INAS s’adonne à d’autres activités?

En effet, nous célébrons Yennayer afin que nos enfants sachent qu’ils ont un Nouvel An à fêter et qu’ils peuvent célébrer. Puis, nous organisons la cérémonie de récompense à chaque fin d’année scolaire où nous remettons des prix de persévérance pour tous les élèves et des prix d’assiduité et d’excellence pour les plus méritants.

Par ailleurs, nous avons organisé trois levées de fonds, toujours pour pallier les dépenses relatives aux charges de l’enseignement, car les cotisations et les frais scolaires que paient les parents d’élèves sont insuffisants. En fait, il s’agit des deux galas de mars et de novembre 2011 et le couscous-bénéfice de novembre 2012.  

Quelles sont vos sources de financement?

Les principales sources de financement de l’école INAS  sont les cotisations des adhérents, les frais scolaires que paient les parents d’élèves, les entrées des levées de fonds  comme je l’ai mentionné tout à l’heure. De plus, il y a de généreux donateurs de la communauté : des commerçants, des agents immobiliers, de simples citoyens qui nous aident de temps en temps. Voilà de quoi vit INAS pour l’instant.

Pourquoi INAS ne bénéficie toujours pas d’un financement du gouvernement provincial qui pourtant encourage à travers le PELO (Programme d’enseignement des langues d’origine) l’enseignement des langues d’origine?

Effectivement, le gouvernement québécois encourage l’enseignement des langues d’origine, mais pour bénéficier de ce programme (PELO), il faut remplir des conditions vraiment drastiques. En fait, parmi les conditions, il faut avoir un minimum de 15 enfants dans le même cycle et dans la même école. Il faut savoir qu’il y a trois cycles au primaire : le premier touche la 1re et la 2e année, le deuxième touche la 3e et la 4e année et le troisième touche la 5e et la 6e année. Donc, trouver 15 enfants kabyles par cycle ici à Montréal, ma foi, n’est pas chose facile (rire), pour ne pas dire impossible. Même quand nous avons pris contact avec le responsable de la Commission scolaire de Pointe-de-l’Îles pour vérifier les statistiques, la recherche sur la base des noms « amazighe », « berbère », « kabyle », pour désigner la langue d’origine, même tous confondus,  n’a pas donné le résultat attendu, à savoir 15 enfants par cycle dans la même école.

Ce qui nous amène à déduire, en partie, que la communauté kabyle vit dispersée, nous ne vivons pas dans le même quartier, nous n’avons pas de ghetto. Puis, à ma connaissance, il y a aussi ceux qui mettent dans les fiches d’inscription pour l’école « arabe » ou « français » au lieu de « berbère » ou de « kabyle » pour désigner la langue maternelle, et ils sont nombreux.  Cela ne nous aide pas évidemment. Nous lançons, à cette occasion, un appel à la communauté pour rétablir ou d’inscrire « kabyle » ou « berbère » pour désigner la langue maternelle quand c’est le cas.

Contrairement à ce qui se passe dans la province d’Ontario. Il y a un organisme autonome qui prend en charge l’enseignement des langues d’origine. En plus, pour en bénéficier, les conditions sont allégées et plus souples que celles du Québec. Il suffit d’avoir 15 enfants dans une école primaire ou 15 enfants dans une école secondaire.   

Pour le moment, nous faisons le suivi à notre niveau en demandant aux gens de noter l’adresse de l’école que fréquentent leurs enfants sur la fiche d’inscription et dès que nous constatons que nous avons a atteint le nombre requis de 15 enfants, nous interviendrons en lançant une demande pour bénéficier du programme. Sinon, jusqu’à présent, nous ne remplissons pas encore les conditions. Nous voulons également, à l’avenir, prendre contact avec les autres communautés et les autres associations qui connaissent la même situation que la nôtre pour approcher ensemble le ministère en vue d’assouplir un peu les conditions d'admission actuelles du PELO.

Peut-on dire que le rôle des Berbérophones dans le maintien de l’enseignement de Tamazight à Montréal, voire au Québec et au Canada, est déterminant?

Le maintien de l’enseignement de tamazight est très important pas seulement à Montréal, mais partout où se trouve la diaspora berbère. Par ailleurs, les Berbérophones tiennent beaucoup à leur langue et ont pris conscience qu’il est important d’enseigner cette langue et de la maintenir en vie. Notre langue a survécu certainement grâce à la transmission orale de nos mères.  Mais, aujourd’hui, nous savons que la langue orale est menacée de disparition, son maintien passe fondamentalement par son enseignement.  À Montréal, il y a de l’engouement vers INAS. Il y a quatre ans depuis qu’INAS est née et elle ne cesse de grandir. Les gens nous approchent de plus en plus.

INAS a réalisé, en avril dernier, un sondage auprès de la communauté. Quels ont été les objectifs de ce sondage et quels ont été ses résultats?

Bien! Merci pour la question. Il y a beaucoup de gens de la communauté qui nous ont reproché de ne pas avoir diffusé l’information sur INAS. Cela fait quatre ans qu’INAS existe et nous entamons bientôt la cinquième année, puis il y a des gens qui nous disent qu’ils n’ont pas  entendu parler d’INAS par manque d’information. Alors, l’objectif de ce sondage est d’abord de voir quel est le meilleur canal pour informer les gens : est-ce par le bouche à oreille, est-ce à travers les médias classiques, à travers les réseaux sociaux ou sur Internet, etc. afin de toucher ensuite un maximum de personnes dans le but d’agrandir INAS par l’inscription des enfants, des adhérents et les bénévoles.

Alors, ce sondage nous a aidés à nous fixer en  cernant les meilleurs moyens de communication et les attentes des gens qui y ont répondu.  Puis ce sondage, l’unique que la commission de communication a réalisé, a donné ses fruits. C’est grâce à lui que plusieurs bénévoles, environ une trentaine, se sont présentés et nous ont aidés dans le grand événement du 9 juin et leur participation nous a été d’un grand secours.                 

Aujourd’hui, INAS a fêté sa quatrième fin d’année scolaire consécutive. Comment était le déroulement de cette journée particulière?

Aujourd’hui est une journée spéciale. Nous sommes très contents de fêter la fin d’année scolaire berbère, cette fois-ci dans un parc, dans un climat tout à fait festif. Nous nous attendions à recevoir 300 ou 400 personnes et nous nous retrouvons avec plus de 700 personnes. Les enfants ont eu beaucoup de plaisirs en jouant aux jeux gonflables et au soccer. Les adultes aussi ont passé des moments agréables avec la scène artistique et des moments émouvants lors de la remise des prix pour leurs enfants. Nous sommes également contents de l’organisation du service et de la sécurité qui se sont déroulés sans incident grâce à nos bénévoles.

En somme, c’est un bilan positif et cela nous encourage à renouveler l’expérience pour l’année prochaine toujours en plein air. Même si nous n’avons pas eu assez de temps de préparation cette année, nous comptons faire plus l’année prochaine.

Comment peut-on prendre contact avec INAS pour les parents qui veulent inscrire leurs enfants à l’école?

Pour ceux qui veulent prendre contact avec INAS, ils peuvent m’appeler au 514 967-4799 et demander Mezouk Yacine, et appeler les membres du conseil d’administration Mustapha au 514 219-2250 ou Chabane au 438 765-3665. Ils peuvent le faire  aussi par courriel à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Un dernier mot?

Je remercie d’abord tous ceux qui ont pris part à cette fête à commencer par les bénévoles, les services de sécurité, les cuisiniers, les commanditaires de cet événement. Puis, je remercie les membres du conseil d’administration qui travaillent d’arrache-pied à longueur d’année et la Commission de communication d’INAS qui a travaillé fort aussi. Je tiens à remercier particulièrement les enfants qui fréquentent notre école, qui sacrifient leur samedi matin pour étudier leur langue sans oublier leurs parents ainsi que tous les amis d’INAS, qui sont nombreux, et tous les invités d’aujourd’hui.

Saliha Abdenbi

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