FARID FERRAGUI

« Je suis un produit de mon public et de mes efforts »


FARID FERRAGUI
« Je suis un produit de mon public et de mes efforts »À l'occasion du concert de musique kabyle qui se donnera aujourd'hui, le 30 mars 2013 à 20 h, à l'Auditorium du Patro-Le-Prevost de l'avenue Christophe-Colomb de Montréal, organisé par le Groupe Berbanya, nous avons eu le plaisir de rencontrer, le chantre  de la chanson sentimentale, le virtuose à la voix de rossignol, Farid Ferragui, qui s'est livré généreusement en répondant à nos questions.

C'est  la première fois que vous venez  à Montréal. Quelles sont vos impressions?

Au début, je craignais le climat, mais en fait c'est chaleureux. Cela me rappelle des images de Paris des années 70 quand on arrive en visite, nous sommes bien accueillis et entourés par notre famille et nos amis, ce qui se perd malheureusement aujourd'hui en France. Mais, ici, c'est très présent. Il y a un élan d'enthousiasme de la part des gens très réjouissant. J'ai senti beaucoup de fraternité.

Quelles sont vos influences premières ? Qu'est-ce qui a créé la fibre romantique en vous?
Les montagnards sont tous sentimentaux. Je n'ai pas été très loin dans mes paroles. Mes chansons vont de cœur à cœur. Elles viennent du quotidien, du vécu du peuple. Mes sources d'inspiration peuvent être multiples et peuvent venir d'une situation politique, d'un cas social, de mon enfance, etc. d'où mes chansons touchant à la politique, au social ou encore au sentimental.

L'amour maternel, tant sacralisé, a occupé une place prépondérante dans la poésie kabyle. Avez-vous le sentiment,  après 32 ans de carrière, que l'amour d'une femme ou d'un homme  est en train de se frayer un chemin vers la liberté ou c'est encore tabou ?  
Il y a certainement une évolution. Aujourd'hui, on parle de liberté de la femme et une femme est libre de refuser un prétendant, de parler de son fiancé, elle étudie, elle travaille, etc. Avant, il n'y avait que l'artiste qui pouvait changer les choses et influencer la société, notamment kabyle. Aujourd'hui, il y a l'écrivain, l'homme de théâtre, le sociologue, l'homme politique, etc. L'artiste est le mieux placé pour toucher la société plus qu'un homme politique ou autre. Les gens s'identifient à lui et se voient à travers lui. L'artiste attire aussi l'attention sur certaines questions et les gens en débattent. Il tire la sonnette d'alarme au besoin.   
En ce qui me concerne, j'ai beaucoup chanté l'amour dans toutes ses dimensions dans le respect des mœurs et de la tradition. J'ai aussi évité la discrimination. J'ai donné une part au social, au politique, etc. J'ai chanté " Attan terzef-d ", une autre pour l'amour des parents " A baba ", " A yemma ", " El waldine ", ou encore " Attan deg wexxam latettru ", etc.
Mais, le tabou entoure aussi l'amour d'une mère : je n'ai jamais dit à ma mère " je t'aime " ni d'ailleurs à mon père ou à mon frère, à cause de la pudeur et de certains blocages. Mais, mes enfants ont bénéficié d'une certaine liberté. Nous nous donnons des câlins, nous nous offrons des fleurs, etc.    

Trente-deux  ans de carrière qui correspondent à trente-deux  ans de vie artistique des plus inaccoutumées : vous avez organisé vos propres spectacles dans le passé, vous ne cultivez pas votre image, vous ne faites pas de clips, vous vous absentez de la scène à plusieurs reprises, donc de l'industrie artistique, etc. Pensez-vous que l'art et les affaires s'opposent ? Vivez-vous un choc des valeurs ?
Effectivement, je m'absentais de la scène. Il y a des causes et des zones de turbulences qui ont provoqué ces absences. J'avais aussi d'autres priorités, notamment familiales.
Quant à la raison pour laquelle j'ai pris en charge mes propres spectacles, c'était pour me préserver de  l'humiliation des milieux du show-biz. Je ne tape pas à la porte, je préfère d'ailleurs ma médiocrité que celle des autres, on gagne au moins sa liberté. En plus, je ne suis pas un homme " à argent " bien que j'aurais aimé être à l'abri des aléas de la vie comme tout le monde et laisser tomber le fardeau de la production, de l'organisation, etc. qui n'est pas mon métier. Je suis un artiste et un artiste ne peut pas porter ce fardeau.
Je suis un artiste autonome, indépendant et je ne me suis jamais affilié à un parti politique. Je suis un produit de mon public et de mes efforts. Je ne dois qu'à mon public et aux gens qui m'ont soutenu.

 La chanson " Nekk d yiman-iw " de votre dernier album, sorti en 2012, est  d'apparence un dialogue interne, mais ne représente- t-il pas une sorte de temps d'arrêt où vous vous livrez à un plaidoyer en faveur de l'artiste Farid que vous êtes ?  
Je suis content d'avoir sorti cet album. Dans " Nekk d yiman-iw ",  je suis revenu sur mon enfance douloureuse et mon passé que j'ai toujours fui. Quand on n'arrive pas à affronter son passé, on le fuit, on le renie. Avec cette chanson, j'ai réglé mon compte avec moi-même, c'est comme une thérapie pour moi. Comme vous pouvez le constater, Farid d'aujourd'hui demande pardon à Ali, l'enfant d'hier et à la fin ils se réconcilient.
 
Que réservez-vous au public de Montréal ? Quel est votre programme ?
Je suis quelqu'un de spontané, je n'ai pas de discours pour mon public. Je ne suis pas une star, je suis comme tout le monde. Je souhaite être à la hauteur des attentes de mon public.

Un dernier mot ?
Je demande pardon si je me suis trompé. Je suis quelqu'un qui n'a pas de protocole. Je parais comme je suis.

Entretien réalisé par Saliha Abdenbi

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