Nabil Othmani. Poète et musicien touareg :

Il ne faut pas qu’un musicien disparaisse pour qu’on se souvienne de lui

Nabil OthmaniLe nouveau son touareg est arrivé. Chanté en tamasheq, bercé par des mélodies occidentales. Nabil Othmani, artiste montant de cette nouvelle scène, dénote par son empreinte avant-gardiste.

- Parlez-nous de votre nouvel opus Tamghart in...
Cet album est assez particulier, puisqu’il vient juste après l’enregistrement de l’album Awalin, réalisé en collaboration avec Steve Shehan, un ami de mon défunt père, Baly Othmani. Tamghart in est sorti en janvier chez le label français Reaktion et conjointement chez Belda Diffusion. Cet album mélange deux modes, traditionnel et occidental, et les chansons que j’ai composées oscillent entre tradition touareg - avec l’introduction de ma grand-mère Khadidja - et sonorités occidentales - avec la guitare ou encore le oûd. Les treize titres ont été enregistrés entre Djanet et la France.

- Quels sont les thèmes traités dans l’album ?
Dans mes concerts, je rencontre différents publics et je pense qu’il est préférable pour un artiste de parler le même langage qu’eux. Même si les langues sont différentes, le feeling passe très bien et les gens sont touchés par ma musique. Les thèmes sont donc universels : l’amour, l’exil, la mère ou le désert, autant de sujets qui me préoccupent et dont j’aime parler. Mes compositions sont instantanées, puisqu’il m’arrive de composer partout. Je ne m’inspire pas forcément de mon environnement, les souvenirs font surgir des émotions qui me permettent d’écrire.

- Tamghart in, Djanet, Nek Ahal Wagh… des compositions personnelles ?
Effectivement, la plupart des titres sont mes propres compositions. Le titre La Hellé a été composé par Khadidja Othmani et Ahloumaq At par Robin Audfray. Plusieurs musiciens ont activement participé à cet album, Ismaïl Khabou à la derbouka, Barka Beltou et Sanou Ag Ahmed à la guitare acoustique, Keltoum Othmani au tindé, Cath Legras au piano, Guillaume Chosson au violoncelle… pour ne citer que ceux-là.  

- Qu’est-ce qui a forgé votre identité artistique ?
Certainement mon père qui m’a donné l’envie de faire de la musique et transmettre tout ce que cet art peut donner aux gens. Sa musique était une inspiration pour beaucoup de musiciens. A ses débuts, il a rencontré beaucoup d’obstacles, car il était le premier à avoir introduit le oûd, un instrument arabe dans la tradition musicale touareg. C’est aussi cela qui lui a valu la reconnaissance de tous. D’un autre côté, ma musique se définit par les alliances musicales. Je me produis avec deux groupes différents, Timtar et Tihidjal. Je joue de la guitare avec le premier, et du oûd avec le second. Je dois dire que dans ma famille, tout le monde fait de la musique depuis des générations ! Ma grand-mère Khadija, joueuse de tindé, est une chanteuse très connue. Il y a aussi mon oncle Othman Othmani, sans oublier mon défunt père Baly. Aujourd’hui, ma sœur Houda, mon jeune frère qui a un groupe à Djanet, et moi-même tentons de porter la musique au plus grand nombre et faire connaître les traditions de notre région.

- En quoi votre style diffère des autres groupes, notamment Tinariwen ?
Aujourd’hui, on assiste à une véritable explosion des groupes touaregs au Burkina, en Mauritanie, au Mali, au Niger… d’autant plus que le groupe Tinariwen est reconnu et identifiable sur les scènes du monde. Mon style est d’abord une composition de plusieurs genres : reaggae, tindé traditionnel touareg, guitare ishumar et rock. La différence avec un groupe comme Tinariwen, c’est que mes textes sont en tamasheq, mais les mélodies sont différentes. Tinariwen compose sur des mélodies touareg. C’est un choix personnel pour chaque artiste. Tinariwen est un groupe connu mondialement, qui a son empreinte musicale, un style reconnaissable parmi tant d’autres.

- Poursuivre l’œuvre de votre père est-il un but ?
C’est une partie de mon travail, car mon père nous a légué une musique typique. En même temps, je dois développer ma carrière et fabriquer ma propre empreinte.

- Quel serait le moyen le plus efficace pour sauvegarder ce patrimoine ?
A mon sens, c’est aux gens de Djanet de travailler pour préserver ce riche patrimoine musical qui constitue notre identité. Les efforts doivent être engagés en donnant les moyens aux jeunes de faire la musique qui leur ressemble et qui parle de leurs préoccupations et héritage. Par la suite, l’enregistrement des doyens de la musique targuie est primordial si on veut garder quelque chose de cette tradition. La dernière joueuse d’imzad de Djanet est morte sans que l’on pense à enregistrer ses compositions, il ne faut pas qu’un musicien disparaisse pour qu’on se souvienne de lui…

Bio express :
- Avant que son père Baly ne lui offre sa première guitare, Nabil lui empruntait souvent son oûd… Il avait treize ans. Le talent a fait le reste. Percussionniste dans le groupe de Baly, il a participé à plusieurs concerts à Alger, dont le dernier lors du Panaf’. Après le décès prématuré de son père, Nabil a pris le relais du groupe et s’est produit sur différentes scènes, à Anvers, Amsterdam, Montréal, Aulnay-sous-Bois et Achères (festival Africolor) et l’été 2009 lors du Festival panafricain à Alger. Il a également commencé avec Steve Shehan, un musicien et ami de son père, une collaboration qui l’a amené sur la scène du Sunset à Paris en décembre 2008, et avec ses musiciens guitaristes et percussionnistes une carrière sur les scènes françaises lors de festivals d’été en 2008 et 2009.

- Tamghart In est disponible sur le site des musiques touareg : www.tamasheq.net

EL WATAN

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