Bouteflika-Toufik : le TPI et l'Onu agités contre le DRS ! (III)

Bouteflika-Toufik : le TPI et l'Onu agités contre le DRS ! (III)Bouteflika n’aura le feu vert pour le troisième mandat qu’en novembre 2008, lui qui a annoncé la révision de la Constitution pour décembre 2006 !

Durant ces deux années, un incroyable bras de fer avait opposé le chef de l’État au DRS de Toufik, une partie dans laquelle s’était invité Nicolas Sarkozy (voir nos deux précédents articles), mais aussi les islamistes du Front islamique du salut (FIS, dissous) et ceux de l’Armée islamique du salut (AIS), à qui le Président avait accordé en catimini le droit de revenir à la politique, à charge pour les islamistes de faire du 3e mandat leur affaire.

Madani Mezrag, arrogant, annonce, le 16 août, en conférence de presse, la création prochaine d’une nouvelle formation politique qui succéderait au FIS. "Des droits politiques et civils nous ont été accordés dans le cadre de l’amnistie, et notamment la participation aux élections, et ces droits inquiètent déjà certaines personnes influentes au pouvoir, qui cherchent à nous barrer la route. Nous concrétiserons ce projet s’il le faut sans l’approbation du ministre de l’Intérieur", ajoute-t-il, laissant entendre l’appui direct de Bouteflika.

Le dit ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni en l’occurrence, se résigna à confirmer, le 2 septembre, les propos de Mezrag : "Les activistes de l’Armée islamique du salut dissoute, qui ont fait part de leur intention de revenir à l’activité politique dans un nouveau parti, peuvent présenter leurs dossiers !" Mais deux jours plus tard, le mardi 4 septembre, le même ministre Zerhouni se rétracte à partir de Jijel, déclarant devant des journalistes ébaubis : "Tout retour des responsables du parti dissous sur la scène politique est exclu. Ceux qui évoquent aujourd’hui le retour des anciens responsables du FIS à l’activité politique semblent oublier que la plaie du terrorisme est encore ouverte".

Le DRS venait de faire capoter un autre plan de Bouteflika. Le troisième mandat s’éloignait de plus en plus. Mais Bouteflika ne s’avoue pas vaincu : il va retourner la situation avec l’aide de l’épouvantail TPI.

Sarkozy à peine parti d’Alger, un mandat d’arrêt est émis en France le 7 décembre contre un officier de la Sécurité militaire (devenue entre-temps le DRS : Département du renseignement et de la sécurité). L’homme est désigné comme un des assassins d’Ali Mécili, cet opposant proche d’Aït-Ahmed, assassiné dans le hall de son immeuble parisien, le 7 avril 1987.

La résurgence, à cette période précise, d’une affaire vieille de vingt ans, semblait troublante. Il reste que dans la guerre d’ombres qui l’opposait à la hiérarchie militaire, l’opportunité était la bienvenue pour rappeler aux généraux leur vulnérabilité et les neutraliser.

La renaissance de l’affaire Mécili n’avait pas fini de secouer les hommes du général Toufik que, quatre jours plus tard, le 11 décembre, fusa l’innocente interrogation : qui avait commis les deux attentats à la voiture piégée qui venaient de tuer entre 50 et 72 personnes à Alger et détruit le siège du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ainsi que celui du Conseil constitutionnel ?

La question, qui désignait d’un doigt nonchalant les généraux, venait au bon moment pour Bouteflika : elle suggérait, au mieux, l’incompétence du DRS de Toufik, au pire, son implication dans le crime. Le Président profitera intelligemment de l’aubaine.

Le 19 décembre, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, insinue, à Alger, que les États membres sont responsables en premier ressort de la sécurité du personnel des Nations Unies. Bouteflika, heureux d’isoler ses rivaux du sérail, laisse dire…

Le lendemain, le syndicat des fonctionnaires des Nations Unies demande une «enquête indépendante» sur les attentats, signifiant par-là que l’ONU n’accordait aucun crédit aux enquêteurs d’Alger et à la "version Al-Qaïda" Les ministres et les organisations satellites reçoivent d’El-Mouradia l’ordre de se taire. Ce réquisitoire de l’ONU qui établissait "l’incompétence" de Toufik si ce n’est son «implication», venait à point nommé.

Le quotidien Liberté s’étonne de la passivité du président Bouteflika : "Il faut tout de même relever l’absence de la diplomatie nationale à ce moment précis où le pays fait face à une campagne de désinformation semblable à celle que l’Algérie a connue il y a dix ans."

Le 14 janvier, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon franchit le Rubicon : il crée sa commission d’enquête après avoir reçu de ses services un rapport préliminaire sur ces attaques. On le saura plus tard, ce rapport était accablant pour le pouvoir algérien.

Bouteflika, ravi de cette charge contre le DRS, encourage en sous-main l’idée de Ban Ki-moon. L’ordre est donné aux médias de l’État de se faire les relais de la requête de Ban Ki-moon. D’un même élan, le quotidien gouvernemental El-Moudjahid, la télévision d’État, l’agence de presse gouvernementale APS ainsi que les quatre radios d’État diffusèrent généreusement l’information sur la création d’une commission d’enquête de l’ONU !

À la une du quotidien gouvernemental, la photo de Ban Ki-moon côtoie celle de Bouteflika et le titre y est grassement annoncé : «Attentats d’Alger du 11 décembre 2007 : Ban Ki-moon désigne une équipe d’enquête indépendante». Dans l’article, Ban Ki-moon y parle «d’établir tous les faits concernant l’attaque d’Alger».

«Tous les faits» ? Voilà qui sous-entend que les dirigeants algériens ont dissimulé des vérités à l’opinion. Lesquelles ? Et pourquoi le quotidien gouvernemental El-Moudjahid, si prompt d’habitude à brocarder les attaques contre l’État, avait-t-il mis en exergue cette information ?

L’initiative venant de médias dirigés par le palais d’El-Mouradia, elle signifiait que Bouteflika appuyait l’idée de commission d’enquête et allait très probablement accepter de «coopérer» avec l’ONU.

En plein bataille pour le troisième mandat, ce n’était pas négligeable.

Le quotidien gouvernemental El-Moudjahid suggèrera, le 17 janvier 2008, dans un éditorial rédigé en haut lieu et éloquemment intitulé "Une collaboration décisive" que l’Algérie s’acheminait bel et bien vers une collaboration avec les enquêteurs de l’ONU sur les attentats du 11 décembre. "L’Algérie est connue pour la collaboration qu’elle offre dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme, en matière de recueil et de traitement de l’information en vertu de la qualité de l’expérience acquise par ses forces de sécurité."

Belkhadem, alors Premier ministre, rencontre en tête-à-tête Ban Ki-Moon à Madrid. Deux jours plus tard, il annonce triomphalement à Alger : "Nous avons assuré aux responsables de l’organisation onusienne que nous sommes prêts à coopérer avec eux."

Puis Bouteflika porte l’estocade. Il profite du Sommet de l’Union africaine à Addis Abéba pour rencontrer Ban Ki-Moon et lui donner son aval. Ce dernier se dit «encouragé par les arrangements convenus entre l’Algérie et les Nations Unies en ce qui concerne la Commission qui doit enquêter sur l’attaque du 11 décembre".

Bouteflika avait réussi son coup. Il venait de démontrer aux généraux et à ceux qui l’empêchaient d’abroger l’article 74 de la Constitution, qu’il avait le pouvoir de les laisser s’enfoncer dans les sables mouvants de la juridiction international et celui de les en protéger. À eux de choisir… (Fin)

M. B.

Le Matin

 

Lire aussi :

- Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (I)

- Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (II)

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