Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (II)

Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (II)10 juillet. Nicolas Sarkozy débarque à Alger en terrain conquis. Il sait que deux clans l’y attendent. L’un de pied ferme, l’autre avec fébrilité. Le directeur du "Nouvel observateur" qui l’accompagne, écrit : "Les généraux sont loin d’avoir perdu toute influence. L’autorité de Bouteflika tire une bonne partie de sa force de ce qu’il n’existe aucun autre recours politique dans le pays."

Nicolas Sarkozy caresse deux gros projets : l’association entre Gaz de France (GDF) et Sonatrach qui ne paraît avoir d’autre but que d’encapsuler Sonatrach ; l’Union méditerranéenne, son grand dessein méditerranéen dont dépendent une forme de recolonisation déguisée et la réhabilitation d’Israël.

Au même moment, la plus grande banque du pays, le Crédit populaire (CPA), est proposé à cession aux étrangers. Un bloc de 51% du capital doit être cédé à un partenaire stratégique unique, les Algériens ne conservant qu’une participation de 49%.

Sur les six banques étrangères candidates au rachat, quatre sont françaises ! Tout ce pack contre un soutien pour le troisième mandat ! L’Élysée joue la carte Bouteflika sans toutefois s’engager fermement pour un troisième mandat. Il le tient, discrètement, par le nombril. Jean Daniel révèle dans son récit sur la rencontre Bouteflika-Sarkozy : "Le premier partenaire de la France devrait être le président Bouteflika, avec lequel Nicolas Sarkozy a entrepris, depuis longtemps et à l’insu de tous, de tisser des liens d’estime et de sympathie. Il avait son plan. C’est du président d’Algérie que le président français a reçu les premières félicitations, à 20h10, le soir de son élection."

L’Élysée veut déloger les Américains du marché des hydrocarbures, profiter de la faiblesse géopolitique de Bouteflika pour imposer Israël à travers son Union méditerranéenne et racler les élites. Les États-Unis et l’Algérie venaient de signer un protocole d’accord dans le délicat domaine du nucléaire civil. "C’est la signature de ce protocole qui a conduit Nicolas Sarkozy à une stratégie immédiate et offensive, préconisant, outre un rapprochement de GDF et de Suez avec la société algérienne d’hydrocarbures Sonatrach, la fourniture par la France des équipements indispensables à l’édification d’un nucléaire civil algérien. Ce sont ces données qui commandent l’avenir des relations franco-algériennes, franco-maghrébines et euro-méditerranéennes", avoue Jean Daniel.

Sur tous ces points, Bouteflika donne son accord, mais opte pour ne pas l’annoncer. En conférence de presse commune, l’ordre, strict, est de ne surtout pas porter la contradiction au Président Sarkozy. Il sera observé par les journalistes, comme le confirme le journal Le Monde par cette révélation : "Au cours de la conférence de presse, seul M. Sarkozy a pris la parole. Le service de presse avait fait passer la consigne : pas de questions à Bouteflika…"

Le président algérien écoute son homologue français étaler son arrogance sans réagir. "Je suis pour une reconnaissance des faits, pas pour le repentir, qui est une notion religieuse et n’a pas sa place dans les relations d’État à État."

En plus clair, pas question de remords sur la colonisation. Sarkozy enchaîna par l’ambition de l’Hexagone de mettre la main sur Sonatrach. "Nous avons besoin de sécuriser nos approvisionnements en gaz pour le futur (…) On ne peut donc que souhaiter un rapprochement entre les compagnies françaises — GDF, mais aussi Suez et Total — et Sonatrach."

Il termina par l’équation du mépris : on chassera les émigrés sans grande qualification ("On ne peut ignorer la question des personnes en situation irrégulière, à l’égard de laquelle j’ai pris des engagements vis-à-vis du peuple français qui m’a élu."), mais on gardera les cerveaux ("Quant à l’immigration choisie, c’est autre chose (…) Il est normal que, comme c’est le droit de tout pays souverain, nous décidions des critères qui vont nous amener à les sélectionner. Il faut d’ailleurs bien distinguer cette immigration, destinée à répondre aux besoins de la société et de l’économie françaises, de la situation de vos compatriotes qui séjournent en France pour se former et ont vocation à retourner dans leur pays…")

Bouteflika encaisse en silence. L’heure est à gagner les bonnes grâces de la France et des réseaux de Sarkozy pour un troisième mandat. L’honneur national attendra.

La visite de Nicolas Sarkozy à Alger semblait s’être terminée par une brillante victoire de Bouteflika. Le triomphe français semblait total. De Tunis, Sarkozy exulte : "Je crois que le Président Bouteflika est devenu un ardent ambassadeur de l’Union méditerranéenne."

Dans la foulée, le chef de l’État français annonce que le renouvellement des contrats d’approvisionnement à long terme de Gaz de France à partir de l’Algérie était "bien parti", allusion à l’alliance GDF-Sonatrach.

Le lendemain, c’est Bouteflika lui-même qui applaudit au "rapprochement de vision entre les deux bords de la Méditerranée" dans un message à Sarkozy à qui il rappelle que "nos récents entretiens à Alger nous ont permis de constater la concordance de nos visions et la convergence de nos approches quant aux conditions de réalisation du partenariat d’exception entre nos deux pays."

Un grand boulevard s’offrait à la France sur le sol algérien. "Si le président français tient sa promesse de s’engager personnellement dans une coopération maghrébine et méditerranéenne dont l’axe serait en quelque sorte Paris-Alger, le voyage officiel d’État de décembre prochain de Nicolas Sarkozy à Alger pourrait déboucher sur un accord historique", prédit Jean Daniel.

Mais c’était là, parler trop tôt. Le 29 juillet, le ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, annonce le rejet de la proposition française d’alliance entre Sonatrach et Gaz de France. En novembre, les Affaires étrangères évoquent "beaucoup de choses à clarifier dans le projet d’Union méditerranéenne, proposé par le Président Sarkozy" suggérant un possible boycott par le Territoire. Puis, la privatisation du CPA est suspendue par le gouvernement ! Les raisons invoquées seraient liées à "la crise bancaire internationale", mais personne n’est dupe : le DRS de Toufik avait agi.

Le troisième mandat paraît bien compromis. (À suivre)

M. B.

Le Matin   

Lire aussi :

- Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (I)

- Bouteflika-Toufik : le troisième mandat et la main française (III)

 

 

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

August 2017
M T W T F S S
31 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3