L’Algérie ou la liberté délaissée aux mains d’un clan

L’Algérie ou la liberté délaissée aux mains d’un clan"Un peuple asservi ne saurait regretter de perdre la liberté qu’il n’a jamais connue. C’est bien le peuple qui délaisse la liberté et non pas le tyran qui la lui prend", écrivait déjà Etienne de La Boétie à l’âge de 18 ans dans son ouvrage "Discours sur la servitude volontaire" publié en 1574.

Comment, effectivement, un homme peut-il renoncer ainsi à sa propre liberté en renouvelant chaque fois son allégeance et son obéissance à un même homme dont tout homme libre, indépendant, ambitieux devrait critiquer en permanence la gouvernance et lui disputer le cas échéant sa chance dans l’exercice du pouvoir ? Comment un homme libre et indépendant auquel ses aînés ont bravé l’oppresseur colonial ou intégriste et consenti jusqu’au sacrifice suprême de leur vie pour lui transmettre le flambeau de la liberté et de la démocratie peut-il ainsi tomber sous le joug de celui qui est censé être son semblable jusqu’à le porter aux nues et lui tresser des lauriers d’un démiurge sur terre ?

Comment un homme peut-il ainsi s’aliéner et délaisser sa liberté pour tomber dans la servitude et la soumission à un maître qu’il s’est volontairement choisi et qu’il vénère comme un dieu ou un père magnifié irremplaçable. "Le pouvoir n’est pas d’origine divine mais vient bien de la servitude des hommes", écrivait La Boétie. Comment ceux ou celles qui condamnent l’idolâtrie en sont venus à idolâtrer et adorer eux-mêmes un tyran qu’ils ont élevé au rang de messie que Dieu a bien voulu leur envoyer ?

D’où vient-il que beaucoup renoncent à leur liberté pour tomber sous le diktat d’un tyran qu’ils se sont volontairement choisi et auquel ils doivent soumission et obéissance ? Les causes en sont multiples ; il y a d’abord l’ignorance et la superstition selon la Boétie mais aussi il y a tous les objets d’aliénation comme l’argent, la religion et les divertissements (le football) que le tyran aime bien instrumentaliser pour répondre aux attentes de ceux qui ont volontairement choisi de le servir, une sorte de contrat social de maître à esclave où chacun est heureux dans le rôle qu’il lui est dévolu. Le maître est maître parce que c’est lui qui distribue l’argent, les privilèges et les faveurs, l’esclave est esclave par le fait qu’il accepte de perdre sa liberté et de servir volontairement le nouveau Bienfaiteur qu’il s’est choisi.

L’autre question qui se pose est comment sortir de la servitude volontaire lorsque le contrat social est bien établi et que l’aliénation des mentalités est profondément ancrée dans la société ? Un grand chantier lorsque l’on sait que la tendance générale est plus dans le renoncement à son libre arbitre que dans la conquête de sa propre liberté. C’est par la perte de volonté du peuple et les intérêts lucratifs cumulés de ses proches courtisans que la répression du dictateur a le plus de chance d’étouffer les luttes pour la liberté, la démocratie et asseoir pour longtemps son hégémonie.

Le Matin Algérie    

 

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