La chronique de Hafid Derradji

La CAN qui tourne le dos à l’Algérie, c’est un échec de l’État

Sitôt l’annonce de l’attribution de la CAN 2017 au Gabon au détriment de l’Algérie connue, les Algériens se sont précipités sur les réseaux sociaux pour faire part de leur déception et exprimer leur dépit.

Sitôt le verdict du vote officialisé, les Algériens se sont rendus à l’évidence qu’ils ont vécu un nouveau mensonge signé des autorités algériennes. Un mensonge commis voici un moment déjà et qui prétendait, optimiste, que l’Algérie était capable d’organiser deux Coupes du monde en même temps ! Les mêmes autorités suggéraient que l’organisation d’une Coupe d’Afrique des nations relevait de la « simple formalité’’ parce que l’organisateur a pour nom « L’Algérie, la grande Algérie’’.

Dans leurs réactions à chaud sur La Toile, les Algériens ont perdu de vue tous les facteurs sportifs suscités bien avant l’heure du vote qu’il s’agisse de la mort d’Ebossé et des relations tendues entre le président de la Confédération africaine de football et le président de la FAF. Irrités par cette déconvenue, les Algériens se sont rués sur les pouvoirs publics, accusés d’avoir lamentablement échoué dans la gestion du dossier. Un dossier qui, à la différence de nombre de dossiers sportifs, suppose – pour être mené à bon port – un activisme diplomatique et une prise en charge matérielle à la mesure de l’événement et ce qu’il vaut comme résonance. Une candidature à l’organisation de la Coupe d’Afrique suppose aussi une « interactivité’’ de tous les instants avec le président de la CAF, le détenteur de la décision.

Aissa Hayatou, force est de le rappeler, a visité l’Algérie à trois reprises en l’espace d’une année. Dans un de ces exercices protocolaires dont l’Algérie a le secret, les responsables algériens ont multiplié les salamalecs et les accolades avec le patron du foot continental. Mais cette débauche protocolaire devant les caméras de la télé n’ont pas assuré l’essentiel : les hôtes ont failli dans leur capacité à convaincre Aissa Hayatou et à lui « vendre’’ la candidature algérienne. Pis, les hôtes de Hayatou ont failli dans l’exercice d’anticipation et n’ont pas réussi à percer ses intentions, ce qui leur aurait permis de ne pas faire acte de candidature ou de se retirer de la course. Histoire d’éviter la gifle !

Le temps de « digérer’’ le verdict du « vote’’, les Algériens se sont réveillés sur un cinglant échec. Assurément, le résultat du Caire était à rebours du discours triomphateur entonné par les responsables : une Algérie au statut de leader continental et fort de sa notoriété au rang des nations. Les Algériens se sont réveillés, édifiés encore une fois que le discours à l’optimisme béat n’était qu’un exercice sémantique creux, une illusion.

À rebours de l’attitude des pouvoirs publics algériens, le président du Gabon était désireux d’accueillir la Coupe d’Afrique des nations. Il y tenait tellement qu’il a érigé la candidature au rang d’affaire d’État. Le chef de l’État gabonais n’a pas laissé la Fédération gabonaise de football seule dans la gestion et la prise en charge d’un dossier si lourd. Manœuvrer, il a commencé par offrir ses services à Hayatou pour abriter au pied levé la CAN 2015 en remplacement du Maroc. Il a donné l’impression de courir au secours de la CAF et de donner un coup de main à la modeste Guinée-Equatoriale dans le sauvetage de la compétition.


Le président gabonais a usé du lobbying auprès de cercles influents en France afin qu’ils « vendent’’ à Hayatou la candidature de Libreville. Il a multiplié les approches de séduction et les rencontres informelles avec le président et les membres du Comité exécutif de la CAF en allant à leur rencontre partout où ils pouvaient se trouver : au Brésil en marge de la Coupe du Monde et dans d’autres rendez-vous. Le président gabonais s’agitait dans tous les sens au moment où, à Alger, la candidature de la CAN 2017 ne « parlait’’ pas aux pouvoirs algériens et brillait par son absence au menu des conclaves ministériels et gouvernementaux.

Curieusement, les autorités algériennes étaient informées quasiment en temps réel du lobbying du président gabonais et des méthodes employées pour « vendre’’ le dossier gabonais et séduire les votants de la CAF. Alger en était informée et voilà que le ministre des Sports pointe dans ses réactions d’après-vote, les pratiques immorales et peu recommandables de la « l’État de la CAF’’. Le Ministre feint d’oublier que les pratiques peu recommandables ont pignon sur rue chez nous. Il feint également d’oublier que l’infrastructure footballistique algérienne est peu opérationnelle. Il perd de vue une triste et une inquiétante réalité : nos stades sont devenus des cimetières témoins de la mort de joueurs et de supporters, nos projets s’éternisent et mettent des lustres à bourgeonner comme c’est le cas des stades d’Oran, de Sétif, de Tizou-Ouzou et de Baraki.

Notre échec à gagner l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations ne saurait être considéré comme un fait ordinaire et banal. Cette déconvenue illustre parfaitement l’incapacité du pouvoir à prendre en charge les affaires du pays. Le succès du Gabon au détriment de l’Algérie dans l’organisation de la CAN 2017 est la preuve que l’influence de l’Algérie sur la scène africaine s’est érodée. Longtemps connue pour son poids et son aura en Afrique, l’Algérie semble avoir perdu une certaine prise sur le continent.

L’échec malheureusement sera comptabilisé au débit du pouvoir. Un pouvoir dont la gestion et les discours surréalistes n’en finissent pas d’égratigner l’État. Comme cette déclaration du chef de l’État qui, en 2012, a fait valoir une Algérie capable d’organiser deux Coupes du Monde en même temps alors qu’elle est incapable d’assurer des tournois inter-quartiers, de mettre sur pied des activités d’animation sportives et culturelles et de les installer dans la durée, de disposer d’un aéroport international digne de l’importance du pays, d’un hôpital digne de ce nom, etc…

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TSA  

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