La fin des maux ?

En adoptant la nouvelle grille des salaires, très attendue par un million et demi de fonctionnaires, le Conseil des ministres a envoyé un signal fort à l’APN et au Conseil de la nation sur une ambition plus vaste qui vise à réhabiliter la classe moyenne, laminée au cours des deux dernières décennies, en la (re)situant dans son rôle naturel de catalyseur des ambitions du pays.

Dans cette perspective, les efforts doivent concerner, outre l’augmentation des salaires pour l’ensemble des branches du secteur économique, un allégement substantiel des contraintes fiscales, notamment l’IRG (impôt sur le revenu global) dont l’exonération ou la réduction, selon les catégories, constituera un nouveau pas des plus motivants.

Pourtant, à considérer les récriminations sempiternelles des ménagères et des citoyens en général sur la cherté de la vie et la dégradation accélérée du pouvoir d’achat, rendant de plus en plus précaire la condition sociale des uns et des autres, on est forcé d’admettre qu’il existe un réel décalage entre les efforts de l’Etat, sous-tendu par les revendications d’un syndicat aussi mature que l’UGTA, et leurs retombées réelles quant au niveau et à la qualité de vie des travailleurs.

C’est que le problème fondamental du commerce parallèle qui a tissé sa toile d’araignée partout à travers le territoire national, et cela dans presque tous les secteurs d’activité, grève dangereusement les efforts et les ambitions d’un gouvernement qui n’en peut mais. Ainsi combien de fois n’a-t-on pas observé l’inanité des annonces qui ont précédé chaque Ramadhan des seules dernières années -rigueur du contrôle, surveillance des étals, inspections et descentes impromptues chez les opérateurs indélicats, sanctions échelonnées au gré de l’importance des délits, etc.– et constaté aussitôt que tout demeure en l’état, dans les écuries d’Augias que nul Hercule ne viendra jamais troubler. La flambée des prix des fruits et légumes, conjuguée à celles des produits céréaliers et laitiers, représente une illustration pertinente de ce décalage, et le plus grave, c’est que rien ne permet d’espérer que ces augmentations, pour aussi sulfureuses qu’elles soient, ne seront pas bientôt suivies d’autres, sitôt que l’APN et le Conseil de la nation auront validé la nouvelle grille des fonctionnaires.

On ne cesse de dire combien il devient urgent pour l’Etat de se doter des instruments efficients que requiert une telle problématique, tant il lui incombe, à travers les structures compétentes dont il dispose, d’anticiper les flux et les fluctuations en la matière.

A quoi sert en effet de discourir sur la mise en branle d’une «stratégie» de «régénérescence» de la classe moyenne, au motif que les salaires vont être quelque peu revalorisés, si aucune politique n’est engagée qui vise à réguler efficacement les diverses activités commerciales, pour ainsi dire livrées à l’anarchie. Le président de la République a sommé le gouvernement de prendre ses responsabilités à cet effet et d’agir pour une réelle régulation du marché qui réclame une grande toilette. Mais que peut faire le gouvernement dont les grands chantiers sont lancés avec tambour et trompette à condition que les structures intermédiaires jouent le jeu et œuvrent dans la transparence à en concrétiser les louables intentions ?

Pas grand-chose, apparemment, à moins d’opter pour une mutation en profondeur des méthodes et des hommes à qui incombe la mission de veiller au strict respect du cahier des charges. Auquel cas, bien des changements devraient avoir lieu, dans les arcanes comme dans les mentalités, qui signifieraient la fin des maux dont souffre le pays depuis tant de décennies. Or là, il ne faut pas trop rêver...  

par A. Chabane

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