Les bons, la brute et le faux vertueux

 La Dépêche de Kabylie 20/09/2007

Dire de Bernard Kouchner qu’il est un va-t- en guerre ou que les Faucons sont au pouvoir en France est tout de même un peu léger. Si l’inventeur du " devoir d’ingérence " a souvent eu des coups de gueule fracassants sur des questions d’urgence humanitaire, ses éclats sont plus l’émanation de constat sur le terrain des drames de ce monde que d’une propension à jouer le gendarme, dont très peu de monde oserait l’accabler.

Ses adversaires- et ils sont nombreux, y compris au sein de sa famille politique d’origine- ne l’ont pas raté pour autant, saisissant au vol ses moindres déviations de l’orthodoxie socialiste et aujourd’hui d’une tradition chiraquienne entendue dans le sens de son anti- américanisme primaire. Bien sûr l’ancien médecin sans frontières a fini par avoir tort sur la guerre d’Irak, mais combien étaient-ils parmi ceux qui le diabolisent aujourd’hui à avoir eu le courage de leur opinions en se positionnant clairement contre l’expédition américaine ? Pas des masses.
Et ceux qui ont osé n’ont pas dépassé le murmure, à la limite de la passivité de Jacques Chirac dont tout le monde a eu à mesurer la force de dissuasion et l’étendue de l’efficacité.

Beaucoup ne lui ont pas pardonné l’Irak, mais personne ne lui reconnaît le Kosovo. Et en attendant le meilleur- ou le pire- en Tchétchénie, au Darfour et au Liban, il y a l’Iran et son programme nucléaire.

Et qu’a donc dit le ministre des Affaires étrangères français pour mériter cette levée de boucliers ? " il faut se préparer au pire ", ce qui a des allures de plate évidence au vu des menaces américaines et de l’entêtement d’Ahmadinedjad qui est loin d’être un exemple de vertu. Si le journaliste qui l’interrogeait en était resté là, il n’y aurait sans doute ni va-t-en guerre, ni Faucons qui président aux destinées de la France. Mais voilà, le confrère, qui était dans son rôle, est revenu à la charge : " Et c’est quoi le pire pour vous, Monsieur le ministre ? " La guerre, bien sûr”, a-t-il répondu. Ainsi pris dans leur imbroglio, les mots peuvent signifier la chose et son contraire.

La chose, c’est le sens qu’ils ont pris dans l’opinion médiatique et chez ceux qui en ont fait leur pain bénit. Son contraire, ce sont les explications données par Bernard Kouchner le jour d’après : " Mon propos a été mal interprété, on ne peut pas dire que le pire, c’est la guerre et en même temps y appeler. On ne peut pas dire qu’il faut dialoguer, continuer à dialoguer même si ça ne marche pas et être accusé d’être un va-t-en guerre”.

Terrible paradoxe, c’est le Président iranien qui vient relativiser la teneur du propos du ministre français : " Il ne faut pas chercher le sens d’une déclaration. Ce qui importe pour moi, c’est la position réelle de la France, et de ce côté-là je suis rassuré”. De quoi mettre sérieusement dans l’embarras tous ceux qui ont appelé au scandale.

Surtout au sein des socialistes français qui pensaient faire de cette pierre deux coups : épingler la droite au pouvoir sur un sujet mobilisateur et régler son compte à un des leurs qui a osé d’autres choix.

P.-S. : Bernard Kouchner était l’un des rares socialistes français, si ce n’est le seul, à avoir eu une attitude de franche solidarité avec l’Algérie que le pire guettait.

Les autres, Mitterrand en tête, disaient presque clairement que l’expérience d’une république islamique en Algérie, on pouvait, après tout, bien s’en accommoder. Sur cette question précise, je n’ai pas besoin d’attendre pour savoir si Kouchner avait tort ou raison.

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par S.L.

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