Morituri

La Tribune 23/09/2007

A un moment, on en est à se demander si, en matière de transmission d'images via la télévision, la chaîne nationale ne serait pas mieux avisée d'instaurer une forme de signalétique visant à orienter les téléspectateurs et plus particulièrement les plus sensibles quand les séquences proposées sont nocives.

 

Les images retransmises non sans un évident professionnalisme dans un tel cas de figure par l'ENTV vendredi dernier lors de son magasine sportif hebdomadaire autour des compétitions nationales de football ont été pour le moins difficiles à vivre pour ceux les ont regardées. Regardées, serions-nous tentés de dire, à leur corps défendant dans la mesure où il semblait pour le moins surréel de voir un match de football basculer en un drame quasi collectif… quitte pour cela à forcer sur les mots.

Ce qui s'est passé au stade Zioui et à un degré moindre à Abed Haamdani (Khroub) lors d'empoignades -hélas le terme est forcément de plus en plus approprié tant sont «naturellement» expurgés de ce contexte tous qualificatifs qui permettraient de dessiner au jour d'aujourd'hui les parodies de rencontres réputées sportives- ne relèvent pas de l'inimaginable dès lors qu'il s'agit d'évoquer le Championnat national. Des scènes comme celles qu'ont vécues les supporters de l'USM Blida à Zioui, de telles scènes semblent relever pour les habitués de l'ordre normal des choses et sont classées parmi les plus sommaires banalités institutionnalisées par ceux qui ont pris en otage la discipline la plus populaire.

Les responsables de l'ENTV ont eu l'honnêteté de ne pas regarder ailleurs en filmant sur le vif des supporters blidéens qui fuyaient la géhenne dans une tribune où ils avaient été pris pour cible par ceux locaux. L'image de ce supporter chutant ou balancé (selon la rumeur) de la tribune ressemblait, toutes proportions gardées et à s'y méprendre, à des scènes qui ne pouvaient être vues que dans des films catastrophe (Titanic-Piège de cristal) et parfois dans la réalité (11 septembre 2001). Le commentateur, et c'est heureux, a tenu immédiatement à rassurer le public en donnant de bonnes nouvelles sur le malheureux défénestré dont le tort avait été de croire qu'il pouvait faire un déplacement d'une quarantaine de kilomètres sans que sa vie risque d'être mise en danger.

La violence n'est pas seulement sur le terrain, elle est également dans les gradins et tribunes mais elle est encore plus dans les têtes des responsables de club, tous postes confondus, qui prennent non pas exceptionnellement mais tout le temps le plus superbe des raccourcis pour imputer les contre-performances de leur équipe souvent à un adversaire qui n'a pas joué le jeu mais généralement sur le dos de l'arbitre même si les pyromanes du verbe se rattrapent par une pirouette en lui (arbitre) accordant des circonstances atténuantes. Pour l'anecdote, au cours de la semaine dernière dans le Championnat de France, un juge de ligne sur une très mauvaise appréciation a annulé un but des plus réguliers du club local et ensuite, pis, il a fermé l'œil sur une position flagrante d'un joueur de l'équipe visiteuse. Le but qui s'en est suivi a été validé et, à l'exception d'une stupéfaction passagère du banc de l'équipe lésée, la rencontre a pris fin sans aucune attitude ostentatoire hostile ou propos déplacés (même s'ils auraient été quelque part légitimes) des perdants au micro du commentateur. A ce stade d'une violence régulière sur les terrains chaque semaine, il serait sans doute des plus logiques et des plus salvateurs qu'une décision politique soit prise dans les meilleurs délais pour mettre un terme à ce qui semble conduire à des dérapages incontrôlables à l'avenir. Rachid Makhloufi n'a cessé de dire que le seul moyen de traiter cette gangrène serait de "suspendre pour une période d'au moins trois années toutes les compétitions nationales de football, d'engager une refonte des structures et d'installer un arsenal de textes d'accompagnement avec une visibilité d'une vingtaine d'années au minimum». A une échelle très réduite, certes, l'Algérie a eu, jeudi dernier, le temps d'une rencontre, un remake du drame du Heysel.

Le premier et dernier enseignement à tirer est : «Evitons la répétition de ce qui s'est passé à Zioui. »  

par A. Lemili

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