Les couleuvres de Benbouzid

La Dépêche de Kabylie 25/09/2007

On ne saura sans doute jamais ce qui n’a pas été respecté du cahier des charges par l’école privée Bendali de Zéralda, mais on apprendra par la bouche du ministre de l’Education qu’ " il est inadmissible que des élèves qui sortent de certains de ces établissements ne parlent pas la langue arabe " !

Que l’obligation de " parler l’arabe " par des enfants algériens en fin de cycle d’une école algérienne figure dans un cahier des charges est tout simplement ridicule.

Que cette disposition n’y figure pas et qu’on en fasse quand même un argument pour mettre des scellés à une école est tout simplement illégal, donc injuste. On ne saura pas non plus si l’inquiétude de M. Benbouzid sur la maîtrise de la langue arabe par nos enfants concerne le parler courant qui relève de l’expression de tous les jours et dans tous les espaces de vie des Algériens, ou alors de la langue dite classique par laquelle se transmet l’essentiel des connaissances dans notre système éducatif.

Dans le premier cas, l’école Bendali n’y est évidemment pour rien si des élèves n’arrivent pas à s’exprimer dans cette langue, ce qui est par ailleurs étonnant. Quand bien même ce serait le cas, cela relève de la liberté individuelle de leurs parents, dont le choix est en plus difficilement contrôlable. Le deuxième cas est plus problématique. Dans l’absolu, M. Benbouzid peut être rassuré : personne ne parle l’arabe classique, ni en Algérie, ni ailleurs.

Quant à sa pratique, en tant qu’outil d’acquisition du savoir, les sources d’inquiétude sur son niveau de maîtrise sont trop nombreuses et trop flagrantes pour qu’elles soient situées dans les seules écoles privées. Encore moins dans l’une d’entre elles. S’il y avait une langue maîtrisée dans l’école algérienne avec le niveau général qu’on lui connaît, ça se saurait. Comme il faut aller chercher ailleurs les raisons de la fermeture d’une école, il ne faut pas trop creuser dans celles qui sont publiquement évoquées. Il se peut bien que " Bendali " ne soit pas un modèle d’établissement scolaire, mais on l’a fermée surtout pour " l’exemple ".

Pour expliquer les reculades en cascade sur une réforme apparemment difficile à assumer politiquement, on va chercher à Zéralda une école où on chanterait la Marseillaise, à Dely Brahim une autre où on enseignerait la Bible.

Entre le cahier des charges officiellement brandi et la liste des charges officieusement répandues, les écoles privées peuvent à tout moment voir le ciel leur tomber sur la tête. Faute de pouvoir booster l’école publique qui est le véritable enjeu dans l’éducation, elles continueront à assumer une mission honteuse, faute de courage politique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la maîtrise de l’arabe, la Marseillaise ou la Bible étant des couleuvres trop grosses pour passer.

P.-S. : Une information non encore confirmée a rapporté il y a quelques jours que le président de la République a été très sensible à la lettre d’une collégienne qui le suppliait de surseoir à la fermeture de son école. On verra bien si le ministre s’en tiendra au cahier des charges dans le cas où Abdelaziz Bouteflika y répond favorablement.

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par S. L.

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