Plus rien dans les mamelles

La Dépêche de Kabylie 27/09/2007

"La venue d’un partenaire étranger qui va insuffler un nouvel élan à l’entreprise en ramenant une technologie et d’autres postes de travail ne serait que salutaire et applaudie". Dans la bouche d’un syndicaliste, le propos est inédit et surtout rassurant. La privatisation de l’Eniem de Tizi Ouzou, dans l’air depuis quelque temps, aura donc cette originalité de ne pas soulever la vague de contestation traditionnelle.

 

Souvent pavloviennes, les réactions syndicales à la privatisation de nos entreprises ont rarement été soutenues par des arguments économiques et sociaux. On a vu des sections syndicales " monter au créneau " dès que l’idée de privatisation a été évoquée, comme ça, sans connaître les termes de l’opération et les prévisions de ses retombées sur la performance, les conditions de travail et de rémunération et le volume des emplois de leur entreprise de production ou de services. Il est même arrivé que des syndicats " jouent contre leur poche " en s’opposant à des changements de statuts d’entreprises moribondes qui auraient dû s’accrocher à n’importe quelle planche de salut. Mais, qu’on ne s’y trompe pas. Il n’y a pas que la " naïveté " et l’incompétence qui sont à l’origine de la contestation syndicale des privatisations. En filigrane, il se profile des intérêts qu’on n’avoue pas. Intra- muros, des barons syndicaux s’accrochent à leur rente de situation dont tout changement structurel sonnera le glas. Ils sont généralement de connivence avec des notabilités directoriales dont les intérêts de carrière et de privilèges ne sont naturellement envisageables qu’à l’ombre des mamelles étatiques. Extra-muros, la vieille garde socialiste, tout aussi " désintéressée " tire les ficelles.

La tendance étant ce que tout le monde sait, elle n’agite plus le chiffon rouge comme argument ultime, mais elle actionne à distance ses obstacles, toujours capables de ralentir quand ils ne peuvent pas freiner. Et pour boucler la boucle, l’absence d’une réelle volonté politique d’afficher clairement une option, pourtant incontournable, fait que tout ce beau monde évolue et agit avec autant de liberté que permet un choix mal assumé. Mittal Steel a beau afficher la performance de ses résultats après avoir soulevé les cris à la souveraineté nationale piétinée, Djezzy a beau banaliser le mobile qui était il n’y a pas si longtemps un luxe inaccessible, Cevital a beau venir à bout d’une pénurie d’huile qu’on croyait installée pour l’éternité, le programme des privatisations n’a pas été boosté pour autant. Dans l’absolu, tout le monde est apparemment dans son rôle. Les syndicats pour contester, la " gauche " pour s’opposer et l’opinion pour apprécier. Le gouvernement est tenu quant à lui d’appliquer son programme. Ce n’est quand même pas trop lui demander.

P.-S. : Après un discours particulièrement enflammé sur les privatisations à l’APN, Louisa Hanoune a été interpellée par un confrère : “Je comprends, madame, votre hargne à défendre le secteur public. Le téléphone portable que vous avez entre les mains, appareil et puce, vous a été livré à domicile alors que moi, j’ai dû attendre des années pour pouvoir m’en payer un. Grâce à un opérateur privé, madame !”

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par S. L.

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