Corruption, informel en blanche Algérie

La Tribune 29/09/2007

Le fiasco retentissant des dernières législatives est totalement occulté par un système plus que jamais tourné vers lui-même, sans aucune mémoire et sans la moindre volonté de prendre du recul, d’esquisser la plus petite autocritique. Il conçoit seul, décide pour tous et valide chaque résultat, positivement bien entendu, selon ses propres normes et critères.

 

Le Premier Ministre de la Grande-Bretagne revoit totalement, avec le soutien de son parti, la politique étrangère de son pays, essentiellement sur l’Irak.
En France, M. Fillon estime que son pays, puissance mondiale, est au bord de la faillite et que des réformes profondes et rapides sont plus que nécessaires dans une série de domaines et de secteurs. Et dans ces deux grandes nations, il n’y a aucun séisme et aucune crise institutionnelle. Le premier responsable de l’Exécutif aux Etats-Unis est soumis à de lourdes critiques du côté de l’opposition et dans son propre camp, mais l’Amérique tourne H24.
Au Japon, le Premier ministre et le gouvernement rencontrent la justice, des scandales financiers, supportent toutes les critiques, sont poussés au départ et aux changements, mais le Japon est toujours un grand pays démocratique et une puissance industrielle. Ce sont là les bienfaits de la démocratie qui amortit et digère toutes les secousses politiques.
Le président Bouteflika a repris les auditions du Ramadhan sans que l’on perçoive la pertinence et l’utilité pratique de ces rencontres. Par contre, elles marginalisent les espaces constitutionnels où doivent être mises en débat toutes les affaires du pays. Le Parlement, une fois les lois votées, systématiquement, quitte à ce qu’elles soient revues (lois sur les hydrocarbures), se repose en mettant en cause sa légitimité, sa crédibilité et ses missions écrites dans la Constitution.
Parallèlement, la société, les élites, l’opposition et la majorité sont, elles aussi, éliminées de fait pour ce qui est de la gestion du pays, de l’état des finances, des dépenses dont certaines sont décidées en dehors des cadres légaux.

En recevant le ministre de la Solidarité, le président de la République a soulevé, à juste raison, l’utilisation des dépenses publiques trop souvent entachées de corruption, de dépassements lourds, de délais allongés, et marquées du sceau de la mauvaise qualité à la livraison et du gaspillage. Or, les instruments de contrôle à chaque étape d’un projet existent et la justice peut être saisie. Un wali, un ministre ou un chef d’entreprise ne sont pas censés tout savoir, tout maîtriser et leur parole a souvent été mise en doute par le premier magistrat en personne. L’exemple emblématique d’une dépense qui n’a pas du tout porté ses fruits est l’opération «Blanche Algérie». Il suffit d’aller n’importe où, dans n’importe quelle ville, n’importe quel quartier pour constater que l’Algérie est sale, grise, triste et menaçante. L’argent investi dans une opération nécessaire n’a rencontré ni la motivation des responsables ni l’enthousiasme et la mobilisation de la jeunesse.
Les manifestations, les foires, les activités culturelles, économiques et sportives sont annoncées sur des affiches de mauvais goût, illisibles, sur des supports qui se détruisent rapidement et tout ce qui reste flotte au gré du vent. Blanche Algérie ignore encore la signalétique et l’affichage modernes visibles et lisibles la nuit, esthétiques et solides le jour. La défiguration des villes et des quartiers est achevée. La circulation explose et, durant le Ramadhan, aux carrefours et endroits les plus névralgiques pas un policier n’était visible sauf là où «ils passent ».
Dire qu’il y a un sursaut à faire et de rapides réformes à installer est un minimum. Des mécanismes et des hommes doivent être changés.

Les récentes crises autour du lait, de la pomme de terre, de la baguette de pain dont personne ne peut dire le prix exact sur tout le territoire, qui relèvent de la maîtrise du commerce intérieur, n’ont donné lieu qu’à des réunions stériles et sans baisse visible des prix. Et voilà qu’on crée un office de la pomme de terre : une administration, des cadres, des papiers, des réunions interminables ne règlent pas la problématique sérieuse de l’indépendance alimentaire. Va-t-on créer des offices pour le lait, la viande, le persil, la farine et le pain ? La seule vraie question est : comment ne plus être l’otage des pays qui nous fournissent, en plus du hard, notre alimentation ? Des experts internationaux ont reconnu que, dans les vingt prochaines années, le fait de manger sera de plus en plus cher. Ils affirment que l’agriculture des pays pauvres subira de plein fouet le réchauffement climatique car il y aura moins de terre, moins d’eau et la terre produira 40% de moins de céréales dans vingt ans. A quel prix l’Algérie achètera-t-elle le blé, la patate ? En fait, continuer à agiter les ressources financières du pétrole et ne compter que sur elles pour manger est complètement irresponsable et antinational.

Continuer à cadenasser la société, les élites, l’opposition et les syndicats autonomes en les livrant à l’Administration et à l’UGTA, assimilées à un secrétariat d’Etat chargé de la fonction publique, c’est se préparer des lendemains d’affrontements. L’article 56 de la Constitution stipule clairement que «le droit syndical est reconnu à tous les citoyens». Un droit éliminé dans la vie fabrique de la violence. Et l’Algérie n’en a pas besoin au moment où sa sécurité alimentaire, son environnement physique et esthétique sont menacés, et au moment où la corruption s’élargit et atteint des pics autant que l’informel, et que se rétrécissent le civique, le patriotisme, l’attrait pour la politique, la confiance envers les gouvernants, les élus et l’Etat. Et le temps demeure le premier ennemi des pays pauvres.
 

par Abdou B.

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