Une gouvernance, un train de rentiers

La Tribune 15/10/2007

Le terrorisme n'a pas désarmé. La fréquence des attentats, quels que soient les signataires et les commanditaires qui relèvent des spécialistes et de l'expertise adéquate de peu d'intérêt pour le citoyen lambda, est simplement socialisée, sinon banalisée.

Comme le sont le nombre de terroristes abattus et, hélas, ceux qui tombent victimes du devoir, anonymes, sans hommages ni identité.

Comme leurs bourreaux, ce sont des nombres comme s'ils étaient nés sous X. Et cela durera tant que les luttes politiques, idéologiques, dans le système éducatif, dans la vie quotidienne et les mosquées ne sont pas menées ouvertement et courageusement contre toutes les manifestations de l'islam politique et ceux qui exercent toutes sortes de pression sur la société. Et ces luttes doivent être des axes essentiels de toute réconciliation, de tout consensus républicain.
Des hommes qui ont violé la loi, avec du sang sur les mains ou pas, ont plus de chances de voir leur «situation clarifiée», leur statut social réintégré plus rapidement que d'autres citoyens qui ont commis des délits mineurs.

A partir de là, il est difficile de faire admettre l'existence d'un Etat de droit, que la confiance doit revenir entre gouvernants et gouvernés et que le pays a retrouvé une stabilité durable. Les explications alambiquées, parfaitement illisibles autour d'une reddition d'hommes qui ont contesté le monopole des armes à l'Etat contrastent dans le deuil et la douleur avec des attentats meurtriers qui n'ont rien perdu de leur force de frappe et de leur impact sur des gouvernements et des médias à l'étranger. L'Algérie est considérée comme un pays à risques et certaines nationalités le désertent. Ce sont là des faits indiscutables.

Et que dire des services publics et de l'accueil qui est fait aux usagers ? Le papier et «les cartons» remplacent encore l'informatique dans les circuits bancaires et le système hospitalier suit non pas les besoins des patients, mais les horaires ramadhanesques ; les taxieurs fixent le trajet au client et les goulets qui étranglent la circulation sont toujours aux mêmes endroits. Pour qu'un responsable vérifie lui-même, il lui suffit d'essayer de prendre un taxi, de simuler une urgence à l'hôpital ou de retirer de l'argent d'un CCP, d'aller là où on creuse aux heures de pointe…

L'économie nationale est gangrenée par le nombre de commerçants qui activent «clandestinement», volent le Trésor public et alimentent par les prix et la qualité des produits la fronde sociale et toutes les révoltes. Les partis de l'alliance, malgré le soutien public et massif de l'Administration, des médias publics, de la trésorerie nationale, n'encadrent pas la société sur des projets modernes et mobilisateurs. Ils ne maîtrisent pas l'évolution mondiale qui va très vite et encore moins leurs propres adhérents plus locaux, de douars, dépendant des notables régionaux ou des appareils, que nationaux, les yeux fixés sur le monde. Ils suivent un train et un rythme de rentiers, attentifs aux «signaux». Comme l'est la gouvernance.

Dans une gouvernance droguée aux hydrocarbures, le front social, par touches et secteurs successifs, s'illumine de foyers de tension que l'appendice de l'exécutif qu'est l'UGTA ne peut éteindre. A quelques jours de l'Aïd, la courgette et le navet ont déserté les étals. Ils apparaissent juste pour l'Aïd avec des prix qui vont avec la nécessité pour les Algériens d'avoir ces légumes dans leur couscous. Il n'y a eu aucune réaction des pouvoirs publics pour contraindre ceux qui ont «kidnappé» ces deux aliments, et rien n'a été fait pour tempérer leur prix dès leur «libération» par les prédateurs du commerce intérieur. Le pays qui affiche à l'extérieur la volonté de se conformer à des normes et à des indices internationaux, comme le fait le Conseil national économique et social avec la Banque mondiale et le PNUD, referme les fenêtres dans des domaines pourtant explicitement éclairés par la Constitution. Dans aucune démocratie qui se respecte et qui veut être crédible et respectable, un syndicat unique ne peut prétendre représenter, à lui seul, tous ceux qui travaillent et aucun gouvernement ne lui concède l'exclusivité sur la sueur des gens. Identifier une représentation syndicale, la reconnaître aux termes des lois et règlements, à commencer par la loi suprême, sont des moyens modernes, démocratiques de faire respirer une société, d'ouvrir des négociations ; oui, c'est le vocable consacré pour élaborer à chaque fois des consensus nationaux, y compris aussi avec l'opposition.

L'entêtement à nier le réel, à vouloir passer en force pour ne consacrer, comme au temps du parti unique, que la seule UGTA comme interlocuteur docile ne fera pas avancer le pays d'un pouce. Le pluralisme politique implique, si des salariés le veulent, un pluralisme syndical qui crée des offres, des choix citoyens, la liberté pour tous. Refuser des libertés à ces concitoyens veut dire ne pas leur reconnaître des droits fondamentaux et générer des fractures dangereuses. A l'évidence le b.a.-ba démocratique n'est pas encore à l'ordre du jour.
 

par Abdou B.

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