Ni confusion ni vente concomitante

  III au fil des jours

 La Tribune 15/12/2007

L’Algérie continue de pleurer et de mettre en terre ses enfants et des étrangers qui travaillaient dans notre pays, comme ils le font le plus normalement du monde dans les autres pays. La barbarie aveugle qui frappe, couverte d’oripeaux pseudo-religieux qui ternissent, bien entendu, un culte pratiqué par des centaines de millions d’êtres humains, a tué et tue des citoyens bien musulmans et d’autres pas qui ne demandaient qu’à vivre mais qui ont eu le malheur de vaquer à leurs occupations à l’endroit où les «braves» soldats de Ben Laden avaient décidé de faucher les vies de compatriotes.

Des étrangers qui ne sont ni des généraux occupant l’Irak ni des soldats qui spolient la terre palestinienne sont morts sur un lieu de travail qui n’a rien à voir avec les «voleurs de richesses» et autres billevesées. Et leurs familles ont, bien entendu, la compassion des Algériens qui ont cohabité durant des siècles avec d’autres. Les tueurs qui sévissent encore, et qui peuvent frapper encore, savent de la manière la plus claire que leur démarche suicidaire au sens premier est vouée à l’échec, et cela sur deux niveaux. Le premier qui consisterait à faire tomber le régime à coups d’attentats aveugles est une rêverie de déments psychopathes. Les pertes infligées aux terroristes dans les maquis, où ils trouvent pour le moment un terrain de plus en plus étriqué de mouvements, n’augurent aucun succès si gigantesque à même de faire s’écrouler le pouvoir en Algérie. La violence pratiquée, au bout du compte, ne rapporte rien en termes de prise du pouvoir et elle est donc gratuite politiquement.

Le deuxième niveau concerne l’adhésion et le soutien d’au moins un faible pourcentage de la population susceptible de générer une certaine capacité de nuisance qui amènerait Ben Laden ou son adjoint à s’asseoir à une table de négociations pour arracher des concessions au pouvoir de ce pays. De ce côté, le ridicule, malheureusement, ne tue pas. L’ensemble de la population, la quasi-totalité des formations politiques nationales, l’ensemble de la communauté internationale, l’ONU en tête, ont condamné en des termes radicaux la sauvagerie d’attentats qui ont rapporté à leurs commanditaires zéro gain politique à côté d’un rejet absolu de toutes les franges de la population. Le rejet est d’autant plus renforcé que la population le dit haut et fort, à visage découvert, et que, par son refus du terrorisme, elle a obligé les tueurs à «s’expatrier» dans des réduits qui tombent un à un jusqu’à leur déliquescence finale.

Parallèlement, et il ne faudrait ni confondre ni faire des ventes concomitantes comme certaines coutumes locales poussent des acteurs politiques à le faire. L’état d’urgence, s’il ne peut absolument pas supprimer un attentat kamikaze n’importe où, gêne considérablement son «containment» politique et idéologique comme le font aussi la réduction des expressions publiques, la fermeture et le travail digne du parti unique des médias lourds. A l’occasion d’actions terroristes suicide, donc imparables, les télévisions étrangères abreuvent les téléspectateurs sur les auteurs, leur statut social, leurs amis, leur quartier, etc. Et il y a un double enseignement. Le premier se résume, comme le disent des chercheurs et des politiques nationaux, à la situation que vivent les jeunes, à la nature de leur environnement urbanistique, à la tenue vestimentaire et à la religiosité d’un autre âge qu’imposent des mosquées et le laxisme en vigueur jusqu’à l’intérieur de ministères et d’institutions. Le deuxième porte sur les fenêtres ouvertes par des médias satellitaires et qui sont fermées ici. Ce sont des colères, des frustrations, des étouffements qui explosent tôt ou tard, sans être «fils de la France», nostalgiques ou hizb machin.

Et comment ne pas être perplexe lorsqu’un conseil de gouvernement est reporté avant que ses membres n’aient levé les mains au ciel comme un signe de reddition alors que le signal de l’Autorité aurait été de changer l’ordre du jour pour cause d’attentats et d’annoncer deux ou trois mesures fortes. Mais à ce niveau, toutes les rumeurs, toutes les analyses farfelues seraient permises là où, peut-être, il n’y a que des incompétences, des incohérences et de la passivité.  

par Abdou B.

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