Terrorisme : protéger Alger et consoler Zemmouri

 LIBERTÉ 11/08/2008

Il y a quelque chose de révoltant dans le discours médiatique sur le terrorisme, assidûment alimenté par les réflexions du ministre de l’Intérieur. Il faut une dose de détachement par rapport à la souffrance des victimes, en effet, pour préférer s’exercer à reconstituer la logique tactique de telles hécatombes là où l’urgence est de trouver la riposte au massacre.

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C’est encore plus déplacé de subir le raffinement de l’analyse de la psychologie des groupes terroristes quand le martyre vient endeuiller une région suffisamment éprouvée par une série de calamités qui semblent refuser de se terminer. Des jeunes sortis prendre l’air, ou qui patientaient en attendant de prendre la mer pour une autre nuit de pêche, sont massacrés. Et on nous explique que leur extermination est due au fait que les terroristes du GSPC voulaient se “remonter le moral” après l’opération menée contre eux par l’armée et les forces de sécurité à Béni Douala !

À écouter un gouvernement se contenter d’épiloguer sur les motivations anecdotiques des terroristes et des médias relayer le commentaire à la petite semaine, on en oublierait presque que le fait, en principe, est inacceptable pour un ?tat. On en oublierait même que le GSPC sévit depuis plus de dix ans, que le terrorisme islamiste frappe depuis plus de quinze ans. On en oublierait même qu’il ne se passe pas une semaine sans que le terrorisme ne tue dans la région de Zemmouri.

Le raffinement des analyses officielles a déteint aussi sur la presse qui, depuis un certain temps, traite l’actualité sécuritaire comme un championnat sportif, à coups de noms de stars et de pronostics techniques. On fait même appel à des consultants qui éclairent la suite de la compétition. Le lendemain du carnage de Zemmouri, on s’interrogeait, avec le concours d’un anonyme “haut gradé”, si le GSPC “était encore une menace”. Son propos est instructif : “Si nous arrivions à neutraliser ce qui reste des groupes de Zemmouri et de Thénia, nous pourrions dire que… la capitale est définitivement sécurisée.” Ce qui veut dire, si ce “haut gradé” est représentatif de la démarche officielle, que la stratégie de lutte antiterroriste n’a pour fonction que de mettre la capitale hors d’atteinte des groupes terroristes. Ce qui, d’ailleurs, n’était pas encore réalisé, jusqu’au 11 avril dernier au moins !

La suite fait encore plus peur : “Il y a des terroristes originaires des quartiers de la zone de Bachdjarrah, Bourouba et Baraki qui sont enrôlés au sein de certaines sériate de Boumerdès.” Le confrère qui a recueilli le propos en déduit que cela voudrait dire “qu’aucune action criminelle ne sera menée dans la capitale sans l’aide de ces éléments”. Et l’Algérie sera tranquille ! Enfin, Alger.

Sur le terrain, Zerhouni ne peut même pas compter sur le renfort politique des thuriféraires de “la réconciliation nationale”. Les faits les ont contraints à jouer profil bas. Ils regardent, à partir de leur capitale-forteresse, le pays profond payer la facture de l’arrangement, dans ce “match retour” de la décennie noire.

Au lieu de nous dire ce qu’il compte faire pour que ce soit les derniers, le pouvoir croit nous consoler de la perte de huit jeunes de Zemmouri El-Bahri en nous faisant la lecture des intentions du GSPC.
  par M. H.

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