LE DROIT DE SAVOIR ET LE DEVOIR DE S'EN TENIR AUX FAITS

Un Graal

La presse n'est pas libre. Elle n'a souvent pas les moyens de son indépendance.«Bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés, ils deviennent des sujets» Alfred Sauvy

La tenue du G20 consacré en théorie à la marche économique du monde mais parasité par la crise syrienne, me donne l'opportunité de m'interroger sur cet Ovni que l'on pourrait traduire par Objet Voleur Nullement Identifié tant il est obscur, secret et avare de transparence.

Nous allons le décrire et ensuite nous allons justement montrer comme le clame Alfred Sauvy sur sa définition du citoyen, en faisant une lecture rapide de l'ouvrage remarquable, selon nous, d'Edwy Plenel, intitulé d'une façon magistrale: «Le droit de savoir» consacré justement à l'opacité de ces paradis fiscaux.

Le G20: le nouveau gouvernement du monde
Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l'Union européenne dont les ministres, les chefs des banques centrales et les chefs d'État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999 et vise à favoriser la concertation internationale en intégrant le principe d'un dialogue élargi tenant compte du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Le G20 représente 85% du commerce mondial, les deux tiers de la population mondiale et plus de 90% du produit mondial brut (somme des PIB de tous les pays du monde). En déduction, nous remarquons qu'un tiers de la population mondiale, soit près de 2, 5 milliards d'habitants et dont le PIB n'est que de 10%, n'est pas représenté et naturellement personne ne défend sa cause. Nous sommes loin des organisations généreuses telles que la Cnuced, le groupe des 77, bref d'une tribune pour le tiers-monde que le néolibéralisme triomphant et prédateur a laminé laissant un appendice appelé la FAO pour gérer les famines de ce tiers-monde. Nous pouvons sans erreur parier sur le fait que les décisions prises par les grands de ce monde, encore que la présence de pays comme l'Arabie Saoudite voire ne s'explique pas si ce n'est par son tiroir-caisse qui lui permet de jouer au pompier pour renflouer le FMI ou la BM, comme ne s'explique pas aussi l'absence de l'Iran, la nation musulmane la plus développée technologiquement
Pour rappel, les 15 et 16 février 2013, s'est tenu un G20 financé à Moscou. Trois thèmes importants ont notamment été abordés. Face à la menace d'une guerre des monnaies, les pays sont convenus de ne pas «procéder à des dévaluations compétitives» et de «progresser plus rapidement vers des systèmes de taux de change davantage déterminés par les marchés»51. Une lutte accrue contre l'évasion fiscale. Les pays se sont aperçus que les grandes firmes multinationales pratiquaient l'optimisation fiscale à grande échelle ce qui pesait sur les ressources des États. Ils ont demandé à l'Ocde de leur présenter un plan d'action complet pour la réunion de juillet prochain. Sur le plan des finances publiques, deux lignes s'opposent: ceux qui veulent consolider rapidement les finances publiques (Allemagne et BCE) et ceux qui sont plus accommodants sur ce point. (1)

Les oubliés de toujours
Naturellement, les oubliés donnent de la voix contre le G20 quand leur manifestation n'est pas réprimée pour ne faire entendre qu'une voix. Ainsi, une alternative appelée forum de Dakar, de février 2011, a eu lieu et le procès des puissants a été fait: «Lors de ce forum social mondial a été adopté l'appel de Dakar à la mobilisation face aux G8 et G20». Il affirme: «Le G20 est constitué de 20 pays parmi les plus riches au mépris de tous les autres. Il s'est autoproclamé garant de la stabilité économique et financière mondiale au lendemain de la tempête financière de 2008, mais n'a en rien protégé les peuples de cette grande crise. Au contraire, il a maintenu la dictature de la finance qui déploie son emprise sur tous les aspects de notre existence: logement, travail, éducation, agriculture, climat, retraites, connaissance, biodiversité, etc. Par son action, il renforce les acteurs et les mécanismes à l'origine de ces crises, tout en faisant payer la note aux citoyens.» (2)
Que reste -t-il de cette utopie généreuse? Plus rien, les pays porteurs de cette vision généreuse sont rentrés dans le rang. On se souvient du grand écar de Lulla partagé entre le club du réel (le G20) et le club de l'imaginaire (Forum de Porto Allegre).
On se prend à rêver sur le combat titanesque du G20 contre la finance folle, celle générée par l'économie casino où il n'y a pas création de richesse mais spéculation. Il est curieux de remarquer que cela fait pratiquement cinq ans que les grands de ce monde veulent s'attaquer fermement en allant à reculons contre les paradis fiscaux.
Pourtant, il y eut des présidents qui ont combattu cette finance. Le cas le plus cité est celui de Franklin Delano Roosevelt. Edwy Plenel nous en parle: «S'en prenant aux «vieux ennemis de la paix», dont au premier chef, «le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse», le leader démocrate poursuivait ainsi: «Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des Etats-Unis comme un simple appendice de leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu'il est tout aussi dangereux d'être gouverné par l'argent organisé que par le crime organisé.» (3) (p.92)

Le droit d'être bien informé
Les damnés de la terre ne sont donc pas informés de ce qui se décide à leur propos en termes de partage du monde. Si à l'échelle planétaire, il y a une vaste conspiration du silence pour que les faibles en sachent le moins possible, qu'en est-il à l'intérieur des Etats et quel est le sort d'un citoyen qui ne perçoit l'information que distillée avec, au passage, Dame Anastasie synonyme de la censure qui agite ses grands ciseaux dans le sens voulu par les tenants du pouvoir?
Le droit de savoir! N'est-il pas une réalité dans ce pays où le citoyen sait tout? Avec «Le droit de savoir» Edwy Plenel, pour utiliser une formule devenue à la mode, désenfume le sujet. «La démocratie lit-on dans l'ouvrage d'Edwy Plenel, ne se réduit pas à la légitimation par les umes des gouvernants. Sacralisant l'idée d'un face-à-face entre le peuple et ses dirigeants, cette vision témoigne de la prégnance du bonapartisme plébiscitaire dans la culture politique française et, par conséquent, de l'insigne faiblesse de son exigence démocratique. Dévalorisant les corps intermédiaires, la société civile, les forces du droit et les tribunes de presse, elle réduit la démocratie au fait majoritaire. Or, si la majorité s'est imposée comme règle de désignation des gouvernants, elle ne saurait aucunement suffire pour justifier leurs actions une fois qu'ils ont été élus. Tout au contraire, ainsi que le résume Pierre Rosanvallon, «un pouvoir ne peut être considéré comme pleinement démocratique que s'il est soumis à des épreuves de contrôle et de validation à la fois concurrentes et complémentaires de l'expression électorale.» (4)
Défendre sans concession la liberté de la presse, ce n'est donc pas s'arc-bouter sur un principe abstrait mais illustrer une conception concrète de la vie démocratique, une exigence pratique de la vie en démocratie. À cette aune, que nos responsables politiques d'aujourd'hui semblent tièdes et frileux comparés à certains de leurs prédécesseurs! Prenez par exemple Pierre Mendès France (1907-1982), ce radical qui, de nos jours, passerait sans doute pour un indigné: «La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire à rencontre de l'inégalité, de l'oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu'il reste des progrès à accomplir.» (3)
Prenant comme exemple Mendès-France Edwy Plenel ajoute: «À cet engagement de 1954, durant son mandat rapidement écourté de chef du gouvernement, fait écho, vingt ans après, cette définition en 1976 de la démocratie par l'homme qui, à gauche, incarnera le refus du présidentialisme: «La démocratie, écrivait Mendès-France dans La vérité guidait leurs pas, c'est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité: c'est un type de moeurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l'adversaire; c'est un code moral.» (3)(pages 48/49)
Allant plus loin nous dit Edwy Plenel, le président du Conseil français Mendès - France s'alarmait alors en son temps, de l'émergence progressive de cette «tyrannie douce» tôt entrevue par Alexis de Tocqueville dans de la «Démocratie en Amérique» (1835): un despotisme inédit, dégradant les hommes sans les «tourmenter», où les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître et y rentrent.» (3)(page 50)

Ce qui «manque» dans l'ouvrage d'Edwy Plenel
On peut reprocher à Edwy Plenel- encore une fois,son ouvrage est un vrai plaidoyer pour la liberté d'expression et pour le devoir d'informer de la presse- de n'avoir pas mis suffisamment l'accent sur justement, la saturation de l'information par les médias du fait des technologies de l'information (TIC). L'auditeur et le téléspectateur, en un mot, le citoyen Lambda n'a pas les clés de compréhension qui lui permettraient de décoder la vraie information de la propagande notamment, mise en avant par des médias aux ordres qui nous saturent d'informations tendancieuses. Le citoyen du «monde» est démuni vis-à-vis de ce matraquage planétaire et il lui est difficile de juger objectivement dans cette masse d'informations présentées ludiquement, le vrai du faux, le bon grain de l'ivraie.
Il est vrai que la nature humaine étant ce qu'elle est, le journaliste informe à travers sa perception du monde formaté par sa formation, sa naissance, son vécu, ses convictions et ce que lui disent de dire les «commanditaires» responsables de ces médias aux ordres.
Hanna Arendt, citée par Edwy Plenel, nous met en garde contre cette tentation: «La liberté d'opinion, écrit-elle est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat (...) les vérités de fait sont les vérités politiquement les plus importantes.» (3)(p.112)
On ne peut pas dans ce cadre, invoquer l'affaire syrienne du gaz sarin. En dehors de toutes confirmation des faits, on décide d'aller porter le malheur, en étant sélectif dans le traitement de l'information; n'est-ce pas en effet, Carla del Ponte - mandatée par l'ONU - qui avait déclaré en mars dernier que les rebelles étaient responsables de l'attaque au gaz sarin? Naturellement, la voix de Carla del Ponte fut étouffée car elle ne cadrait pas avec la doctrine de l'Empire et de ses vassaux...

Et en Algérie, ce pays de cocagne?
La liberté d'écrire est en théorie garantie, il y aurait plus de 50 quotidiens qui ont des impacts divers. L'Algérien est saturé. Si on lui ajoute les médias du pouvoir, notamment la télévision, il a en face de lui beaucoup d'information mais que vaut-elle? Par la force des choses, les médias officiels de par leur indigence provoquent des réactions de rejet à telle enseigne que même des actions objectivement positives du pouvoir sont considérées comme suspectes, notamment par d'autres journaux dits libres mais qui ne sont pas plus libres que les autres. Leur seul degré de liberté, voire leur cap, est souvent de présenter l'action gouvernementale sous un jour couleur de soufre.
Mieux encore, l'ouverture des médias lourds, notamment les nouvelles TV offshore distillent elles aussi une propagande aussi dangereuse, sinon pire que celle du pouvoir, puisqu'elle prétend non seulement détenir la vérité contre tous, mais a la prétention de dicter la façon de penser au citoyen contrevenant ainsi fondamentalement à la liberté du citoyen d'être libre de ses opinions, de ses choix de ses espérances...
D'autre part et pour rester dans le registre de la corruption et de l'opacité, la particularité de l'Algérie de 2013 c'est l'existence de fortunes mystérieuses avec des personnages qui ont jailli du néant et qui, contrairement aux riches classiques qui font dans la discrétion, la particularité des nouveaux riches en Algérie, il y aurait 4000 millionnaires, est qu'ils font dans l'ostentation, sûrs de leur impunité, ils défient un Etat souvent absent avec des fonctionnaires besogneux résignés et qui disent qu'ils ne peuvent rien contre les intouchables. En d'autres cieux, ils sont dénoncés. A titre d'exemple, C'est le cas de la loi sur la liberté de l'information votée en 2005 en Grande-Bretagne. Elle a permis de mettre à la gabegie des députés qui se servaient illégalement dans les fonds publics. Pour l'histoire, Edwy Plenel nous apprend que la première loi sur la liberté de la presse est suédoise et date de 1766. Le principal inspirateur de cette loi Anders Nordencantz écrit: «La meilleure forme de gouvernement, c'est celle qui comporte le moins de secrets derrière lesquels la malveillance et la méchanceté des hommes peuvent se cacher. Dans les régimes despotiques, tout est secret. Le fonctionnaire est responsable uniquement devant le despote. Cela n'est pas le cas dans les gouvernements libres.» (3)(p;77)
Qu'en est-il de l'information du citoyen? On dit qu'une presse digne de ce nom est le quatrième pouvoir. Pouvons-nous dire que nous avons des journalistes d'investigation qui travaillent librement? Peut-être, combien sont ils? Assurément, très peu. Il faut bien en convenir, la presse n'est pas libre. Elle n'a souvent pas les moyens de son indépendance. Ce qui l'amène à s'autocensurer.
Dans ces conditions, les informations qu'elle donne s'apparentent à des lieux communs reprenant souvent des dépêches étrangères comme dans le feuilleton Sonatrach. Pourtant, il faut aussi avoir le courage de dire qu'elle est traversée par des courants, et le moins qu'on puisse dire ils ne font pas dans l'objectivité. Nous l'avons vu avec l'appréciation de l'année de tous les dangers - attaque du pays à Tiguentourine, et maladie du président -qu'a eu à assumer le Premier ministre Sellal. Une brève lecture nous a confortés dans le fait que l'objectivité est encore un Graal pour la presse. On ne peut pas réduire le travail d'une année avec ses hauts et ses bas,ses ratés,ses réussites à une formule lapidaire lue sur Facebook. Il vient que tout est lié à la liberté de l'information qui est un bien de chacun, pour peu que l'on connaisse les limites et qu'on se sente concerné au-delà du tout, par le vivre-ensemble. Ce qui doit nous inciter à critiquer sans concession mais d'une façon constructive, apaisée, notamment s'agissant de dossier de fond à titre d'exemple, tel que l'Ecole qui doit être l'objet de toutes les sollicitudes quelles que soient les chapelles. Nous avons à apprendre et l'ouvrage d'Edwy Plenel devrait être lu et relu pour en tirer la substantifique moelle...

1. G 20 Encyclopédie Wikipédia
2. http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.peuples-solidaires.org/appel-de-dakar-a-la-mobilisation-face-aux-g8-et-g20-en-france-en-2011/&title=%5B4%5D
3. Edwy Plenel : Le droit de savoir: Edition Don Quichotte, Le Seuil Avril 2013
4. http://www.restezassis.net/restez-assis/2013/04/faut-il-lire-edwy-plenel-le-droit-de-savoir-.html

l'Expression  

 

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