LA CHRONIQUE DE ABDELHAKIM MEZIANI


Ferhat Abbas, du Manifeste à l’Appel au peuple algérien

L’éclairage proposé sur la position courageuse de Benyoucef Benkhedda au lendemain de la confiscation du processus révolutionnaire par l’armée des frontières me commande d’en faire autant s’agissant de la démission fracassante, bien qu’inéluctable, de Ferhat Abbas de l’Assemblée nationale constituante. Intervenue le 15 septembre 1963, cette rupture faisait suite à un profond désaccord avec la politique du président Ahmed Ben Bella.

Désaccord qui permettra au premier responsable de cette Assemblée de dénoncer sans ambages “l’aventurisme” de son allié. Pour l’auteur de “l’Indépendance confisquée”, humilier une Assemblée souveraine est un geste extrêmement grave tant le procédé relève de la mystification, de l’action psychologique et laisse entrevoir le rôle que l’exécutif entend réserver au législatif. Le constat en question fait suite à une véritable campagne de presse et à de bruyantes réunions politiques. Avant même que la Constitution de type présidentiel n’ait été adoptée par l’Assemblée, avant qu’elle n’ait été soumise au référendum populaire: “Cette campagne est pour le moins singulière. Elle est d’autant plus anormale qu’elle tente de défendre un projet de Constitution qui ne règle aucun de nos grands problèmes. C’est pourquoi je me permets de m’élever ici solennellement contre de pareils procédés, de manifester mon désaccord et de donner les raisons de ce désaccord”.

Les craintes de Ferhat Abbas étaient fondées car pour lui la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme relevait d’une autre forme de délire: “Pratiquement il n’y a plus de démocratie. L’Assemblée est sous la dépendance d’un homme qui nomme les ministres et qui, par le truchement du Parti, choisit les membres de l’Assemblée nationale, après avoir été choisi lui-même par le Parti”. En d’autres termes, le dialogue entre le législatif et l’exécutif, pourtant indispensable pour le pays, devient un simple monologue.

Exclu du FLN, il connaîtra les affres des geôles d’Adrar avant d’être libéré en mai 1965. Fidèle à ses idées, il sortira de son mutisme en mars 1976 date à laquelle il rédigera avec Benyoucef Benkhedda, Hocine Lahouel et Mohamed Kheïreddine un “Appel au peuple algérien” réclamant des mesures urgentes de démocratisation et dénonçant “le pouvoir personnel” et la Charte nationale de Boumediène. Ce qui lui vaut d’être assigné à résidence jusqu’au 13 juin 1978 avant d’être rétabli dans ses droits historiques par le président Chadli Bendjedid, le 30 octobre 1984. Du “Manifeste du peuple algérien”, commis le 10 février 1943, à “l’Appel au peuple algérien”, il y a comme une continuité. Pour l’auteur de “L’Indépendance confisquée”, la politique est avant tout affaire d’honneur. Il faut savoir tenir ses engagements et faire taire ses égoïsmes. C’est ainsi, estimait-il, qu’on se hausse au rang de serviteur du peuple : “Ce n’est pas par la duplicité, l’hypocrisie et la mauvaise foi qu’on éduque un peuple et qu’on prépare son avenir”.

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LIBERTÉ

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