Ouyahia, l’état du pouvoir et l’état du pays


Y a-t-il un lien entre les dérapages anti-algériens, le traitement discriminatoire des voyageurs algériens et le déterrement de l’affaire des moines de Tibhirine, d’un côté, et les rumeurs sur la santé du Président, les critiques sur la LFC, les supputations autour des scandales financiers et les grèves des médecins et des enseignants, de l’autre ?
De prime abord, non, mais le Premier ministre trouve une certaine cohérence stratégique à tous ces “phénomènes”. Dès lors qu’ils ont tous pour effet d’importuner le pouvoir, il faut y voir la preuve d’une convergence de stratégies hostiles, voire d’une connivence entre  “l’ennemi extérieur” et “l’ennemi intérieur”.

Ouyahia a demandé au conseil national du RND d'analyser “la signification d'une série de phénomènes qui se manifestent actuellement, qu’il s’agisse des attaques qui se succèdent de l’extérieur, pour remuer le couteau dans la plaie de notre lutte solitaire contre le terrorisme ou pour porter atteinte à l'image de notre pays et à la dignité de nos citoyens se rendant à l'étranger”, des “réactions sournoises de certains lobbies, en relation avec les intérêts extérieurs, pour contrer la volonté de l'État de préserver les capacités financières du pays et de redresser le tissu économique...”, ainsi que “l'agitation sociale entretenue dans certains espaces du service public, en dépit des efforts faits par l'État pour répondre aux attentes des fonctionnaires”.
“Je pense que tout cela est lié”, soutient-il, ressortant ainsi une de ces formules accablantes de l’époque de  “l’appareil du parti” quand il décelait la menace concertée de l’ennemi extérieur et de l’ennemi intérieur.  Le Premier ministre est peut-être bien placé pour savoir si les rumeurs autour de la santé du Président sont malintentionnées, mais pourquoi toutes les interrogations suscitées par la sensation d’absence, même passagère, du chef de l’État en deviendraient-elles toutes suspectes ?
Il trouve peut-être que le problème des salaires posé par les fonctionnaires de la santé et de l’éducation n’a pas la pertinence qui lui est accordée et que leur action revendicative est disproportionnée, mais pourquoi faudrait-il être d’intelligence avec “l’ennemi extérieur” pour exprimer une demande sociale, fut-elle exagérée ?
Les critiques (de “certains lobbies” contre “la volonté de l’État de préserver les capacités financières du pays”), les mouvements de revendication sociale (des médecins et enseignants), tout cela est déplacé du contexte qui l’explique et amalgamé à une hostilité extérieure pour être décrédibilisé.

Les rumeurs sont l’effet de ce que le Premier ministre appelle “une aisance du système politique”. Et les analyses  “fumeuses” autour des scandales financiers tendent à donner “l'impression qu'il s'agit d'une crise ou d'une bataille au sein du pouvoir”.
Le Premier ministre procède, ici, par la démarche coutumière de la communication par le démenti. Ainsi, loin de se sentir interpellé par les critiques, les actions et les rumeurs qui montent de la société, il les enrôle comme preuves d’un pouvoir qui va bien.
Ce qui est sûrement vrai. Mais la question est-elle dans l’état “aisé” du “système politique” ou “en paix” ? N’est-elle pas dans ce que va faire le pouvoir pour répondre à ces symptômes d’une gestion déficiente… à l’extérieur et à l’intérieur ?

LIBERTÉ

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