De la démocratie en Afrique


Les coups d’État, un temps passés de mode, se banalisent à nouveau en Afrique. L’Union africaine commence par s’en émouvoir puis attend que la situation se normalise de l’intérieur. Elle vient d’adopter cette position en condamnant le coup d’État et en suspendant le Niger, comme elle l’a fait en Mauritanie et en Guinée.
La même organisation ne trouve rien à redire quand Gbagbo qui, de report d’élection en report d’élection, s’incruste indéfiniment à la présidence de la Côte-d’Ivoire. Pas même quand ses gendarmes tirent sur la foule. Mieux, en guise de remerciements pour la “stabilité”, qu’il impose à son pays, le fait entrer au Conseil de la paix et de la sécurité de l’UA. Et pour légitimer ses prolongations de mandat, la même organisation officialise des “délais” pour la tenue du scrutin présidentiel.

L’Union européenne, que les dictateurs n’incommodent point quand il s’agit d’assurer ses approvisionnements en pétrole et en uranium, “s’associe à l’UA” pour condamner le coup d’État. Même l’OCI, dont les membres n’ont, ni individuellement ni collectivement, le souci de la démocratie, “regrette” le renversement du président Mamadou Tandja.

Longtemps, le coup d’État a constitué le mode naturel d’alternance au pouvoir en Afrique et ses promoteurs sont à la tête de la majorité des États du continent depuis vingt-cinq, trente voire quarante ans. Si l’on excepte les gestes de grandeur de Senghor au Sénégal et de Mandela en Afrique du Sud, aucun chef d’État n’a volontairement cédé le pouvoir à un moment où sa popularité l’autorisait à s’y éterniser. On peut ajouter à ces exemples, et même s’il n’en a pas le charisme, le nom de Zeroual qui – jusqu’à preuve du contraire – a abrégé son mandat pour contribuer à “la culture de l’alternance du pouvoir”. Pis, la plupart des chefs d’État africains ont tout fait, et notamment des révisions constitutionnelles ou des trucages électoraux, pour empêcher la succession, parfois en faisant, subséquemment, couler le sang de leurs compatriotes. Même dans des pays qui ont eu des moments de démocratie, comme le Sénégal, celle-ci a vite reculé. Aujourd’hui, très peu d’États en Afrique peuvent prétendre au label démocratie : Afrique du Sud, Ghana… Et le cas unique du Botswana qui, depuis son indépendance, n’a jamais connu que la démocratie – et le développement.

L’opinion commune n’a du coup d’État que l’image d’une brute d’officier qui vient de prendre d’assaut le palais présidentiel et qui, entouré de son état-major, vient martialement annoncer sa prise de pouvoir. Mais un régime d’apparence civile pourrait-il adopter les règles de démocratie sans l’aval, ou au minimum la complaisance, de la force militaire armée ?
Or, c’est l’usage de la force au détriment du droit qui fait le dictateur, qu’il soit d’extraction militaire ou civile. Que le coup d’État soit le fait de quelqu’un qui y est déjà ou de quelqu’un qui y entre par effraction ne change rien à la réalité politique de ce fait : le passage en force à la tête d’un pays.

Tocqueville résume ainsi ce contraire de la démocratie : “Sans respect des droits, il n’y a pas de grand peuple ; on peut presque dire qu’il n’y a pas de société ; car qu’est-ce qu’une réunion d’êtres rationnels et intelligents dont la force est le seul lien ?”

LIBERTÉ

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