Fin de session législative, bilan de l’EN et de la tripartite


Après une session d’automne buissonnière, le président de Conseil de la nation a tout de même trouvé matière à jubiler. Bensalah s’est dit “satisfait de l’excellente performance de l’équipe nationale de football” en Coupe d’Afrique des nations. Il a ensuite souhaité que les joueurs “aillent plus loin en Coupe du monde en Afrique du Sud”.
Peut-être trouvera-t-il motif à se féliciter quand viendra le moment de clôturer la sieste parlementaire de printemps. Et même là, nos sénateurs ne semblent pas plus exigeants de l’élite sportive qu’ils ne le sont d’eux-mêmes.

De son côté, le président de l’Assemblée nationale a inventé le concept de para-législatif – c’est-à-dire tout ce qui consiste à ne pas débattre et à ne pas légiférer – pour compenser l’indigence de la production législative. Et s’est dit satisfait… du résultat de la tripartite et de l’augmentation du Smig, oubliant que s’il y a bien un domaine législatif par excellence, c’est le salaire minimum, domaine illégalement confisqué au Parlement et remis à une instance informelle pour des raisons strictement politiciennes. Et puis, il devrait y avoir une certaine gêne à évoquer un Smig de quinze mille dinars à partir d’une institution qui symbolise la prodigalité de l’État quand il s’agit du train de vie de ses institutions et de ses représentants.
Ziari s’est même trompé en déclarant que l’APN a adopté la loi sur l’eau qui vise, selon lui, à “allier l’utilisation rationnelle aux exigences de la préservation du bien public et de l’environnement”. La loi sur l’eau, c’était en 2005. Et, depuis, l’Assemblée est régulièrement sollicitée – en 2005 d’abord, puis en 2007 et en 2009 – pour voter, tous les deux ans, sa suspension et permettre ainsi aux barons du sable de poursuivre le pillage de ressources alluviales ! On est loin de “l’utilisation rationnelle aux exigences de la préservation du bien public et de l’environnement” ! S’agissant des deniers publics et de l’environnement, deux domaines les plus malmenés par l’avidité de plus en plus effrénée des clans, il n’y a pas de quoi pavoiser.

Deux ordonnances et trois projets de loi votés en quatre mois, dont un seul, celui relatif à la loi de finances, a donné lieu à un semblant de débat ! Une maigre récolte qui a fait écrire à un amical lecteur de Montréal, Mourad Kebir, que “sous les décombres, presque décimé, le Parlement haïtien a voté plus de lois que son homologue algérien”.
Pour recourir ainsi à l’équipe nationale de football et à la tripartite, les deux présidents de Chambre ont dû peiner à meubler leurs bilans parlementaires respectifs. Cela dit, on n’attendait pas des miracles d’élus qui n’ont eux-mêmes pas eu à subir l’épreuve du débat. La cooptation clanique soutenue par la fraude électorale ou par l’achat de voix des “grands” électeurs ne prépare pas à l’effort politique, mais au seul assentiment mécanique. La sous-activité parlementaire est symptomatique des régimes autocratiques.
Et à ceux qui entretiennent quelque illusion sur notre démocratie, il suffit de rappeler cette lumineuse boutade d’un ancien haut responsable : “Chez nous, c’est quand on a le pouvoir qu’on se rend compte qu’on ne peut pas décider.”

LIBERTÉ

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